Accueil > Les collections > Bibliographies > Littératures & Langues > Romans > Annie SAUMONT
Annie SAUMONT
Avril 2017

Elle n’était pas traductrice par hasard mais cherchait plutôt à lier la littérature française à la littérature américaine dans la quête d’une forme de fraternité.

L’écrivain et traductrice Annie Saumont est morte mardi 31 janvier à Paris. Elle avait 89 ans.

Née à Cherbourg en 1927, elle est devenue une spécialiste reconnue de la littérature anglophone. On lui doit des traductions de John Fowles, Salinger, V.S. Naipaul ou Nadine Gordimer.

Nouvelliste hors pair, elle avait acquis un exceptionnel savoir-faire en même temps qu’une grande notoriété dans ce genre littéraire souvent peu prisé en France.

Elle a publié plus de trois cents nouvelles réunies dans une vingtaine de recueils. Saluée par la critique, elle était parfois désignée comme la soeur française de Raymond Carver... des textes brefs, tout en ellipses, denses comme des poèmes en prose, évidés de tout superflu.

Une parole saisie, des monologues morcelés, des paroles coupées, entrecoupées. L’auteur brosse un monde qui n’a jamais parlé, qui se situe hors du champs social et qui ne repose sur aucune assise ferme mais s’appuie plutot sur un univers flou et mobile.

Même si la parole est défaillante, ses personnages, femmes et hommes anonymes réclament le droit à exister avec leur particularisme, leur existence propre. Il n’y a cependant pas de héros dans son oeuvre. Bien au contraire, Annie Saumont écrit le livre de tous. On n’entrevoit jamais de destins forts dans ses pages, ni d’actes héroïques. Elle a voulu donner la parole à ceux qui n’en n’ont pas.

En 2008, Jacques Nerson dans le Nouvel Observateur à propos de ses ’Croissants du dimanche’ :

"La technique d’Annie Saumont, tout en ellipses, procède de la taille d’épargne. Son stylo est le poinçon du graveur sur bois. C’est de la matière qu’elle retire que le dessin se dégage. Au lecteur de combler les creux, de finir les phrases en suspens. Chacun de ces dix-neuf récits, dont aucun n’excède dix pages, est un superbe poème en prose, évidé de toute superfluité. Du grand art."

La traductrice

La Femme du Dieu du feu
Amy Tan
Fixot
R TAN
Afin de briser le mur d’incompréhension qui s’est peu à peu dressé entre elle, Winnie et sa fille Pearl, une femme de 70 ans, émigrée d’origine chinoise, lui dévoile l’histoire de sa vie. Une fresque en grande partie autobiographique, qui se déroule dans la Chine des années 1930, l’invasion japonaise, le communisme et s’achève aux Etats-Unis.

Dis-moi qui tuer
Vidiadhar Surajprasad Naipaul
(Prix Nobel de Littérature en 2001 )
Albin Michel,1983 (Les Grandes traductions)
R NAI
Une séquence de cinq textes qui regroupe deux récits de voyage vécus, un roman court sur les lendemains agités de l’indépendance d’un pays africain et deux récits mettant en scène ces Hindous de la diaspora que Naipaul connaît mieux que personne.

Guérilleros
Vidiadhar Surajprasad Naipaul
Albin Michel 1981 (Les Grandes traductions)
R NAI
A travers un étrange couple de Blancs, Naipaul décrit les vicissitudes d’une île des Caraïbes qui vient d’accéder à l’indépendance.

L’Attrape-coeurs
J.D. Salinger
Pocket, 2002
R SAL
L’histoire d’un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise de 16 ans tendre et crâneur, que ses maîtres ont chassé de son collège privé trois jours avant Noël et qui erre dans New York, effaré et hagard, en portant un regard lucide et désenchanté sur le monde.

Le Mage
John Fowles
Albin Michel, 1995 (Les Grandes traductions)
R FOW
Récit envoûtant d’une initiation sentimentale, Le Mage est un chef-d’oeuvre de la littérature moderne. Nicholas, un jeune professeur, quitte Londres et part enseigner dans une île grecque. Il fait la connaissance d’un vieil homme, mi-grec mi-anglais, qui le fait participer à des expériences étranges.

Mary Reilly
Valerie Martin
Presses Pocket, 1991
R MAR
Angleterre, fin du XIXe siècle. Rescapée d’une enfance terrible, durant laquelle elle fut martyrisée par son père, Mary Reilly est aujourd’hui servante dans une respectable demeure victorienne.
Le maître de maison est médecin, c’est le docteur Jekyll.

Mr. Stone
V.S. Naipaul
Albin Michel, 1985
R NAI
Sexagénaire, célibataire, bibliothécaire dans une grande entreprise, Mr Stone mène une vie plate et médiocre dans un cottage de la banlieue londonienne.Il est sur le point de prendre une retraite qui s’annonce réglée comme du papier à musique lorsque survient l’inimaginable, l’inespéré : la rencontre puis le mariage avec une veuve pétillante. L’espace de quelques mois, la fougue de Mr Stone n’aura d’égale que son désir d’être enfin utile et reconnu par ses pairs. Fol et vain espoir.

Les Oiseaux de l’hiver
Jim Grimsley
Métaillé, 1994 (Bibliothèque anglo-saxonne)
R GRI
Dans les années soixante, la famille de Danny va de maison en maison à travers le Sud des Etats-Unis, au gré du travail ou du chomâge du père.
Dans un monde archaïque de petits Blancs, le narrateur adulte accompagne l’enfant qu’il a été entre maladie et violence familiale jusqu’au drame de ce jour de Thanksgiving où tout bascule dans le cauchemar.
Jim Grimsley, dans le paroxysme de cette histoire digne d’un autre âge, nous rend sensible le monde de l’enfance, même dans les instants les plus noirs de la vie.

"S’il est constamment obscurci par la crainte, le paysage des Oiseaux de l’hiver n’est cependant pas désespéré. Car au froid extérieur, à la peur qui glace les entrailles, à l’angoisse qui pollue tout, répond la tendresse maternelle. C’est la douceur d’une main posée sur un front, la chaleur qui combat le froid de l’hiver et dilate ce qui s’était contracté, en un mot la beauté de ce livre poignant."

Sacrifices
V. S. Naipaul
Albin Michel, 1984
LIT 820 NAI BIO
Cette oeuvre marque un tournant dans l’œuvre de l’auteur. Tourné jusque-là vers la fiction, il donne deux longs récits personnels d’une forte puissance d’évocation et d’émotion.

La novelliste

Après
Julliard, 1996
R SAU

C’est pas toujours drôle, la vie ! L’essence augmente. En Afrique, la famine continue ses ravages. Les enfants s’ennuient le dimanche. " Maman gigot ", " Maman hachis " et son grand benêt de fils, assis côte à côte dans leurs fauteuils de velours déhoussables, boivent la télévision. Depuis plus de vingt-cinq ans, un homme essaie de dire à sa femme qu’il ne l’aime pas. Et même chez les animaux, ça ne tourne pas rond. Un tigre fait la grève de la faim parce que sa tigresse flirte avec un lion... Pas gaies, pas gaies, les dernières nouvelles du monde. Mais c’est sûr, un jour, ça ira mieux ! Après la pluie, après la guerre. Après, après...

Ce soir j’ai peur
Julliard, 2015
R SAU

Tandis qu’elle semble mener une existence normale et paisible auprès de ses camarades, Jane, étudiante en gymnastique, est hantée par le meurtre de son amant, un dentiste, plus vieux qu’elle de vingt-cinq ans et qu’elle a empoisonné. Au fil de ses remords et de ses accès de paranoïa, elle déroule une vérité qui semble se contredire, une histoire qu’elle se raconte et qui peut être fausse.

Les Croissants du dimanche
Julliard, 2008
R SAU

Les héros de ces nouvelles sont tous des victimes : des coeurs solitaires ou abandonnés, des assassins ou des enfants battus. L’auteure démonte les mécanismes qui conduisent ses personnages à la perte de contrôle de leur propre vie ou à la résignation. Ils sont aux prises avec un monde qui est en train de perdre son humanité.

Les Derniers jours heureux
J. Losfeld, (Arcanes) 2002
R SAU

Une femme, au cours d’un trajet en voiture avec deux hippies pris en stop par le chauffeur, se remémore les rapports ambigus qu’elle entretenait avec son frère. Sa relation quasi incestueuse l’oblige à repenser à ses souvenirs comme autant d’instants collés à la réalité qui l’enchaînent à lui, comme une pâle imitation d’elle-même.

Embrassons-nous
Julliard, 1998
R SAU

Partant, d’Enseigne pour une école de monstres jusqu’à Gammes en passant par La Terre est à nous et surtout Embrassons-nous, Annie Saumont tente patiemment d’écrire pour les autres, d’écrire en interprète de ces autres, d’écrire dans cette langue qu’ils donnent mais qui ne s’articule pas encore dans une phrase : dans cette langue qui n’a pas encore trouvé sa phrase, son phrasé, sa voix.

Koman sa sécri émé ?
Julliard, 2005
R SAU

Dans ce recueil de nouvelles, Annie Saumont croque dix-huit instantanés de la vie moderne où l’ironie et la tendresse se mêlent pour faire pleurer ou rire.
" Je ferme les yeux, je saute. A l’instant de la chute je contemplerai le paysage. Ça me rappelle une histoire d’alpinistes. Dans un passage dangereux le premier de cordée dit à ses compagnons, Si jamais vous tombez (quatre cents mètres d’à-pic) n’oubliez pas de regarder à gauche avec un peu de chance vous pourrez admirer quelques secondes le coucher du soleil sur le mont Blanc."

Le Lait est un liquide blanc
Julliard, 2002
R SAU

« Les spécialistes du chalumeau, les casseurs de bateaux, les cueilleurs de thé à Ivoha, les marchands de pieuvres à Rio de Vigo, les porteurs de charbon à Dhanbad, les planteurs de cacao à Itabuna, les ouvriers des hauts fourneaux, les gauchos dans la Pampa, les croupiers à Monaco, les maroquiniers chinois...
Toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Ses parents les premiers ont posé la question. Et puis l’institutrice. Et après au collège le conseiller d’éducation.
Même les camarades de classe, même les copains de la rue parfois ça les prenait. Qui disaient, Moi quand je serai grand je ferai. Ceci ou cela. Ou encore. Qui demandaient, Et toi ? »

Dans ce recueil, l’auteur déchire, une fois de plus, le rideau des apparences. De son regard aigu et impitoyable, avec sa tendresse sans concession, elle dérange et bouscule une certaine façon, souvent trop rapide, de voir la vie quotidienne.

Un pique-nique en Lorraine
J. Losfeld, (Arcanes) 2005
R SAU

Toute une famille pique-nique en Lorraine. Retrouvailles classiques - comment vont les enfants, l’émancipation des femmes et tout le reste... les vertus du vin, le goût du poulet et du saucisson. Tout est ordinaire sauf que tout ceci se passe en Lorraine après la Seconde Guerre mondiale. C’est Tonton Jean qui parle. Incorrigible bavard, buvant plus que nécessaire. Et voilà comment on apprend que le grand-père, Opa, a été arrêté pour avoir aidé un groupe de résistants. Comment on l’a embarqué sans que tonton, qui chiait dans son froc, ne lève le petit doigt. C’est la Lorraine, avec toute cette ambiguïté franco-allemande. Cette terre qui a été voulue, annexée et qui sombre souvent dans la nostalgie ou dans la rancœur.

Un si beau parterre de pétunias
Julliard, 2013
R SAU

Depuis la mort de son teckel jaune, une vieille dame a reporté son affection sur ses fleurs. Un si beau parterre... Mais à l’image de ces vies fugitives, recueillies ici en bouquet maladif, la terre qui les nourrit cache de bien grands mystères... Combien de tragédies sous le front triste des garçons de café ? De néant dans l’existence, quand elle est calculée ? De trous dans le cœur des hommes qui toujours joueront à la guerre ? Combien de cadavres sous le parterre de pétunias... ?
Le hasard des circonstances, apparemment insignifiant, a précipité la chute des antihéros de ce recueil de nouvelles.

Un soir, à la maison
Julliard, 2003
R SAU

Une bouchère qui finit au carmel, un écolier qui n’ose raconter, pour sa rédaction, ce qu’est « un soir, à la maison », un auteur qui signe dans une librairie avec le secret espoir d’apercevoir enfin ce mystérieux lecteur qui lui écrit depuis tant d’années... tels sont quelques-uns des nouveaux personnages attachants de ce recueil de nouvelles.
Prix de la Nouvelle de l’Académie française 2003

Annie Saumont a obtenu :

Le Prix Goncourt de la nouvelle avec ’Quelquefois dans les cérémonies’ (Gallimard) en 1981

Le Grand Prix SGDL (Société des gens de lettres) de la nouvelle pour ’Je suis pas un camion’

(Seghers) en 1989

Le Prix Renaissance de la nouvelle pour ’Les voilà quel bonheur’ (Julliard) en 1994

Le Premier Prix des Editeurs pour ’C’est rien ça va passer’ (Julliard) en 2002

Version imprimable de cet article Imprimer

Rester connecté

Newsletter :

Articles liés :

Voir aussi ...