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Chemins de traverse VIII (4)
Auteurs M - Th

Manuel Pena Munoz

Valparaiso, la ville de mes fantômes :
Mémoires, 1951-1971

Manuel Pena Munoz
LOI 910.4 PEN disponible ?

Brutalement, ce livre pourrait être résumé ainsi : témoignage d’une enfance à Valparaiso, entre 1951 et 1971, constitué d’anecdotes et de descriptions. Les coutumes, les fêtes, l’atmosphère des foyers, les ambiances, les habitants et leur quotidien sont évoqués comme autant de souvenirs d’une époque passée. L’ensemble est illustré de photographies personnelles.

Difficile de parler de ce livre, sans trop en dire, sans allonger les phrases. Voilà un livre merveilleux pour ceux qui aiment les souvenirs d’enfance, être enivrés par les mots et les émotions qui s’en écoulent pour en prendre plein la tête, plein le cœur. Quel éblouissement des sens que de plonger dans ces pages et de vivre avec l’auteur dans les rues de Valparaiso aux senteurs de fleurs, des gâteaux aux amandes, d’arpenter le patio de la grande maison aux fenêtres colorées, d’écouter les oncles autour de la table le dimanche et de voir passer impérial Oscar Kirby, le siffleur professionnel des transatlantiques dans un de ces costumes colorés...

Une écriture magnifique, descriptive, riche, colorée, figurative. Dévorer ce livre n’est pas difficile mais le lecteur aimera aussi savourer la page pour y apprécier la rencontre avec tel ou tel personnage pittoresque de la ville, de la famille. Sur des airs espagnols opéra opérette, entre oncles et grand-mère, vielle voiture et transatlantique, sur les toits des villas à l’air du soir, votre esprit vagabondera dans ce récit plein d’amour pour une enfance vécue. Un livre magnifique.

« Au fond du patio, se trouvait un débarras pour les objets usagés où j’adorais me perdre. Je m’y rendais pour le plaisir d’ouvrir le grand coffre parfumé ramené d’Espagne, décoré d’un paon peint sur le couvercle. A l’intérieur, je découvrais des livres anciens et des objets d’une autre époque : des couvre-lits, des albums de phots, des cartes, des savons de coiffeur… Comme j’aimais ouvrir ce coffre qui conservait quelque chose de la vieille maison de ma grand-mère Florentina, Avenue de las Delicias à Madrid ! »

« La vie dans ce quartier de l’avenue Argentina était joyeuse et simple, entre les amis des colonies espagnole et italienne vivant aux abords des rues Vicotria et Colon. Il y avait là l’horlogerie « Rocco », où tante Antonia faisait régler les grandes horloges de la maison. Il est incroyable de voir que cette boutique existe encore, comme si, effectivement, le temps égrené par ces horloges s’était arrêté là. En face, se trouvait la maison de la famille Costa. Lorsqu’ils donnaient des fêtes le soir, une élégante dame se penchait à un balcon et jetait des poignées de caramels et de monnaies en chocolat aux enfants. »

[…]

« Un jour que j’aidais mon père derrière le comptoir, il me dit : - tu vois cet homme qui vient d’entrer ? C’est Pablo Neruda. Je le regardai avec respect. Avec admiration, même. On disait qu’il vivait à Valparaiso. Qu’il écrivait des poèmes. Mon père le servit et échangea quelques mots avec lui. C’était l’époque où faire les courses étaient un acte social. Chaque client avait une histoire à raconter. Chacun se laissait aller en faisant ses emplettes. Là, parmi ces gens qui ne l’avaient pas reconnu, Pablo Neruda paya et repartit avec son petit paquet de jambon cru sous le bras. Je le regardai s’éloigner et pus ensuite le reconnaître dans mon livre de lecture, avec son bonnet caractéristique. C’était bien lui qui avait acheté quelque chose dans la boutique de mon père cet après-midi là… »



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Rory Stewart

En Afghanistan
Rory Stewart
Albin Michel (Latitudes)
LOI 910.4 STE

Jeune diplomate de 28 ans, spécialiste du Proche et Moyen Orient au Foreign Office, Rory Stewart a accompli, en 2002, un véritable exploit : traverser l’Afghanistan à pied, d’ouest en est, de Herat à Kaboul, à travers les montagnes, selon l’itinéraire emprunté au cours de l’hiver 1506, par Babour, le premier empereur Moghol de l’Inde. Lui aussi tenait un journal, mais il voyageait avec une escorte, et à cheval.

Né à Hongkong, ayant grandi en Malaisie, Rory Stewart a étudié l’histoire de la région, l’islam, l’arabe et le persan.

Muni d’un sac à dos, vêtu comme un Afghan, avec une longue tunique et un pantalon flottant, il n’a pas de téléphone. Pas de carte détaillée non plus, qui pourrait le faire prendre pour un espion. Sa seule arme est un bâton. On lui impose au départ deux accompagnateurs militaires qui empiéteront ses possibilités de nouer le peu de dialogue possible lors des rencontres, mais il réussira assez vite à s’en débarrasser. Le récit prend alors un autre ton, l’auteur est libre..

Traversant des zones meurtries par vingt-quatre années de guerre, le voyageur note scrupuleusement ses observations, qu’il confronte à celles de Babour, empereur mongol grand conquérant. Son récit de voyage avance pas à pas, à la cadence d’un marcheur. Mille détails en font un témoignage exceptionnel.

Rory Stewart n’a pas d’idées préconçues. Il regarde, simplement, tend l’oreille, essaie de comprendre ce pays complexe, à travers ses peuples multiples et ses paysages.

Il va rencontrer successivement des Tadjiks, des Aïmâqs, des Hazaras, en usant d’un dialecte local issu du persan, et nous entraîne au cœur d’un pays écartelé par les rivalités de clans, la soif de paix, les milices, le martyre des civils, l’histoire des invasions d’hier et d’aujourd’hui. Au hasard de chemins incertains, de villages fantômes parfois rayés de la carte, se croisent talibans et occidentaux, héros et voyous.

Les sentiments d’enthousiasme, de peur, de découragement, de renoncement se mêlent. Rory a eu peur pour sa vie, pour son équilibre face au fanatisme, à la cruauté d’individus perdus, au pouvoir des armes dans des mains irresponsables, à la fragilité des enfants tantôt cibles tantôt prédateurs, des femmes quasiment invisibles tout au long de ce récit ! Un voyage courageux.

Une certaine leçon d’humilité ressort des réflexions de ce voyageur. En effet, aux civilisations occidentales qui prônent instaurer « La Démocratie » « aider les Afghans à se battre pour leurs droits », nous découvrons qu’il s’agit en fait d’un vœux pieux que de vouloir imposer une telle notion politique mais aussi de conduite de vie à un peuple qui est autant divisé qu’il y a de vallées, de seigneurs, et dont le souhait quotidien pour beaucoup est de survivre. L’Afghanistan n’est pas prêt à rejoindre les pays démocratiques dans la conception occidentale : la culture même de son peuple l’en maintient éloignée.

Une écriture intelligente. Un livre fascinant, passionnant, très instructif et d’actualité.

« Trois kilomètres plus loin dans la vallée, nous avons gagné Garmao, le village de Seyyed Umar, où je devais, loger. En entrant dans la pièce des invités, nous sommes tombés sur un homme de grande taille, entouré de gardes du corps. Il était assis près de la porte. A en juger par son attitude et son escorte, il aurait dû se trouver à la place d’honneur, à l’autre bout de la pièce.
Quelque chose clochait. Il ne parlait pas à son hôte, refusa d’accorder la monde attention à Wazir et, après m’avoir demandé sèchement si j’avais un téléphone satellitaire, il s’en alla. Seyyed Umar le regarda partir, puis déclara :
« Autrefois, j’aurais tué un mouton pour cet homme ; aujourd’hui, il a de la chance que je lui aie donné du thé. » Ensuite il me fit apporter une omelette. J’étais affamé et reconnaissant.

Le traitement réservé par Seyyed Umar à cet homme était symptomatique des rapides changements de pouvoir survenus après les bombardements de la coalition. Les plaines étaient à moitié contrôlées par des milices comme celle de Qasim, opérant depuis Hérat. Mais dans les montagnes de Ghor, je naviguais entre des chefs Aimaqs qui s’adressaient tout juste la parole et achoppaient sur des distinctions que je ne percevais qu’à moitié. Les villageois avaient une conscience aiguë de l’origine des uns et des autres »



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Tiziano Terzani

Un devin m’a dit
Tiziano Terzani
Intervalles
LOI 910.4 TER

En 1976, à Hong Kong, le journaliste écrivain, Tiziano Terzani rencontre un devin qui le met en garde : « Ne prends surtout pas l’avion en 1993 ! » Seize années plus tard, le 31 décembre 1992, il décide de respecter la prophétie.
Pendant un an, il voyage en train, en bateau, en bus ou à dos d’éléphant, et purpleécouvre une Asie que le voyageur pressé ne connaît plus. Cette année sans prendre les airs est le prétexte pour brosser l’un des tableaux les plus riches et les plus vivants jamais peints de l’Asie, de sa culture propre, de sa spiritualité et de ses peuples.

Avec lui, le lecteur suit la chasse aux esprits dans les ruelles de Bangkok, l’hystérie géomancienne des généraux birmans, les pelotons d’exécution des khmers rouges au Cambodge, et découvre l’Asie aux prises avec ses propres démons, écartelé entre une modernisation à travers laquelle se dessinent les prémices de la mondialisation et des cultures ancestrales souvent garantes du lien social. Pour cet écrivain italien, correspondant en Asie de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, 1993 devient une année très particulière dans une vie déjà assez extraordinaire.


De cette expérience naît un livre qui est à la fois un roman d’aventure, un carnet de route, une autobiographie, la narration d’un voyage et un grand reportage.

« Dans la vie, il se présente toujours une bonne occasion. Le problème, c’est de savoir la reconnaître et parfois ce n’est pas facile. La mienne, par exemple, avait tout l’air d’une malédiction. Un devin m’avait dit : "Attention ! En 1993, vous courrez un grand risque, celui de mourir. Cette année-là, ne volez pas, ne prenez jamais l’avion." Cela s’était passé à Hong Kong. J’avais rencontré ce vieux Chinois par hasard. Sur le moment, ces mots m’avaient frappé, évidemment, mais cela ne m’avait pas tracassé. Nous étions au printemps de 1976, et 1993 me semblait encore très loin. Toutefois, je n’avais pas oublié cette échéance. Elle était restée dans mon esprit, un peu comme la date d’un rendez-vous auquel on n’a pas encore décidé si on ira ou non. (...) Je me suis vite retrouvé à la fin de 1992. Que faire ? Prendre ce vieux Chinois au sérieux et réorganiser ma vie en tenant compte de son avertissement, ou faire semblant de rien et continuer en me disant : "Au diable les devins et leurs inepties ?" (…), et j’ai pensé que la meilleure façon d’affronter cette "prophétie" était de le faire à la mode asiatique : ne pas m’y opposer, mais m’y plier. (....).

« Ce fut une décision splendide et cette année 1993 a fini par devenir une des plus extraordinaires que j’ai vécues J’aurais dû mourir et je suis né une deuxième fois. Ce qui ressemblait à une malédiction s’est révélé une véritable bénédiction. »



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Colin Thubron

En Sibérie
Colin Thubron
Hoëbeke (Etonnants voyageurs)
LOI 910.4 THU

"En Sibérie" (fin des années 1990) explore une région large comme les � ?tats-Unis, sans doute la plus inhospitalière. C’est aussi un pays d’émerveillements où les grues blanches dansent sur le permafrost, où une ville flotte perdue au milieu de la banquise, où les mammouths dorment sous les glaciers. Un pays aussi dont les Soviétiques ont pendant des décennies sauvagement surexploités les ressources naturelles, le laissant exsangue et pourri de déchets industriels et nucléaires. Une prison-continent où l’on enfermait tous les réfractaires au régime.

Tout aussi stupéfiants sont les gens que Colin Thubron y rencontre. Des gens qui lui ont ouvert leurs portes et leurs âmes et nous découvrons des histoires de vie : un descendant de Raspoutine, une communauté juive perdue et oubliée de tous, un shaman, un escadron de babouchkas sans âge. Tous lui parlent ouvertement et sans crainte de leur passé et de leur avenir, de leurs destinées bouleversées par le changement de régime.

Un récit bien documenté, riche. L’humour, les moments poignants font partis également du ton de ce récit bien vivant qu’il n’est pas difficile de faire sien. Les récits de Colin Thubron s’attachent à montrer comment l’Histoire peut façonner les peuples et les paysages.

« De part et d’autre de la voie ferrée filant vers Omsk, de vastes champs de blé ondoyaient en brillant rectangles, et des grainées répandaient un lustre rosé sur les prairies. Le moindre objet isolé dans cette immense monotonie revêtait un attrait solitaire –une mare à canards, un puits, une charrette tirée par des chevaux. Je contemplais avec soulagement ce sol vierge de charbon et de ruines, où les reliefs étaient naturels. Un somptueux sentiment de liberté montait en moi. C’était la première fois dans l’histoire de la Russie qu’un étranger pouvait se balader en Sibérie à son gré. J’avais la possibilité de m’arrêter dans n’importe quelle ville, de descendre du train et de m’évanouire dans la nature, prémuni contre toute intrusion policière par un visa d’affaires que je chérissais, un bout de papier un peu sale sur lequel figuraient des destinations, pour la forme. »

« Mon compartiment était monopolisé par un concierge ukrainien qui s’étalait en face de sa femme, tendant parfois vers elle un bras tatoué pour lui pincer la joue. Les couchettes autour de nous étaient occupées par des jeunes filles bouriates endormies, telles des poupées superposées, qui semblaient voyager avec plus de délicatesse que les Russes. »




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