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Edouard Manet, l’inventeur du moderne
Espace Arts - Présentation et sélection bibliographique, avril 2010

En pratique : Exposition, Paris, Musée d’Orsay, du 5 avril au 3 juillet 2011

Musée d’Orsay
1 rue de la Légion d’Honneur
75 007 Paris

ouvert de 9h30 à 18h00
nocturne le jeudi 21h45
fermé le lundi

Visiter le site du musée d’Orsay

Feuilleter la brochure Edouard Manet, l’inventeur du moderne


L’exposition


Plus qu’une rétrospective monographique, Manet, inventeur du Moderne entend explorer et éclairer la situation historique d’Edouard Manet (1832-1883), entre l’héritage réaffirmé du romantisme, l’impact de ses contemporains et le flux médiatique de son époque.

Moderne, Manet l’est encore en défiant les maîtres anciens, de Fra Angelico à Vélasquez. Cette exposition repense de même les multiples liens que le peintre a résolument noués ou dénoués avec la sphère publique et politique. Car la modernité est aussi affaire d’inscription, voire d’opposition.

Le parcours s’attarde donc sur l’enseignement de Thomas Couture, l’impulsion de Baudelaire, la réforme de l’art religieux, l’imaginaire érotique, l’art du fragment(é), le rapport à la peinture féminine (Berthe Morisot, Eva Gonzalès), la tentation mondaine, son impressionnisme décalé comme sa complicité avec le Mallarmé le plus noir.

La reconstitution de l’exposition de la "Galerie de la Vie moderne", organisée en mars-avril 1880 en amorce du Salon, permet d’interroger enfin ce que signifiait pour Manet "créer en République". C’est dire que Manet, inventeur du Moderne donne une place de choix à l’oeuvre tardif, mal connu et surtout mal compris si l’on en fait une banale étape vers "la peinture pure".

Il s’agit de la première manifestation d’ensemble consacrée à Manet en France depuis la mémorable exposition de 1983 aux Galeries nationales du Grand Palais, organisée notamment par Françoise Cachin, ancien directeur du musée d’Orsay.


Repères biographiques


Autoportrait à la palette (1879) Collection privéeEdouard Manet naît dans une famille aisée et raffinée de magistrats du côté de son père et de diplomates du côté de sa mère. Après avoir échoué au concours de l’ecole Navale, il part en 1848 comme pilotin sur un navire-école vers Rio.

De retour en France, son père consent à ce qu’il se consacre à la peinture vers laquelle il s’était très jeune senti attiré. Il lui impose de suivre une solide formation aux Beaux-Arts dans l’Atelier du peintre Thomas Couture, où il devait rester six années, et pour lequel il gardera toute sa vie une certaine estime, quoiqu’ayant souffert de sa méthode d’enseignement qui exigeait "idéal et impersonnalité".

"Je peins ce que je vois, et non ce qu’il plaît aux autres de voir" avait coutume d’opposer à la doctrine académique Edouard Manet, qui entendait revendiquer sa propre subjectivité et l’importance de la vision du peintre par rapport aux règles admises.

Il n’en demeure pas moins que Manet accordera toujours une grande valeur à l’héritage humaniste de la peinture génératrice de contenus et au travail pictural sur des thèmes de l’art ancien, ce qui, quelque part, le rapproche de Corot, considéré comme le représentant d’une peinture éclectique et historique.

  • Un académisme nouvelle manière

Les oeuvres de jeunesse de Manet se rapprochent des peintures hollandaise et surtout espagnole du XVIIème.

Manet qui effectua de nombreux voyages en Europe pour y étudier les grands maîtres de la peinture devait être particulièrement influencé par les oeuvres du néerlandais Frans Hals et des espagnols Diego Velasquez et Francisco Goya.

Le buveur d'absinthe (1845) Ny Carlsberg Gliptotek, CopenhagueSa première soumission au Salon en 1859, Le buveur d’absinthe, à la résonance espagnole alors à la mode - l’impératrice Eugénie était d’origine espagnole -, fut refusée, malgré l’avis favorable de Delacroix, pour le motif essentiel que Manet utilisait une configuration picturale traditionnelle (le portrait de plein pied) pour représenter un être marginal et socialement discrédité.

Thomas Couture devait condamner ce tableau en disant :
"Peint-t-on quelque chose d’aussi laid ? Mon pauvre ami, il n’y a ici qu’un buveur d’absinthe, c’est le peintre qui a produit cette insanité..."

Manet avait trouvé un mode de création qui caractérisera l’essentiel de sa future production : combiner des configurations picturales traditionnelles et leurs valeurs expressives avec la réalité contemporaine. Ainsi, bien avant l’impressionnisme proprement dit, Manet pose les termes de la polémique artistique à venir : révolte individuelle contre les conventions académiques, moyens picturaux mis au service de sujets contemporains nouveaux...

Au début des années 60, Manet, à la manière d’un flâneur, parcourt sans relâche Paris, qui changeait alors de jour en jour, pour en déceler les caractéristiques les plus subtiles, les transformations, dessinant dans son carnet "un rien, un profil, un chapeau, en un mot une impression fugitive".

Manet fut accepté au Salon en 1861 avec un autre tableau plus complaisant de la mode espagnole de la même facture que Lola de Valence (1862 - Musée d’Orsay).

Lola Valence (1862) Musée d'Orsay

  • Les prémices de l’impressionnisme

En revanche La Musique aux Tuileries (1862), tableau résultant d’une des flâneries de Manet, de facture légère et ouverte, sans composition centralisante, qu’il présenta à une exposition personnelle à la galerie Martinet fut accueilli négativement, car contredisant la conception établie de la nécessité d’une forme picturale aboutie.

On peut pourtant y décéler, de par son sujet, sa composition et sa facture, l’une des voies de l’Impressionnisme qui allait apparaître quelques années plus tard.

En 1863, il exposa Le Bain qui sera renommé en Déjeuner sur l’herbe (musée d’Orsay, Paris) au Salon des refusés, nouveau lieu d’exposition inauguré par Napoléon III accueillant, à la demande des artistes, les œuvres rejetées au Salon officiel.

Le déjeuner sur l'herbe (1863) Musée d'Orsay

La toile de Manet représentait une scène de la bohème parisienne s’accordant peu avec la morale puritaine de l’époque : dans un décor champêtre près d’une rivière, une jeune femme, au sortir d’un bain, est assise nue, ses vêtements posés à côté d’elle, entourée par deux hommes en costume assis pour un pique-nique.

Là encore, Manet transpose dans une scène contemporaine des citations académiques avec une modernité extraordinairement féconde, là où certains, à l’époque, ne virent que leur utilisation pour manque d’invention formelle de la part de l’artiste.

Ce tableau attira immédiatement l’attention du public et fut l’objet de violents sarcasmes. Il sera violemment attaqué par les critiques, provoquant un scandale particulier au coeur même du scandale général que constitua le Salon des Refusés.

Salué par de nombreux jeunes peintres qui admiraient en lui un novateur conscient de ses effets, Manet se trouva, un peu contre son gré, au centre d’une dispute opposant les défenseurs de l’art académique aux artistes « refusés ».

Manet, qui avait une ambition de réussite bourgeoise, devait souffrir toute sa vie de ce que sa peinture, portée par une grande intuition artistique, ne lui vaille qu’une notoriété sulfureuse, mais point de reconnaissance officielle.

En 1864, le Salon officiel accepta deux de ses tableaux, et, en 1865, il y exposa Olympia (1863, musée d’Orsay, Paris), un nu inspiré de la Vénus d’Urbino de Titien qui provoqua un scandale encore plus grand que "Le déjeuner sur l’herbe".

Olympia (1863) Musée d'Orsay

Là encore, Manet citant un classique représente celle qui est censée être une divinité de la Renaissance faisant référence à l’Antiquité, comme la fille de luxe parisienne qui avait servi de modèle (Victorine Meurent), avec un réalisme si fidèle et si peu en rapport avec les voiles de l’idéologie du Second Empire, qu’il souleva des vagues de protestations au sein des cercles académiques.

Manet qui avait conscience d’avoir réussi là quelque chose d’important conservera ce tableau jusqu’à sa mort, et Claude Monet, après la mort de Manet organisera une collecte pour éviter que la veuve de Manet, alors en difficulté financière, ne le vende à un américain. "Olympia" rentrera au Louvre en 1893.

  • Le chef de file de la nouvelle école

A partir de 1866,  ?mile Zola, qui allait devenir son ami, prit fait et cause dans l’Evènement pour l’art de Manet et la nouvelle conception artistique qu’il désignait sous le nom de "Naturalisme".

Pendant la seconde moitié des années 1860, Manet devint le peintre le plus respecté d’un groupe d’artistes, d’écrivains et d’amateurs d’art qui se rencontraient au Café Guerbois, rue des Batignolles. Le peintre Fantin-Latour, après son "Hommage à Delacroix", peindra "Un atelier aux Batignolles" (1870) où Manet occupe cette fois la place du maître vénéré devant un cercle au sein duquel figurent Zola, Astruc, Renoir, Monet et Bazille.

Si les jeunes peintres qui allaient être le noyau de l’impressionnisme, Edgar Degas, Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Camille Pissarro et Paul Cézanne, subirent l’influence de Manet, ceux-ci devaient par la suite en retour influencer son art, le rendant plus sensible aux jeux de lumière. Il faut voir en Manet plutôt qu’un représentant à part entière de l’impressionnisme, un puissant inspirateur de celui-ci.

Manet devait encore peindre dans cette décennie plusieurs chefs-d-oeuvre, comme Le fifre (1866) - qui fut refusé au Salon -, La lecture (1865-73), Le repos (1870).

  • Manet soutient les impressionnistes

Manet dont les convictions étaient républicaines s’engagea dans la Garde Nationale lors de la guerre de 1870 et vécut la Commune à Paris.

Sous l’influence de ses élèves, Berthe Morisot et Eva Gonzalès, et de ses amis impressionnistes, Manet allait expérimenter la peinture de figures en lumière naturelle dans des toiles comme Le chemin de fer, Gare Saint-Lazare 1872-73 ou Sur la plage 1873.

En 1874, l’artiste choisit de ne pas participer à la première exposition impressionniste. Il devait par la suite continuerà exposer régulièrement au Salon où sa notoriété ne cessera de s’affirmer.

La famille Monet au jardin (1874) Metropolitan museum of art, New YorkPendant l’été 1874, Manet rendant visite à Monet et sa famille installés à Argenteuil s’ouvrit à l’impressionnisme et la peinture en plein air. Il y peint La famille Monet au jardin, Claude Monet et sa femme dans son studio flottant, Argenteuil.

Manet allait désormais adhérer totalement à l’Impressionnisme et soutenir particulièrement Monet, achetant à son insu des toiles qu’il bradait 100 francs pièce, ou cherchant à gagner le critique Wolff à l’art de Monet et de ses amis.

En 1877, Manet devait encore provoquer les critiques avec Nana, représentation grandeur nature d’une jeune femme, en jupons et corsage, en train de se poudrer en présence d’un homme qui l’attend, qui fut refusé au Salon.

Manet connaîtra tardivement la reconnaissance officielle à laquelle il aspirait : il deviendra en 1881 un "hors concours" du Salon en obtenant une médaille avec Le portrait de Mr Pertuisait, et sera nommé Chevalier de la Légion d’honneur, sur proposition de son ami A. Proust, devenu ministre des Beaux-Arts.

En 1882, il y fut présent pour la dernière fois avec Un bar aux Folies-Bergère (Courtauld Institute Galleries, Londres), l’une de ses œuvres les plus célèbres.

Un bar aux Folies-Bergère (1882) Courtauld Institute Galleries, Londres

Manet y donne une nouvelle fois une démonstration de son art, brillant par une interprétation impassible et objective d’ une scène de la société dans laquelle il vit - une serveuse au regard vide et absent ne participant que par sa beauté extérieure aux éclats de ce palais du plaisir -, une composition en plusieurs plans spatiaux - résultant du miroir situé derrière la serveuse -, des qualités de peintre de natures mortes - le réalisme des bouteilles , des fruits, des fleurs... -, les tonalités opposant la dure froideur des éclairages à l’atmosphère enfumée du bar rendue par des couleurs atténuées.

Il mourut à Paris le 30 avril 1883, laissant une œuvre importante, comprenant plus de quatre cents peintures à l’huile, des pastels et de nombreuses aquarelles.


Bibliographie


Documents disponible à la cote ART 759.054 MAN

Edouard Manet / Pierre Courthion
Cercle d’art, 1991 (Grands peintres et sculpteurs)

Manet / Eric Darragon
Citadelles & Mazenod, 1991 (Les phares)
Lecture sur place

Manet / Françoise Cachin
Chêne, 1990 (Profils de l’art)

Edouard Manet / Patricia Wright
Gallimard, 1994 (Passion des arts)
Médiathèque-Renoir

Edouard Manet / Richard Wrigley
RMN, 1992 (Grands peintres)
Médiathèque-Renoir

Manet "J’ai fait ce que j’ai vu" / Françoise Cachin
Gallimard, 1994 (Découvertes)
Médiathèque-Renoir

Manet / Eric Darragon
Hachette, 1991 (Pluriel)
Disponible sur demande

Manet / Georges Bataille
Skira, 1983 (La peinture)
Disponible sur demande

Manet (1832-1883) / Jean-Luc Chalumeau
Cercle d’art, 1996 (Découvrons l’art)
Renoir

Manet / Sarah Carr-Gomm
Hazan, 1994 (Les chefs d’oeuvre)
Renoir

Edouard Manet
A. K. vidéo, 2003 (Portrait d’artiste)
DVD

Edouard Manet / réal. Alain Vollerin
Mémoire des arts, 2007
DVD

Edouard Manet / réal. Didier Baussy-Oulianoff
Arthaus musik, 1989 (Art documentary)
DVD

Manet "Olympia" / réal. Alain Jaubert
in La naissance de l’impressionnisme
Sept vidéo, 2000 (Palettes)
ART 759.054 JAU - DVD

Manet : peintre de la modernité
Vilo, 1998 (Signature)
Cédérom

Edouard Manet : catalogue raisonné / Denis Rouart et Daniel Wildenstein
1. Peintures
2. Pastels, aquarelles et dessins
Bibliothèque des arts, 1975
Disponible sur demande

Edouard Manet : images of a parisian life / Hajo Dutching
Prestel, 1995 (Pegasus library)
Disponible sur demande

Edouard Manet : souvenirs / Antonin Proust
Echoppe, 1996
Disponible sur demande

Lettres du siège de Paris : précédées des Lettres du voyage de Rio de Janeiro / Edouard Manet
Amateur, 1996
Disponible sur demande

La peinture de Manet / Michel Foucault
Seuil, 2004 (Traces écrites)
ART 701.17 FOU

Manet, Monet : la gare Saint-Lazare : exposition, Paris, musée d’Orsay
RMN, 1998

Les dernières fleurs de Manet / Robert Gordon et Andrew Forge
Herscher, 1987

Manet’s silence and the poetics of bouquets / James H. Rubin
Reaktion books, 1994
Disponible sur demande

Manet : tauromachies et autres thèmes espagnols / Mario Bois
Plume, 1994

Manet-Vélasquez : la manière espagnole au XIXe siècle : exposition, Paris, musée d’Orsay
RMN, 2002

Manet : Paris / Laurent Manoeuvre
Herscher, 1993 (Le musée miniature)
Renoir

  • Pour les enfants

M comme Manet / Marie Sellier
RMN, 1994 (L’enfance de l’art)
JEU 759.05 MAN
Renoir 759.054 MAN


Manet, in Dada la première revue d’art
Mango, 2003
JEU 759.054 MAN

Manet : natures mortes / Isabelle Cahn
Gallimard : RMN, 2000 (Découvertes)
JEU 759.05 MAN

Comment j’ai marié mon frère / Marie Desplechin, illustré par Manet
Calmann-Lévy : RMN, 1998 (La petite collection)
JEU 759.05 MAN

  • Ressource numérique

Dossier Edouard Manet
dans l’Enclycopaedia Universalis
A lire sur place


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