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Eileen Gray (1879-1976)
Présentation et sélection bibliographique, février 2013

En pratique

Exposition du 20 février au 20 mai 2013

Centre Georges Pompidou - Galerie 2
Place Georges Pompidou - 75004 Paris
Tous les jours, sauf le mardi de 11h à 21h

Consulter le site du Centre Georges Pompidou

L’exposition


D’Eileen Gray, il reste des pièces uniques, avant-gardistes, des archives lacunaires et… une série de mystères.

Le Centre Pompidou propose une rétrospective inédite de son oeuvre pour mieux le saisir. La critique a souvent scindé le travail de Gray en deux parties, l’une relevant des arts décoratifs et l’autre de l’architecture moderniste. Le Centre Pompidou tente aujourd’hui de lire dans toute sa continuité le travail d’une artiste qui pratique le dessin, la peinture, la laque, la décoration intérieure, l’architecture, la photographie.

Par Cloé Pitiot, commissaire de l’exposition, conservatrice, Musée National d’Art Moderne.


Repères biographiques


Eileen Gray est née le 9 août 1879 dans le manoir familial de Brownswood, à Enniscorthy (Irlande).

Après avoir suivi des cours de dessin à la Slade School of Fine Arts de Londres, elle s’installe à Paris, où elle avait effectué un premier séjour en 1900, pour visiter l’Exposition universelle. Inscrite à l’école de peinture Colarossi, puis à l’académie Julian, elle s’intéresse très rapidement aux arts décoratifs. De retour à Londres (1905), elle découvre l’art du laque, qu’elle pratiquera à Paris avec le Japonais Sougarawa (Sugawara) – elle le présentera à Jean Dunand (1877-1942), qui deviendra le laqueur le plus célèbre des années 1920 ; à partir de 1912, elle réalise plusieurs panneaux et paravents (La Voie lactée, disparu ; Le Destin). Son panneau Le Magicien, exposé au Salon des artistes décorateurs de 1913, attire l’attention du couturier et collectionneur Jacques Doucet. Celui-ci lui achète Le Destin et lui commande trois tables (dont la table aux Lotus et la table au Bilboquet) et une armoire laquées pour la décoration de son appartement, ainsi que le décor des cadres de ses tableaux de Van Gogh. Dans le même temps, Eileen Gray, en association avec Evelyn Wyld, dessine des tapis à motifs non figuratifs.

Après la Première Guerre mondiale, Eileen Gray reçoit l’une des commandes les plus importantes de sa carrière : l’aménagement complet de l’appartement de Mme Mathieux-Lévy, rue de Lota à Paris. Entre 1919 et 1922, elle conçoit ainsi panneaux et revêtements muraux, paravents, canapés, tables et luminaires. Ce décor extravagant, que la cliente fit entièrement refaire quelques années plus tard, est aussi l’une des dernières concessions faites par Eileen Gray au style Art déco.

En 1922, elle inaugure la galerie Jean Désert, au rez-de-chaussée d’un immeuble construit par Charles Letrosne, 217, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dont elle redessine, de manière extrêmement sobre, la devanture ; c’est là qu’elle exposera et vendra ses créations, et qu’elle présentera plus tard les œuvres de ses amis sculpteurs, Chana Orloff ou encore Ossip Zadkine. Son style se simplifie avec la Chambre à coucher-boudoir pour Monte Carlo, qu’elle aménage pour le Salon des artistes décorateurs de 1923 : le paravent de briques noires, le lit-divan en bois laqué noir, les appliques en parchemin et ivoire ou la table de chêne ne manquèrent pas de surprendre, mais révélaient une artiste originale, mêlant l’influence du cubisme et du Stijl hollandais, à celle de l’art africain. Reconnue en France comme à l’étranger – aux Pays-Bas notamment, où elle est considérée, avec Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens, comme l’une des figures centrales de l’art décoratif moderne –, Eileen Gray s’oriente alors vers un travail plus architectural.

Sa rencontre avec l’architecte d’origine roumaine Jean Badovici (1893-1956) est décisive. Rédacteur, à partir de 1923, de la toute nouvelle revue L’Architecture vivante – pour laquelle il fit avec elle plusieurs voyages aux Pays-Bas et en Allemagne –, Badovici présente Eileen Gray à Le Corbusier et il l’incite à construire ; à sa demande, elle dresse les plans d’une petite maison à bâtir dans le Midi, à Roquebrune (Alpes-Maritimes), en même temps qu’elle projette en maquette une Maison pour un ingénieur (1926), dont les pilotis, les murs de béton blancs et les grandes baies vitrées marquent son adhésion définitive aux principes de l’architecture moderne. Baptisée E. 1027, la maison de Roquebrune, à la conception de laquelle Badovici participa également – elle lui fut même, à tort, entièrement attribuée –, est son chef-d’œuvre ; elle en achève le chantier en 1929. L’espace intérieur, entièrement meublé par Eileen Gray, est conçu comme un « organisme vivant », irradiant vers l’extérieur. Appliquant les célèbres « Cinq points pour une architecture nouvelle » de Le Corbusier (construction sur pilotis, plan libre, façade libre, fenêtre en longueur, toit-terrasse), Eileen Gray adopte aussi, très tôt par rapport à ses contemporains, le métal chromé pour la structure des meubles, pour le fauteuil Bibendum notamment. De l’artisanat, elle est passée à un art industriel.

Fauteuil Bibendum (1925)

Membre fondateur de l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes) en 1929, Eileen Gray demeure néanmoins en marge de la profession. Elle aménage l’appartement parisien de Jean Badovici (1931), dans le même esprit d’économie spatiale que pour la maison E. 1027.

Son deuxième grand projet architectural sera pour elle seule : la maison Tempe a Palla (1931-1934), à Castellar (près de Roquebrune), aménagée sur d’anciens réservoirs qui lui servent de garage et de cellier, témoigne à nouveau de la maîtrise de l’espace de sa conceptrice et de son ingéniosité. Fixée sur la Côte d’Azur, elle projette en 1936 un centre de vacances, en partie constitué de maisons en ellipse préfabriquées ; Le Corbusier en présentera la maquette à l’Exposition Internationale de Paris, en 1937. Eileen Gray concevra plus tard un projet de centre culturel (1946-1947). Sa dernière œuvre est encore une maison : Lou Pérou à Saint-Tropez, un vieux cabanon qu’elle reconvertit en résidence d’été (1956).

Reconnue tardivement, puis célébrée, à l’occasion notamment d’une exposition rétrospective à Londres (1972), comme une pionnière dans le domaine de l’architecture intérieure, Eileen Gray a toutefois longtemps payé son goût pour la discrétion et la liberté. Elle décède le 31 octobre 1976 à Paris.

Simon TEXIER, « GRAY EILEEN - (1879-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 février 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/eileen-gray/


Table E1027 (1926-29)

A lire


Eileen Gray : sa vie, son oeuvre
Peter Adam
La Différence, 2012 (La vue, le texte)
ART 745.4 GRA

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