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Frank Capra, le rêve américain
Biographie - Bibliographie - Filmographie (septembre 2004)

Biographie


L’un des plus grands réalisateurs des années 30, Francesco Capra, est né en 1897 en Sicile au sein d’une modeste famille de sept enfants. A l’époque l’un de ses frères part tenter sa chance aux Etats-Unis. Six ans plus tard Capra et tous les siens le rejoignent dans la région de Los Angeles où il est installé.

La famille n’est pas très riche. Le père gagne sa vie comme ramasseur d’oranges. La « mamma » sicilienne élève sa nombreuse progéniture. Pour aider ses parents le jeune Frank joue du banjo dans les bars et durant toutes ses années de collège se lève tôt le matin pour aller livrer des journaux et recommence le soir... et le week-end. Ambitieux et désireux d’apprendre, il paie donc ses études pour entrer à l’Université où il décroche un diplôme d’ingénieur chimiste.

En 1917, son père meurt dans un accident. L’année suivante il s’engage dans l’armée. Démobilisé peu de temps après, il se retrouve sans emploi. Il sillonne alors durant trois ans les routes du pays en vivant de petits travaux.

En 1921, presque par hasard, il devient réalisateur pour le compte d’un vieil acteur shakespearien qui veut se lancer dans la production. Le futur génie de la mise en scène impose déjà ses idées : pour obtenir plus de réalisme, il tourne avec des comédiens non professionnels (des marins rencontrés dans la rue ou encore de vraies prostituées).

Après cette première expérience, il travaille dans un laboratoire au développement des films afin de se perfectionner dans la technique du cinéma, puis devient assistant monteur et accessoiriste.

En 1924, il est engagé comme gagman chez Mack Sennett, pionnier du burlesque et écrit des scénarii pour l’acteur Harry Langdon considéré à l’égal d’un Keaton ou d’un Chaplin. Après quelques mois de collaboration, il quitte Sennet et suit Langdon pour s’installer à la First National avec l’intention de produire des longs-métrages et non plus les courts-métrages qui se faisaient chez Sennet. Mais les deux hommes ne s’entendent pas et une partie de bras de fer s’engage. Ils feront néanmoins trois films ensemble : Tramp, Tramp, Tramp (Plein les bottes, 1926) dans lequel Capra n’est mentionné que comme scénariste alors qu’il participe à la réalisation ; The Strong Man (L’Athlète incomplet, 1926) et Long Pants (Sa dernière culotte, 1926). Leur association prend fin. Langdon licencie Capra et se lance dans une carrière solitaire qui va s’avérer catastrophique et le conduire à la ruine et à la déchéance.

Capra, quant à lui, part à New York où il tourne une comédie, For the Love of Mike (Pour l’amour de Mike, 1927), dans laquelle débute une jeune actrice de Broadway, Claudette Colbert. C’est un fiasco total et il se retrouve une nouvelle fois sans emploi.

Malgré tout il rebondit rapidement et trouve un job à la Columbia, un petit studio alors inconnu, non seulement sans moyens et sans vedettes mais aussi traité avec dédain par tout Hollywood. Le patron en est Harry Cohn, un despote rustre et ridicule mais qui lui confie des projets de plus en plus ambitieux. Désormais la Columbia remporte de vifs succès et les professionnels commencent à la regarder sans mépris.

Grâce à son premier film, Capra négocie un contrat de 500 dollars par semaine et peut s’acheter la maison de ses rêves. Il réalise alors comédies, films d’aventure et adaptations de pièces de théâtre, avec une obsession permanente du réalisme, interdisant par exemple le maquillage (à l’époque très prononcé) aux comédiens.

« La seule communication d’un film avec le public passe par les acteurs. Pas par la technique ni la réalisation. Elles doivent juste être là pour que le contact se fasse plus facilement et que les spectateurs entrent tout de suite dans la vie des personnages ».

Il enchaîne film sur film à une cadence infernale, (19 films en six ans), entretenant le secret espoir de décrocher un Oscar.

Et en 1934, grâce au film New York-Miami (It happened One Night), avec pour principaux interprètes Clark Gable et Claudette Colbert, c’est enfin la consécration. Ils reçoivent tous les trois un Oscar. Capra devient le metteur en scène dont on parle et la Columbia ne se voit plus contester son statut de grand studio.

Dès lors, Capra exigera d’avoir toute liberté de tourner les films qu’il aime. Ce qui lui réussit, car chacun de ses films est un succès et il sera le premier cinéaste « maison » à obtenir qu’à l’affiche et au générique son nom figure avant le titre.

En 1939, il quitte la Columbia pour la Warner qui lui assure la même liberté. Il y tourne deux films à gros succès Meet John Doe (L’Homme de la rue) avec Gary Cooper et Barbara Stanwyck, et Arsenic and Old Lace (Arsenic et vieilles dentelles) avec Cary Grant.

Mais l’époque est plus à la guerre qu’au divertissement : Capra est contacté par l’armée américaine pour diriger le service de propagande cinématographique. De 1942 à 1945, il se lance alors dans une série de films destinés à sensibiliser l’opinion et les soldats eux-mêmes sur le sens du combat. Cette série intitulée Why we fight (Pourquoi nous combattons) regroupa sous les ordres de Capra d’autres cinéastes prestigieux et notamment Anatole Litvak et Joris Ivens.

Profondément touché par la guerre, il avoue dans sa biographie qu’il s’est alors posé des questions fondamentales sur lui-même et sur son art. Face à l’effroyable réalité, son cinéma n’était-il pas une trahison ou une fuite ?

En 1945, de retour à la vie civile, il rentre à Hollywood. Mais voilà qu’il découvre que son nom est quasiment oublié. Avec ses amis William Wyler (Ben-Hur) et George Stevens, il fonde Liberty Films, afin de produire des films en toute indépendance. Après quelques succès (dont La Vie est belle, en 1946, son chef-d’œuvre), les illusions d’avant-guerre de Capra n’existent plus aujourd’hui dans cette économie américaine qui prône le profit au détriment des principes. Malheureusement sa société de production ne survit pas aux différents échecs commerciaux. Il se tourne alors vers la Paramount. La plupart de ses projets n’aboutissent pas.

Ainsi, après une trentaine de films, la carrière de Capra décline à partir des années 50. Il peine à retrouver une place prépondérante dans un Hollywood qui a changé et qu’il ne reconnaît plus. Il tourne ses deux dernières oeuvres avec Frank Sinatra (Un Trou dans la tête, en 1959) et avec Glenn Ford (Milliardaire d’un jour, en 1961). Il réalise quelques documentaires pour la télévision mais la passion n’est plus au rendez-vous et il se retire en Californie où il mourra d’une crise cardiaque le 3 septembre 1991, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.


Zoom sur... It’s a wonderful life


It’s a wonderful life
(La vie est belle)
Avec James Stewart, Donna Reed, Lionel Barrymore, Henry Travers et Thomas Mitchell

Lors de sa sortie en 1946, La Vie est belle ne connut pas vraiment le succès. Désillusion pour Capra qui considérait ce film comme le meilleur qu’il ait jamais réalisé et... vu ! Les années suivantes, la télévision le diffusa régulièrement au moment des fêtes de Noël. Ce fut le succès immédiat et ce chef-d’œuvre est devenu depuis un classique dans l’imaginaire américain. Pour beaucoup, qui l’ont vu plusieurs fois de suite dans leur enfance, It’s a Wonderful Life reste synonyme de fête et de bonheur.

Le film est tiré d’un tout petit conte de Noël, intitulé The Greatest Gift et signé Philip Van Doren Stern. A partir de ces quelques lignes, Capra a bâti son scénario avec la collaboration de plusieurs scénaristes. C’est très certainement le mélange étrange de noirceur et d’optimisme de cette histoire qui a intéressé Capra. Mais il y a aussi des raisons plus profondes qui l’ont attiré vers ce sujet : les hésitations et les interrogations du héros sont exactement celles que lui-même rencontre, à un instant crucial de sa vie. Dans son adaptation, il va truffer le scénario d’une foule de détails (dates, images, anecdotes) qui renvoient à sa propre existence. Et c’est pourquoi ce film lui tenait particulièrement à cœur.

Pathétique, La Vie est belle est un film pétri des erreurs et des faiblesses humaines, un film à l’idéal de générosité et d’altruisme.

Equilibre parfait entre réalisme et utopie, entre rires et larmes, c’est une réussite totale que je souhaite vous faire partager en vous invitant à le visionner à la médiathèque ou à l’emprunter pour le regarder en famille.

L’histoire

Dans la petite ville de Bedford Falls, George Bailey possède une entreprise de crédit immobilier hérité de son père. Il aide les plus démunis à avoir accès à des logements décents, s’opposant ainsi au monopole du riche et puissant banquier Potter. Celui-ci n’attend que l’occasion de le « couler ».

Quelle aubaine alors quand, la veille de Noël, l’oncle de George, Bobby, oublie par mégarde huit milles dollars sur le guichet de la banque. Potter les subtilise immédiatement. Il sait que cette somme destinée à Bailey pour régler ses dettes va entraîner la faillite de la Bailey Bros. Lorsque George apprend que ces fonds ont disparu, il sombre dans une profonde dépression. Malgré deux beaux enfants et une femme aimante qui le soutient, il a le sentiment d’avoir gâché sa vie et décide de mettre fin à ses jours.

Mais c’est là qu’intervient le fantastique, l’irrationnel : au ciel on a tout vu... Et on ne veut pas laisser notre héros commettre l’irréparable. Si bien que Clarence Oddboy, un ange de « deuxième zone », est envoyé sur terre pour l’aider. Arrivé ici-bas, Clarence trouve le moyen de convaincre George (devenu invisible) que « la vie est belle ». Il lui montre ce que Bedford Falls serait devenue sans lui et lui fait prendre conscience que son existence est, qu’il le veuille ou non, liée à celle des autres. Il lui rappelle comment, alors qu’il était enfant, il a sauvé son frère de la noyade. Il lui démontre que, sans son établissement de crédit, les finances de la ville seraient aux mains de l’ignoble Potter. Et que sans son entremise, les habitants les plus pauvres n’auraient pas pu construire leurs maisons. De plus, sa jolie femme Mary, serait restée vieille fille... Bref, il lui redonne goût à la vie. George reprend confiance en lui-même et acquiert finalement le sentiment de sa propre importance.

A son retour en ville, le jour de Noël, une bonne surprise attend George : tous les habitants se sont cotisés et ont réuni la somme nécessaire pour épurer ses dettes.


Filmographie


New York Miami
(It happened one night), 1934
F CAP

  • Jugé trop insolent, Peter Warne est renvoyé du journal qui l’emploie. Il rencontre la riche Ellie Andrews qui a décidé d’épouser King Westley en se passant du consentement de son père Alexander Andrews. Ce dernier lance des détectives sur les traces de sa fille mais les recherches ne donnent rien. Peter et Ellie deviennent amis et décident de continuer leur voyage ensemble mais, faute d’argent, c’est en auto-stop qu’ils poursuivent, étape par étape, leur route vers New York.
    Mais Peter profite d’un moment où Ellie est endormie pour la quitter et se diriger seul vers New York où il compte vendre pour mille dollars à son ancien patron le récit de ses aventures amoureuses avec Ellie Andrews.
    Croyant que Peter l’a complètement trahie, Ellie se prépare à épouser King Westley. Elle comprend pourtant au dernier moment qu’elle ne pourra vivre sans Peter. Elle abandonne alors King et rejoint Peter.

Horizons perdus
(Lost horizon), 1937
F CAP

  • La Chine déchirée par la révolution et la guerre civile. Un avion s’écrase dans les montagnes du Tibet alors qu’il vole vers les Indes britanniques. Parmi les passagers : Robert Conway, militaire et diplomate ; Barnard, un homme d’affaires ruiné ; Gloria, danseuse ; Lowett, paléontologue. Ils sont conduits dans la vallée secrète de Shangri-La. Le Grand Lama leur révèle le stupéfiant secret de la vallée : l’air est tel que la vie est prolongée indéfiniment. Ici, on peut jouir des simples plaisirs de la vie et du bonheur en s’améliorant constamment. Plus de luttes avilissantes pour le pouvoir, la richesse ou le succès.
    Le frère de Robert, George ne peut se faire à cette vie sans intérêt à ses yeux et persuade Robert de s’évader avec lui. Les autres refusent, préférant vivre dans cette vallée paradisiaque.
    Au cours de leur évasion, George est tué, mais Robert parvient à regagner la civilisation. Il réalise alors le vide profond de sa vie et n’a plus qu’une idée en tête : retrouver la vallée de Shangri-La. Après des jours et des nuits de marche, Robert, fragile silhouette prise dans une violente tempête s’avance péniblement dans la neige, à la recherche de Shangri-La... et du bonheur.

Monsieur Smith au Sénat
(Mister Smith goes to Washington), 1939
F CAP

  • Jefferson Smith (James Stewart) est un jeune politicien idéaliste à la tête des boy-scouts de sa petite ville de province. Il se voit soudainement promu sénateur grâce à la bienveillance d’un ancien ami de son père, le sénateur Joseph Paine (Claude Rains). Smith arrive à Washington débordant d’enthousiasme et de projets, ignorant que Joseph Paine est un politicien corrompu, qui ne lui a obtenu ce siège que pour l’utiliser en tant qu’homme de paille dans ses combines malhonnêtes...
    Nominé onze fois aux Oscars, ce film de Frank Capra n’en remporta qu’un, celui de la Meilleure histoire, écrite par Lewis R. Foster. En effet, l’œuvre fit les frais d’une concurrence déloyale puisque ce fut « Autant en emporte le vent » qui rafla la mise en 1939. Qu’importe, « Mr Smith au Sénat » remporta dès sa sortie un énorme succès, même si certains politiciens, déplorant l’image du Sénat véhiculée par le film, tentèrent l’impossible pour en empêcher la diffusion. James Stewart et Jean Arthur (tout bonnement géniale en journaliste cynique) formaient là un couple extraordinaire.
    Version politique de « L’Extravagant Mr Deeds », cette œuvre qui faisait l’éloge de la naïveté, mettait surtout en exergue le thème favori de Capra : pour peu qu’on lui prête main-forte, un seul homme, de bonne volonté, peut triompher des puissances du mal.
    Ce film, d’une exemplaire qualité, est présenté dans sa version intégrale et comporte des scènes inédites. Le DVD propose en bonus une interview émouvante du fils de Frank Capra qui évoque le travail de son père et livre quelques informations intéressantes. Il est également le narrateur de la version commentée, en VO sous-titrée.

Arsenic et vieilles dentelles
(Arsenic and old lace), 1944
F CAP

  • Auteur de la "Bible du célibataire", Mortimer Brewster (Cary Grant) a fini par se laisser passer la corde au cou. Lorsqu’il vient présenter sa jeune épouse (Priscilla Lane) à ses tantes adorées, il découvre avec horreur que les deux charmantes vieilles dames s’adonnent à des activités très discutables : elles évitent aux personnes âgées les affres de la vieillesse en les empoisonnant d’un mélange de vin de sureau, d’arsenic, de strychnine et de cyanure.
    C’est à la veille de son départ pour l’armée en 1941, que Frank Capra entreprit de porter à l’écran la pièce de Joseph Kesselring qui faisait cette année-là un tabac à Broadway. Le cinéaste savait que ce projet pouvait être bouclé en quatre semaines, moyennant un unique décor et très peu de scènes en extérieur. Il réussit à convaincre Jack Warner, malgré la condition émise par les producteurs de la pièce, de ne sortir le film que lorsqu’elle aurait quitté l’affiche, en 1944, date officielle de la sortie du film.
    Chef de file des acteurs de comédie à l’époque, Cary Grant campe dans ce pastiche d’horreur un Mortimer Brewster littéralement survolté. Les gags se succèdent à un rythme diabolique dans une ambiance de loufoquerie intense. Frank Capra confiera que le tournage fut une fête permanente, seulement interrompue (alors qu’elle touchait à sa fin, heureusement !) par l’annonce de l’attaque de Pearl Harbor.

Bibliographie


Frank Capra
de Christian Viviani
Par un des grands spécialistes du cinéma américain.
CIN 791.430 94 CAP

Frank Capra « la vie est belle »
de Gabrielle Thil
Collection Les maîtres du regard
CIN 791.430 94 CAP

  • Après un bref rappel du parcours de Frank Capra, ce documentaire audiovisuel s’attache à l’étude du film présenté dans ce dossier. Un complément indispensable : les précieux témoignages de Tom (fils de Capra) et de Patrick Pitelli (réalisateur, collaborateur et ami de Capra) nous font mieux comprendre les méthodes de travail du réalisateur.
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