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Homo Sapiens
Espace Nature - Janvier 2014

Notre espèce

Carl Von Linné, naturaliste suédois de son état, propose au XVIIIe siècle de nommer tous les êtres vivants par une appellation composée de deux noms latins. Le premier nom pour désigner le genre, le deuxième nom pour désigner l’espèce.

Ainsi, nous sommes des Homo Sapiens : nous appartenons au genre Homo, c’est-à-dire à l’Homme, présent sur la planète depuis environ 2,5 millions d’années et décliné en différentes espèces selon le temps et le lieu.
Nous sommes de l’espèce Sapiens (« intelligent, raisonnable, sage, prudent »), la dernière espèce d’Homme apparue sur terre il y a environ 200 000 ans et la seule espèce du genre Homo à être encore vivante.

Ce qui différencie essentiellement l’Homo Sapiens des autres Homo, autre que l’apparence physique, c’est le développement de son système nerveux central, qui a perfectionné ses pensées et ses possibilités de créations.

8000 générations nous séparent du plus ancien Homo Sapiens identifié à ce jour !
Sur ces 8000 générations, 97,5% ont vécu durant la Préhistoire... Notre cerveau d’Homo Sapiens a beau être le plus perfectionné de tous les Homo, il trouve peut-être ici sa limite à pouvoir appréhender une échelle de temps aussi vertigineuse...

Homo Sapiens est issu d’une sous-espèce d’Homo Erectus, espèce humaine disparue il y a environ 150 000 ans, mais qui a perduré pendant plus de 1 850 000 ans !
Homo Sapiens est aussi appelé Homme moderne. Il vient d’Afrique, comme tous les Homo. Il a migré par la suite, notamment en Asie et en Europe, où il a rencontré Homo Néandertalensis.

Homo Sapiens est différent génétiquement d’Homo Néandertalensis. Ils sont proches parents car ils descendent tous les deux d’Homo Erectus, mais ils constituent deux espèces humaines bien distinctes, qui ne se seraient jamais mélangées génétiquement (c’était, par principe, impossible). Les 4% d’ADN commun trouvés entre Homo Sapiens et Homo Néandertalensis proviendraient en réalité de nos ancêtres communs : Homo Habilis et Homo Erectus.

Cohabitation avec Néandertal

Homo Sapiens et Homo Néandertalensis ont cohabité, mais l’on ignore presque tout de la nature de leurs relations. Il y a eu un conflit culturel entre eux, peut-être plus qu’un hypothétique conflit physique. Rien ne prouve que Sapiens ait exterminé Néandertal. On sait qu’ils enterraient tous les deux leurs morts, mais avec des rituels différents. Néandertal s’est éteint sans qu’on sache réellement pourquoi (ils auraient été décimés par un mal mystérieux) et Homo Sapiens est demeurée la seule espèce humaine sur terre. On pense que c’est grâce à la collecte (des fruits et végétaux) organisée et donc à une meilleure gestion et exploitation de son environnement que Sapiens a survécu.

Migration

Sapiens a migré dans le monde entier, y compris en Amérique (en passant par la Sibérie et l’Alaska) et en Australie. Il savait fabriquer de petites embarcations. Il n’était probablement pas le premier, car on a retrouvé des objets datant de plus de 800 000 ans sur une île en Indonésie, c’est-à-dire de l’époque d’Homo Erectus.

Evolutions génétiques

Confronté à différents climats et environnements, Sapiens est soumis au principe de la sélection naturelle pour s’adapter. En quelques milliers d’années, des groupes ethniques avec des caractéristiques génétiques spécifiques en adéquation avec l’ environnement apparaissent.
De ces évolutions proviennent les divers morphotypes humains d’aujourd’hui (comme par exemple la couleur de la peau, foncée pour se protéger des rayons UV ou au contraire claire pour mieux les capter et renforcer la synthèse de la vitamine D dans l’organisme.)

Malgré tout, la diversité génétique au sein de l’espèce humaine reste faible, car toutes ces populations se sont mélangées à un moment donné. Le brassage de gènes est tel, qu’aujourd’hui, il est impossible d’établir des groupes génétiques distincts ou des races. Ce « mélange » explique également qu’aucune sous-espèce n’a vu le jour, nous sommes tous une seule et même espèce.

Par ailleurs, les deux espèces de singes les plus proches génétiquement de l’Homme aujourd’hui, sont le chimpanzé et le bonobo. Le génome humain, qui compte pas moins de 3,2 milliards de nucléotides, ne diffère que de 0,27% de celui du chimpanzé.

Recensement préhistorique

Difficile d’estimer la taille de la population préhistorique. Les scientifiques pensent que la population européenne a dû osciller entre 200 000 et 250 000 individus vers – 10 000 avant JC.
La population mondiale a vu un « boom démographique » entre – 6000 et – 2000 avant JC, où elle est passée d’environ 7 millions d’habitants à presque 100 millions ! On attribue ce spectaculaire accroissement à la maîtrise de l’élevage et de l’agriculture, et au stockage de la nourriture.

Le langage

Pour pouvoir parler, il faut posséder une anatomie adaptée au langage. En d’autres termes, il faut avoir un larynx et une cavité buccale d’une taille et d’un positionnement particuliers, de telle manière qu’ils permettent l’articulation de mots.
Autrement, on émet des sons, on grogne, mais on ne parle pas vraiment au sens où nous l’entendons aujourd’hui. C’est le cas reconnu des australopithèques, qui, avec un larynx positionné très haut et une cavité buccale très allongée, n’étaient pas « conçus » pour la parole.

Les scientifiques se disputent en revanche sur la capacité à parler des hominidés qui ont précédé Homo Sapiens, soit Homo Habilis et Homo Erectus.
Certains estiment qu’ils possédaient déjà un langage primitif (on a retrouvé sur les parois internes de leur boîte crânienne l’empreinte d’une aire cérébrale normalement dévolue au langage).
D’autres soutiennent que seul l’Homme Moderne, soit Homo Sapiens, possédait la parole (on aurait identifié le gène lié à la faculté d’apprendre et de pratiquer une langue, et il daterait de – 50 000 ans, c’est-à-dire lorsque toutes les espèces d’Homo non Sapiens avaient disparu de la surface de la terre).

Cependant, on peut penser que les prédécesseurs de Sapiens utilisaient d’autres sortes de langages (sans mots) pour communiquer entre eux, notamment le « langage des clics » qui consiste à faire claquer la langue sur le palais.

On peut également souligner que l’émergence du langage va de pair avec l’émergence d’un sens musical. Pour parler, en effet, il faut adopter une certaine musicalité.

Les rituels autour de la mort

Ils apparaissent aux alentours de 100 000 avant notre ère. Dès sa sortie d’Afrique, Sapiens commence à enterrer ses morts.
Pourquoi exactement ? Nous l’ignorons. Cherchait-il à protéger la dépouille de ses proches des charognards ? Ou bien, la présence d’offrandes et d’objets ayant appartenus au défunt à proximité du corps a t-elle un sens plus symbolique ? Ces rituels attestent-ils d’une croyance en un au-delà ? Quoiqu’il en soit, ils sont la marque de la conscience de la mort qu’avaient nos ancêtres et par là même, de la conscience de la vie.

Quant à la représentation qu’ils pouvaient se faire d’une vie après la mort, elle est le témoignage émouvant et sans ambiguïté du développement de la pensée symbolique chez l’Homo Sapiens.

Au fil de dizaines de milliers d’années, les rituels autour de la mort vont se renforcer et se diversifier. La maîtrise toujours plus accrue de l’art, et notamment celui des parures, permet d’enrichir les sépultures et renforce la portée symbolique des inhumations. La spiritualité humaine se complexifie.

C’est autour des tombes et des rituels liés à la mort que se sont développés les premiers mythes. Le chamanisme (mélange de pratiques religieuses et de pratiques « magiques ») s’est développé largement au sein des populations de chasseurs-cueilleurs que constituaient les Homo Sapiens.

Cependant, jusqu’à – 12 000 ans, on ne retrouve aucune trace de culte à une quelconque divinité. La religion à proprement parler n’apparaîtra qu’avec la sédentarisation.

Les deux premières divinités à faire leur apparition, avec l’avènement de l’agriculture, symboliseront la fertilité et la force (virilité).
On les retrouve, quelques milliers d’années plus tard, dans la mythologie grecque sous les traits de Déméter (déesse de l’agriculture) et du Minotaure (force virile symbolisée par le taureau.)

L’art sculpté et l’art rupestre

A partir de – 35 000 ans, Sapiens commence à sculpter, dans l’argile ou l’ivoire, des sortes de « poupées » toute en rondeurs. On les a appelées « Vénus » et elles représentent la féminité/fertilité.

Sur les murs des grottes, Sapiens grave et peint des animaux, des signes abstraits, l’empreinte de ses mains, mais ne se représente pas.
Les animaux qu’il dessine ne sont pas spécialement ceux qu’il chasse : le renne, à la base de l’alimentation des chasseurs-cueilleurs n’est que rarement représenté. On trouve en revanche, un grand nombre de grands animaux, tels les mammouths, chevaux, bisons, aurochs (ancêtre du taureau) et rhinocéros.

Sapiens a inventé les principales règles d’art qui ne seront redécouvertes que bien plus tard, à la Renaissance. Parmi elles, les prémices de la perspective, le trompe-l’oeil, l’estompe (pour mieux marquer le contour).

Concernant le matériel utilisé, il utilise son environnement naturel : un morceau de charbon de bois obtenu après avoir fait brûler le bout d’une branche, de l’oxyde de fer et de la manganèse (pigments) grattés dans le sol. En faisant chauffer l’oxyde, rouge lorsqu’il est froid, il obtient la couleur jaune !

L’application de la « peinture » sur les murs se fait, elle aussi, de différentes façons : avec les doigts, avec un pinceau en poils d’animaux, avec un bout de bois ou d’os, ou encore, la peinture est soufflée par la bouche !

On pense que les artistes préhistoriques formaient de petites communautés et qu’ils transmettaient leur savoir tels les grands maîtres que l’on connaîtra quelques dizaines de milliers d’années plus tard.
Certains artistes étaient spécialisés dans la réalisation de certains types de dessins. Ils devaient se consacrer exclusivement aux peintures, et le reste de la communauté assurait pour eux les contingences matérielles (nourriture, vêtements).
C’est dire l’importance que l’art devait représenter pour ces populations.

Sur le sujet à la médiathèque...



Livres :

Homo Sapiens
Isabelle BOURDAL, Pedro LIMA
Flammarion, 2004
Retrace l’histoire de l’Homo sapiens, premier représentant de l’homme moderne, à la lumière des théories scientifiques actuelles. Illustré des photos de la série télévisée Homo sapiens, suite du film L’odyssée de l’espèce.
NAT 569.9 BOU

La Vie des premiers Hommes
Yves COPPENS
O. Jacob, 2010
L’histoire des premiers hommes depuis les origines et sur quelque 3 millions d’années ou comment une centaine de milliers d’individus, nés sous les tropiques d’Afrique, se sont déployés à travers l’Ancien monde d’abord puis sur toute la surface de la Terre, créant une diversité de cultures. Avec des développements sur l’outillage, la complexification de l’alimentation, de l’habitat et du vêtement.
NAT 569.9 COP

L’Histoire de l’Homme : 22 ans d’amphi au Collège de France
Yves COPPENS
O. Jacob, 2008
Recueil de cours et séminaires donnés au Collège de France de 1983 à 2005 sur les origines de l’humanité. Les leçons abordent les thèmes de l’histoire de l’homme, l’environnement, les comportements culturels et quelques aspects d’histoire des sciences. Les séminaires sont regroupés en cinq rubriques : paléoanthropologie, préhistoire, environnement, techniques et histoire.
NAT 569.9 COP

Histoire d’ancêtres : la grande aventure de la Préhistoire
Errance, 2005
Retrace les origines de l’homme et son évolution à travers la préhistoire. Situe géographiquement et chronologiquement chaque découverte archéologique et en effectue une description détaillée. Fournit des éléments anthropologiques et archéologiques ainsi qu’un historique des méthodes de datation.
NAT 569.9 HIS

La Longue marche d’Homo Sapiens : la fabuleuse histoire du bipède
Gilles MACAGNO
Ellipses, 2006
Retrace l’histoire de l’homme, son apparition sur terre et son évolution, les différents hominidés découverts jusqu’à l’Homo sapiens.
NAT 569.9 MAC

Qui sont vraiment nos lointains ancêtres ?
Bruno MAUREILLE
Le Pommier, 2005
Les auteurs se basent sur des données paléontologiques et génétiques pour étudier les relations biologiques et culturelles qui ont existé il y a 40.000 ans entre les hommes modernes et les derniers représentants de populations à la morphologie différente, dont les Néandertaliens. Ils tentent d’expliquer la disparition des uns et la survie des autres.
NAT 569.9 MAU

Les Origines de l’Homme : l’odyssée de l’espèce
Pascal PICQ
Tallandier, 2002
La grande aventure de l’homme et de ceux qui, depuis des siècles, tentent d’en percer les mystères !
NAT 569.9 PIC


DVD :

C’est pas sorcier : l’homme de Néandertal
France Télévisions, 2009
La disparition de l’homme de Néandertal reste une énigme… Homo sapiens, notre ancêtre, est-il à l’origine de cette extinction ? Des archéologues enquêtent sur la disparition de ce proche cousin…
JEU 569.9 CES (Pôle jeunesse)

Sur la terre de nos ancêtres
Richard DALE
France Télévisions, 2003
Ce docu-fiction permet d’évoluer parmi nos plus lointains ancêtres, les Homo sapiens, dans un environnement restitué digitalement, d’apprendre en quoi le bipédisme fut un facteur de changement, pourquoi un nécrophage était plus armé pour survivre...
NAT 569.9 DAL

L’Odyssée de l’espèce
Jacques MALATERRE
France Télévisions, 2002
Retrace l’origine de l’homme, une saga de 8 millions d’années. Tout commence avec le premier primate debout pour aboutir à l’homme moderne qui invente l’art et les premières civilisations.
NAT 569.9 MAL

Homo Sapiens
Jacques MALATERRE
Il y a près de 400 000 ans, le premier représentant direct de notre espèce, apparaît sur terre : l’homo sapiens. Comment la terre s’en est-elle progressivement peuplée ? Quelle est l’origine de ses multiples inventions et comment se sont-elles propagées ? Voici le grand voyage sur tous les continents de -400 000 à -12 000 ans que propose ce documentaire.
JEU 569.9 MAL (Pôle jeunesse)



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