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Honoré Daumier
Présentation et sélection bibliographique, mars 2008

A l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’artiste :

Exposition Daumier (du 4 mars au 8 juin 2008) à la Bibliothèque Nationale de France, Site Richelieu / Galerie Mazarine

Exposition Les héritiers de Daumier (du 4 mars au 4 mai 2008) à la Bibliothèque Nationale de France, Site François-Mitterand

L’exposition Daumier


La Bibliothèque nationale de France célèbre le « Michel-Ange le la caricature » à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’artiste (1808-1879). Une sélection de deux cent vingt pièces issues de ses collections met en lumière l’évolution de l’écriture lithographique d’Honoré Daumier, aussi personnelle dans sa graphie qu’universelle dans le message contenu. Elle permet de comprendre comment ses innovations techniques et stylistiques, ses partis pris esthétiques l’ont inscrit dans l’histoire de l’art parmi les « maîtres de l’estampe ».

De la Monarchie de Juillet à la chute du Second Empire, la longue carrière du lithographe pour la presse est évoquée par des pièces phares telles que le ventre législatif, la rue Transnonain ou la page d’histoire, mais aussi par des pièces moins souvent montrées, prélevées au sein d’une vaste « comédie humaine » en noir et blanc. Rythmées par les dates des changements politiques et des lois sur la liberté de presse, cinq périodes se dessinent, faisant alterner caricatures politiques et scènes de moeurs. En plus de ce parcours chronologique, des épreuves rarissimes, souvent uniques, entraînent le visiteur au cœur du processus d’élaboration de l’œuvre, en retraçant toutes les étapes de la fabrication des lithographies, depuis le dessin sur la pierre jusqu’à l’épreuve publiée dans le journal.

L’exposition Les héritiers de Daumier


Caricature par Carjat
Dans un monde qui bouge à la vitesse d’Internet, où les distances s’effacent et l’information foisonne, la caricature a retrouvé une actualité qu’on ne lui aurait pas soupçonnée. Elle est inscrite dans un espace occidental qu’elle a conquis à force de luttes, mais qui paraissait aller de soi. Avec l’affaire des caricatures de Mahomet, et le procès de Charlie Hebdo qui s’en est suivi en France, c’est l’efficacité et la force subversive du dessin de presse qui sont réintroduites dans le jeu du commentaire d’actualité. Poursuivant l’entreprise du maître, les héritiers de Daumier donnent à voir l’autre côté du monde, sa face grotesque ou grimaçante pour que les contemporains puissent le mettre à distance. Cette exposition réunit ainsi le meilleur des caricaturistes d’aujourd’hui : Reiser, Wolinski, Tim, Pétillon, Cabu et Plantu...


Honoré Daumier


Honoré-Victorien Daumier, fils de Cécile-Catherine Philip et de Jean-Baptiste Daumier, vitrier, naît le 26 février à Marseille 1808. Le père de Daumier, qui s’adonne à ses heures perdues aux belles-lettres, décide de tenter sa chance comme poète à Paris, où il s’installe avec sa famille en 1816.

- 1820-1822 Daumier devient saute-ruisseau chez un huissier, puis commis à la librairie Delaunay du Palais-Royal. Travaillant non loin du musée du Louvre, il s’y rend pour copier les œuvres exposées. Malgré les réticences de son père, Daumier prend des cours des dessin à l’académie Suisse et à l’académie Boudin. Son talent de dessinateur y est remarqué par Alexandre Lenoir, illustre fondateur du musée des Monuments français ; celui-ci l’encourage à poursuivre dans les arts graphiques. Daumier fait alors connaissance de divers artistes, comme le sculpteur Préault et le peintre Jeanron. En 1822, Daumier inscrit au dépôt légal ses trois premières lithographies : Le Dimanche, J’suis d’garde à la merrie, et La Promenade à Romainville.

- Dès 1825, Daumier entre chez l’éditeur Belliard, alors à la mode. Il est chargé de la préparation des pierres lithographiques et réalise des copies de dessin.
Daumier réalise ses premières lithographies en 1829 pour Le Journal, premier hebdomadaire satirique illustré en France, créé par Charles Philipon.

Gargantua - 1831 (BNF)
- 1830 Daumier fait pour La Caricature, journal de Philipon et Aubert, ses premières caricatures politiques sous le pseudonyme de Rogelin. Sa satire de Louis-Philippe le rend rapidement célèbre. A la demande des directeurs, Daumier réalise une série de bustes en terre crue et coloriés, sous forme de portraits-charge de quelques parlementaires, d’amis de Daumier et de sympathisants républicains. Exposée dans la vitrine du journal, la série obtient un grand succès.
La publication en 1832 dans La Caricature, d’une caricature représentant Louis-Philippe en Gargantua, vaut à Daumier une condamnation à six mois de prison avec sursis, qu’il passera à la prison de Sainte-Pélagie. Les bustes en terre crue sont traduits en lithographes. Parution la même année du premier numéro du Charivari, fondé par Philipon et auquel Daumier participe.

Passé, présent, avenir (1834, lithographie, BNF)
- 1833 Daumier partage un atelier avec Paul Huet, Préault, Jeanron et Narcisse Diaz de la Pena, rue Saint-Denis. Il travaille également pour La chronique de Paris et le Journal des enfants. Il commence par ailleurs à utiliser la technique du bois de bout (gravure sur bois).

- 1834 Daumier réalise de nombreuses planches pour L’Association mensuelle, publication de Philipon fondée en 1832 : parmi elles, Le Ventre législatif et Rue Transnonain.

- 1835 Daumier, qui s’est fait un nom grâce à ses caricatures politiques, doit peu à peu renoncer à cette forme d’engagement en raison de l’adoption des lois de 1835 sur la censure de la presse. La Caricature disparaît cette année-là. En août, le journal présente la dernière caricature de Daumier, planche particulièrement sinistre : de furieuses charges sabrant des manifestants dans le lointain sont complétées par trois morts de la révolution de Juillet, à peine sortis de leurs tombes, avec pour légende « C’était vraiment bien la peine de nous faire tuer ! ». Daumier se tourne alors vers la caricature de mœurs, dans laquelle il se cantonne jusqu’à la révolution de 1848.

Série Caricaturana
- 1836 Daumier crée le personnage de Robert Macaire, parvenu de la monarchie de Juillet, figurant aussi bien le médecin charlatan que le banquier véreux, l’avocat escroc, le journaliste diffamateur, le directeur de société interlope, le commerçant banqueroutier ou encore le fondateur de secte. Les cent lithographies sont publiées dans Le Charivari sous le titre de Caricaturana, et signées conjointement par Daumier et Philipon. En 1839, les planches seront regroupées en album. La série La Chasse paraît dans Le Charivari.

- 1837-1838 Daumier enregistre ses premières commandes indépendantes. La série Croquis d’expression paraît dans Le Charivari. Philipon publie une nouvelle édition de La Caricature qui paraîtra jusqu’en 1843 et dans laquelle Daumier publie notamment Types parisiens.

- 1839-1847 Daumier publie l’album des Bohémiens de Paris (1840-1842) et réalise diverses séries, notamment Les Mœurs conjugales (1839-1842), Les Bas-bleus (1844), Les Baigneurs (1839-1842), Les Baigneuses ainsi que des planches sur les Chemins de fer (1843-1844). Les Physionomies tragico-classiques de 1841, comme dix ans plus tard Les Physionomies tragiques, révèlent l’attirance de Daumier pour le monde du théâtre et des saltimbanques. Les Philanthropes du jour, publiés en 1844, sont de la même veine que les Robert Macaire.

- 1845 Daumier s’installe dans l’atelier de l’île Saint-Louis, au 9 quai d’Anjou. Il y réalise, sur trois ans, les trente-neuf lithographies des Gens de Justice.

La République (1848)
- 1846 Il épouse Marie-Alexandrine Dassy, couturière. Il fait la connaissance d’écrivains et d’artistes comme Baudelaire, Steinlen et Daubigny, avec lesquels il restera lié toute sa vie. Il publie les séries Les Bons Bourgeois, Les Papas et Pastorales.

Le gamin de Paris aux Tuileries (BNF)
- 1848 Il fréquente assidûment les peintres Corot, Daubigny et Dupré, ainsi que les sculpteurs Barye, Préault, Geoffroy-Dechaume... Ce dernier sera de ceux qui l’attireront quelques années plus tard dans le village de Valmondois (Val-d’Oise). La révolution de 1848 permet à Daumier de retrouver sa veine politique. Elle lui inspire deux planches très suggestives, Le Dernier Conseil des ex-ministres et Le Gamin de Paris aux Tuileries. Il suit également les travaux des députés et commence la publication des Représentants représentés, une série de portraits de parlementaires. Daumier réalise - pour le concours de la figure de la République - l’imposante peinture La République, symbolisée par une solide femme assise, deux enfants aux seins. Le tableau ne lui vaut néanmoins aucune récompense. Fort conformiste pour une fois, Daumier publie une série de lithographies tournant en dérision le combat des femmes socialistes qui lisent des journaux subversifs, délaissent maris et enfants pour aller manifester et osent présenter leur candidature à des élections législatives.

- 1849 Daumier envoie au Salon Le Meunier, son fils et l’âne. Il publie les Physionomies de l’Assemblée dans Le Charivari.

- 1850 Première apparition du personnage de Ratapoil, figure du propagandiste roué de Napoléon III, et de Casmajou. Il présente au Salon Femmes poursuivies par des satyres, Don Quichotte et Sancho se rendant aux noces de Gamaches et Silène.

- 1851 Décès du père de Daumier. Daumier se penche à nouveau sur la justice avec la série Avocats et plaideurs.

- 1852 Un décret rétablit la censure : Daumier reprend les caricatures sociales. Première vente publique d’œuvres de Daumier après la mort du peintre Jean-Jacques Feuchère.

Croquis aquatiques

- 1853-1859 Daumier publie de nombreux albums et séries dont Croquis aquatiques (1853), Emotions de chasse (1854), Ces bons parisiens (1855) ou Les comédiens de société (1858).

Ratapoil (1891, Bronze, Musée d'Orsay)
- 1860 Daumier est licencié du Charivari afin de calmer les esprits. Continuant sa prolifique production de lithographies, Daumier se consacre par ailleurs au dessin et à la sculpture. Parmi ses sculptures figurent des gens de justice mais aussi Ratapoil, ainsi que Les Emigrants, sinistre scène d’exode traitée en ébauche.

Avocats et plaideurs
- 1861-1863 Daumier présente Une Blanchisseuse au Salon. Il travaille pour Le Boulevard, le nouveau journal d’Etienne Carjat, et pour Le Monde Illustré. Après la disparition du Boulevard, Daumier recommence à travailler pour Le Charivari, après la mort de Philipon.

- 1865 Daumier, ne pouvant plus assumer les charges immobilières d’un atelier à Paris, quitte la capitale pour s’installer à Valmondois, où réside le sculpteur Geoffroy-Dechaume et où Daubigny avait passé son enfance. Il y avait déjà fait de nombreux séjours. Il s’y consacre notamment à la peinture et y réalise par exemple des tableaux sur le thème de Don Quichotte.

- 1867 Vente publique de lithographies de Daumier.

Don Quichotte (1868)
- 1868 Incapable à nouveau de payer son loyer, pour sa maison de Valmondois cette fois, Daumier risque d’en être expulsé. Corot achète alors la maison et la lui prête à vie.

- 1869 Daumier présente trois aquarelles au Salon : Visiteurs dans l’atelier d’un peintre, Juges de Cour d’Assises et Les deux médecins et la Mort.

- 1870 Première publication dans Le Charivari dune longue série de caricatures contre Thiers.

- 1871 Daumier est nommé membre d’une commission pour la sauvegarde des musées. Il réalise de sombres lithographies sur la guerre de 1870 parmi lesquelles La France, Prométhée et l’aigle-vautour.

- 1872 Parution de sa dernière lithographie dans Le Charivari : en représentant un squelette sortant d’un cercueil portant le nom de Monarchie, Daumier ajoute « Et pendant ce temps-là ils continuent à affirmer qu’elle ne s’est jamais mieux portée ».

- 1877 Le gouvernement attribue à Daumier, devenu presque aveugle, une modeste pension.

- 1878 Les amis de Daumier organisent une grande rétrospective de son œuvre chez Durand-Ruel. Le comité d’organisation est présidé par Victor Hugo et Champfleury écrit la biographie de Daumier pour le catalogue. En dépit de l’appel très chaleureux adressé au public par la presse, l’exposition ne connaît pas un grand succès.

- 1879 Daumier s’éteint à Valmondois où il est inhumé, les frais d’obsèques étant pris en charge par l’Etat, à la demande du ministre des Beaux-Arts. Le corps de Daumier est transféré moins d’un an plus tard au Père-Lachaise, où il repose aux côtés de Corot et de Daubigny.


Bibliographie



Daumier
Robert Rey
Ars Mundi, 1988
ART 759.05 DAU

Daumier, témoin de son temps
Roger Passeron
Office du livre : Bibliothèque des arts, 1979
ART 741.092 DAU

Honoré Daumier : il faut être de son temps
Réal. Judith Wechsler
Les Films d’ici : RMN, 1999
ART 741.092 DAU (VHS)

Honoré Daumier : témoin de la comédie humaine
Pierre Cabanne
L’amateur, 1999
ART 741.092 DAU

Honoré Daumier, 1808-1879 : les dessins d’une comédie humaine
Jean-Jacques Lévêque
ACR, 1999 (Poche couleur)
ART 741.092 DAU

Nadar élevant la photographie à la hauteur de l'art (1862, BNF)Daumier : artiste frondeur, Marseillais rebelle
Renaud Muselier
Plon, 2008 (Histoire contemporaine)
en commande

L’art et l’histoire de la caricature
Laurent Baridon, Martial Guédron
Citadelles & Mazenod, 2003
ART 741.5 BAR

La caricature contre Napoléon
Catherine Clerc
Promodis, 1985
REF 944.05 CLE (salle de références)

La caricature contre-révolutionnaire
Claude Langlois
Presses du CNRS, 1988
ART 741.5 LAN

Les types parisiens (1839)La caricature révolutionnaire
Antoine de Baecque
Presses du CNRS, 1988
ART 741.5 BAE

Les dessins de l’actualité : 1886-1986
Jacques Chancel
Chêne, 1987
ART 741.65 DES

Les humoristes : 1830-1930
L’amateur, 1999
ART 741.5 HUM

Les poires (1831)

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