Accueil > Les collections > Bibliographies > Musique, Cinéma, Arts & Loisirs > Cinéma > Jacques Tourneur ou la magie de la suggestion
Jacques Tourneur ou la magie de la suggestion
Biographie et filmographie, septembre 2005

L’oeuvre de Jacques Tourneur est novatrice. Pour "faire peur", tenir en haleine le spectateur, le cinéaste développe ses grands concepts : l’implication du spectateur, la suggestion, l’importance de l’inconscient…

Qui est Jacques Tourneur ?




Jacques Tourneur, né à Paris, est le fils de Maurice Tourneur (1873-1961). Naturalisé américain depuis 1919, il débute comme assistant, puis comme monteur de son père, aux Etats-Unis et en France. Il commence à réaliser en France (1931-1933) puis devient réalisateur de seconde équipe et de courts-métrages, avant de mettre en scène à partir de 1939. Entre 1958 et 1966, il réalise de nombreux épisodes d’émissions ou de séries télévisées.

« Dans le cinéma fantastique de Tourneur, la nuit aide à créer un décor quasi-abstrait où s’affrontent ombre et lumière. L’obscurité est parfois tempérée par l’éclat de la lune, traversée d’éclairs émanant de lampadaires, de phares de voiture, de torches électriques. (...) La nuit coïncide avec une mise à l’épreuve qui prend la forme d’un parcours, site d’une confrontation avec une force inconnue et prédatrice. La nuit a partie liée avec la peur (...), mais c’est également un moment de découverte et de prise de conscience. Tourneur est un adepte du signe discret, de l’implicite. Il privilégie une esthétique de la suggestion, du vide jouant sur une tension entre champ et hors-champ visuel et sonore (...). Il met en scène une dramaturgie de la terreur qui repose en partie sur des effets de leurre et suscite un imperceptible climat irréel fait d’inquiétude, de malaise et d’angoisse sourde. »

Gilles Melegaldo in la revue Positif n°515, janvier 2004


Bibliographie


Michael H. Wilson
Jacques Tourneur ou la magie de la suggestion
Ed. du Centre Pompidou, 2003
CIN 791.430 94 TOU

- A Hollywood, Tourneur fut l’un des "contrebandiers", peut-être le premier, qui ont subverti le récit classique de l’intérieur. Un explorateur de l’autre côté, en quête des "passages" qui ouvrent sur d’autres dimensions. Un poète attentif à l’inquiétante étrangeté de notre décor quotidien lorsqu’il révèle ses fractures. Un promeneur extraordinairement solitaire, poursuivant à l’insu de tous, protégé par son humilité même, une expérimentation qui a transformé le cinéma en profondeur.
Cet ouvrage est le contrepoint de la rétrospective qui a eu lieu au Centre Beaubourg du 3 décembre 2003 au 19 janvier 2004.

Dossier sur Jacques Tourneur
revue Positif n° 515, janvier 2004

- (analyses, bibliographie, filmographie) disponible à l’espace Presse du Pôle Sciences et Société - 1er étage.


Films disponibles à l’espace Cinéma


Angoisse
(1944)
(Experiment perilous)
F TOU
avec Hedy Lamarr, George Brent, Paul Lukas

- Une femme est soupçonnée du meurtre de son ami disparu dans des conditions mystérieuses.
Au cœur des films de Tourneur, l’enfance, toujours. Elle, seule, façonne les désirs et les peurs de ce cinéma qui a tant à voir avec le conte. Un enfant pleure dans sa chambre, sa mère monte la rassurer. Rien d’anormal, et pourtant c’est là le moment le plus terrible. La mort rôde, invisible (jamais le danger ne se voit chez Tourneur : il s’éprouve). Quelqu’un a ouvert le gaz dans la vaste demeure. Mère et fils seront-ils épargnés par la folie meurtrière ? Ce que retiendra le spectateur, c’est la vague brûlante qui embrase la maison et pulvérise les parois des aquarium. géants : eau et feu se mêlent.

La Féline
(1941)
(Cat people)
F TOU
avec Simone Simon, Ken Smith, Tom Conway

- Une jeune femme tombe amoureuse d’un directeur de jardin zoologique alors qu’une panthère noire rôde. Une malédiction veut qu’elle se métamorphose elle-même en fauve.
Ce film est un grand classique du genre. Tout y est suggéré : la peur s’épanouit en clair-obscur, s’immisce au creux des ombres et des sons. Par dessus tout, le film peaufine une subtile métaphore de la sexualité, vécue comme un mélange de fascination et de culpabilité. Reflet ,aussi, d’une société : « La Féline » égratigne une Amérique qui venait d’entrer en guerre après des années d’isolationnisme, effrayée et enivrée par sa puissance.

La Griffe du passé*
(1947)
(Out of the past) (* autre titre français : Pendez-moi haut et court.)
F TOU
avec Robert Mitchum, Jane Greer, Kirk Douglas

- Un ancien bagnard se rend compte qu’il ne peut échapper à son passé quand son patron, un gangster, et sa maîtresse tissent une toile meurtrière autour de lui.
Bien des films racontent l’histoire d’un homme naïf et d’une femme fatale. Mais ici, la victime est consciente d’être détruite et prête à accepter son destin. Certaines séquences sont admirables : apparition de Jane Greer dans la pénombre du café mexicain, scène de séduction sur la plage, fuite du couple traqué, meurtre qui révèle la vraie nature de la femme.

L’homme-léopard
(1943)
(the leopard man)
F TOU
avec Dennis O’Keffe, Jean Brook, Isabel Jewell

- Une jeune fille doit aller faire une course dans la nuit ; sa mère l’y a contrainte. Sur le chemin du retour, elle croise un fauve échappé d’un zoo. Elle a juste le temps de se réfugier chez elle, mais sa mère ne la croit pas. Une jeune femme s’est attardée dans un cimetière ; les portes en ont été fermées. Seule dans la nuit, elle appelle au secours. Soudain, une branche d’arbre se plie sous un poids.
De ces morts violentes, le spectateur ne verra rien et aura donc tout à imaginer. C’est le principe de la suggestion sur lequel est fondé ce cinéma profondément poétique.


Vaudou
(1943)
(I walked with a Zombie)
F TOU
avec Frances Dee, James Ellison, Tom Conway

- Une nurse, venue s’occuper d’une malade dans une île des Caraïbes, va devoir affronter des morts-vivants.
De tous les films de Jacques Tourneur, « Vaudou » est sans doute celui où la magie sonore se déploie avec le plus de puissance. Des tambours lointains mais obsédants des cérémonies nocturnes, jusqu’aux pas traînants d’un mort-vivant, lui aussi en provenance du domaine de la nuit, c’est un rythme très spécial qui envoûte littéralement le spectateur, ou plutôt l’auditeur d’un tel film. La discrète insistance de ces bruits feutrés distille un vrai climat d’hypnose, qui s’accorde pleinement au sujet traité (la sorcellerie, en particulier celle des Antilles). Le génie de Tourneur est de savoir instiller la vie sonore à des plans de studio ; l’artificiel des décors de ce film à petit budget ne nuit pas à son charme étrange, le son apportant aux images un accent de vérité inattendu.

Version imprimable de cet article Imprimer

Rester connecté

Newsletter :


Votre navigateur n'accepte pas le Javascript ou bien votre Plugin Flash n'est pas à jour (version 7 minimum). C'est dommage, c'est plus joli avec...

Auditorium Médiathèque
L’Ecoute-aux-Portes Médiathèque    Forum Médiathèque    Galerie Médiathèque    Libris Café Médiathèque    Salle de réunion Médiathèque
Bibliothèque Mont-Valérien    Bibliothèque Renoir    Bibliothèque Les Mazurières    Tout public    Professionnel
Jeunes    Adultes    Exposition    Conférence    Rencontre-Débat
Atelier    Projection    Conte    Concert    Visite
Spectacle    Littérature    Art    Cinéma    Patrimoine
Sciences    Société    Histoire    Actualité    Jeunesse
Musique    Poésie    Théâtre    Philosophie    Photographie
Médiathèque    Bibliographie    Coup de coeur    Dossier