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Jane Austen
Octobre 2017

"Quoi de plus naturel pour Jane Austen, qui savait si bien en pénétrer la profondeur, d’avoir choisi d’écrire sur les banalités de la vie quotidienne, sur des réceptions, des pique-niques et des bals provinciaux ? "
Virginia Woolf

Contemporaine de Walter Scott, le père du roman historique britannique, Jane Austen (1775-1817) fut l’autre grande plume de son temps. Formidable peintre des mœurs de son époque, elle décrivit avec un esprit d’une remarquable indépendance, les amours, les déboires, les ambitions de la gentry.
Loin des tourments révolutionnaires qui déchirent alors le continent, le monde de Jane Austen forme une sorte de parenthèse dans laquelle s’épanouit une société paisible dominée par une courtoisie au charme certain.

Septième d’une famille de huit enfants, Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon, petit village au Sud-Ouest de Londres. Son père, George Austen, est pasteur de la paroisse.

Toute sa vie, Jane Austen demeure au sein d’une cellule familiale étroitement unie, appartenant à la petite gentry anglaise. Elle commence son éducation à la pension de Mrs Cowley puis suivra sa sœur aînée Cassandra, qu’elle ne veut pas quitter, à la célèbre école de l’Abbaye à Reading. Les deux sœurs entretiendront une correspondance lorsqu’il leur arrivait d’être éloignées l’une de l’autre.

Les parents de Jane semblent faire preuve d’ouverture d’esprit en ce qui concerne l’éducation et Jane aura accès à la bibliothèque de son père dès son plus jeune âge. La vie au foyer des Austen baigne dans une « atmosphère intellectuelle ouverte, amusée et facile », où les idées sociales et politiques autres que les leurs sont prises en compte et discutées. Les représentations théâtrales privées faisant aussi partie de l’éducation, de sept ans à ses treize ans, Jane participe à une série de pièces que montent sa famille et les amis proches. La plupart de ces pièces sont des comédies, ce qui contribue au développement de son sens comique et satirique.
Ainsi, après son retour du pensionnat en 1786, Jane Austen « ne vit plus jamais en dehors de son environnement familial immédiat » .
Le soutien sans faille de sa famille est essentiel pour son évolution en tant qu’écrivain professionnel et son apprentissage artistique s’étend du début de son adolescence jusqu’à sa vingt-cinquième année environ. Durant cette période, elle s’essaie à différentes formes littéraires, y compris le roman épistolaire qu’elle expérimente avant de l’abandonner, et écrit et retravaille profondément trois romans majeurs, tout en commençant un quatrième.

En décembre 1800, le Révérend George Austen décide de quitter son ministère, de partir de Steventon et de déménager avec sa famille à Bath, dans le Somerset. Jane Austen est bouleversée à l’idée d’abandonner la seule maison qu’elle ait jamais connue et cesse pratiquement d’écrire, ce qui en dit assez sur son état d’esprit.
Même si Jane reçoit une demande en mariage, elle ne se mariera pas et donnera ce conseil à sa nièce :
« Et à présent, ma chère Fanny, après avoir écrit en faveur de ce jeune homme, je vais maintenant te conjurer de ne pas t’engager plus avant, et de ne pas songer à l’accepter à moins qu’il ne te plaise réellement. Tout doit être préféré ou supporté plutôt que de se marier sans affection . »
Après la mort de leur père en 1805, Jane, Cassandra et leur mère se retrouvent dans une situation difficile. Puis en 1809, Edward, l’un des frères de Jane, offre à sa mère et à ses sœurs une vie plus stable en mettant à leur disposition un grand cottage dans le village de Chawton.
De 1811 à 1816, avec la parution de Raison et sentiments (publié de façon anonyme en 1811), Orgueil et préjugés, Mansfield park (1814) et Emma (1816), elle connaît le succès. Deux autres romans, L’Abbaye de Northanger (achevé en fait dès 1803) et Persuasion, feront tous deux l’objet d’une publication posthume en 1818.

En 1817, elle commence son dernier roman, finalement intitulé Sanditon, qu’elle ne peut achever avant sa mort.
Jane Austen meurt à 37 ans dans la discrétion le 18 juillet 1817.
L’œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les intrigues de ses romans, bien qu’essentiellement de nature comique, c’est-à-dire avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l’égard du mariage.

Jane cherche à préserver son anonymat en tant qu’écrivain, aussi sa réputation est modeste de son vivant, avec quelques critiques favorables. Au XIXe siècle, ses romans ne sont admirés que par l’élite littéraire.
Cependant, la parution en 1869 de Souvenir de Jane Austen, écrit par son neveu, la fait connaître d’un public plus large. On découvre alors une personnalité attirante, et, du coup, l’intérêt populaire pour ses œuvres prend son essor. Dans les années 1940, Jane Austen était largement reconnue sur le plan académique comme « grand écrivain anglais ».
Durant la seconde moitié du XXe siècle, les recherches sur ses romans se multiplient et peu à peu, la culture populaire s’empare de Jane Austen et les adaptations cinématographiques ou télévisuelles qui sont réalisées sur sa vie ou ses romans connaissent un réel succès.
Selon l’un de ses biographes, les informations sur la vie de Jane Austen sont « d’une rareté notoire ». Il ne reste que quelques lettres d’ordre personnel ou familial. Sa sœur Cassandra, à qui la plupart étaient adressées, en a brûlé beaucoup et a censuré celles qu’elle a gardées. D’autres ont été détruites par les héritiers de son frère, l’amiral Francis Austen.
Il est à noter que les éléments biographiques, rendus disponibles dans les cinquante années suivant sa mort, émanent presque tous de ses proches.
Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés. On peut même considérer qu’elle fait l’objet d’un véritable culte aujourd’hui.

PARLEZ-MOI D’ELLE

Mes souvenirs de Jane Austen : portrait d’une héroïne
James Edward Austen-Leigh
Bartillat (2016)
Un recueil de souvenirs et de témoignages directs sur la vie de la célèbre romancière anglaise rédigé par son neveu, qui a contribué à mieux faire connaître sa tante en Angleterre. C’est dans cette biographie qu’apparaît la vue d’artiste (tirée du portrait fait par Cassandra) dont sont dérivées les différentes gravures utilisées comme portrait de la romancière.
Livre en cours d’acquisition à la médiathèque

Souvenir de ma tante Jane
Caroline Austen
Gwen Catalaéd (2017)
LIT 820 AUS BIO
Portrait de Jane Austen à travers les yeux de sa nièce, âgée de 12 ans à la mort de l’écrivaine. Ce récit donne un éclairage sur sa vie de famille, son caractère et sa façon de vivre, au-delà de son œuvre.
« Je n’avais que douze ans à sa mort et, par conséquent, je ne l’ai connu qu’à travers mes yeux d’enfant. ».

Jane Austen
John Halperin
Plon
LIT 820 AUS BIO
Après avoir scruté son oeuvre et plus encore ses écrits inédits pendant près de vingt ans, l’auteur brosse un portrait de Jane bien loin de l’image pieuse et sage qu’on veut bien nous en faire. John Halperin, professeur de littérature à l’université de Californie du Sud nous présente une femme surdouée, sensible, critique jusqu’à la cruauté, dominée par une seule passion, l’écriture mais rongée par un sentiment d’exclusion sociale et d’exil culturel.

Les Nombreuses vies de Jane Austen
Isabelle Ballester
les Moutons électriques (La Bibliothèque rouge), 2009
LIT 820 AUS BIO

Abondamment illustré par des documents d’époque, ce livre de référence présente la vie de Jane Austen et de sa famille, mais aussi la biographie croisée des principaux protagonistes de son œuvre — Elizabeth Bennet, Fitzwilliam Darcy, Anne Elliot, les sœurs Dashwood, la famille Bertram ou Emma Woodhouse : comme s’ils avaient existé, plus vrais que nature, ils sont les exemples de cette Régence virevoltante et mondaine. Avec une chronologie détaillée des politiques anglaise et française de la fin du XVIIIe s. jusqu’au milieu du XIXe s., des articles sur les classes sociales et l’étiquette, la Saison londonienne ou les villes à la mode, ainsi qu’un hommage de John Kessel aux univers de Jane Austen et de Frankenstein (prix Nebula 2009).
« Une maîtresse d’émotions beaucoup plus profondes que celles qui apparaissent à la surface. Elle nous stimule à remédier à ce qui est absent. » Virginia Woolf

Du fond de mon cœur : lettres à ses nièces
Jane Austen
LIT 826 AUS
Inédites et passionnantes, les lettres de Jane Austen à ses trois nièces préférées dressent un portrait émouvant de Jane.
En tante attentionnée, elle se montre toujours prête à guider ses jeunes nièces, à les conseiller. Elle leur parle d’écriture, de stratégie amoureuse, de sa vie à la campagne, avec humour et élégance. Ces lettres révèlent une touchante intimité et on acquiert la conviction que Jane Austen n’avait rien à envier à ses attachantes héroïnes.
Pour compléter cette correspondance, ont été ajoutés trois textes, écrits par les trois nièces de Jane à propos de leur tante. Ce sont des documents émouvants, décrivant son physique, ses habitudes, son caractère.
L’ensemble de ces textes et de ces lettres n’avait jamais été traduit en français. Ils constituent les derniers textes de Jane Austen qui nous restaient à découvrir.

LES ROMANS DE JANE

Raison et sentiments
10/18, Domaine étranger (1996)
R AUS
Injustement privées de leur héritage, Elinor et Marianne Dashwood sont contraintes de quitter le Sussex pour le Devonshire, où elles sont rapidement acceptées par la bourgoisie locale étriquée et à l’hypocrisie feutrée.
L’aînée, Elinor a dû renoncer à un amour qui semblait partagé, tandis que Marianne s’éprend bien vite du séduisant Willoughby. Si Elinor, qui représente la raison, dissimule ses peines de cœur, sa cadette étale son bonheur au grand jour, incapable de masquer ses sentiments. Jusqu’au jour où Willoughby disparaît...

Publié en 1811, il est considéré comme le premier grand roman anglais du XIXe siècle. Jane Austen a influencé nombre d’écrivains majeurs tels que Henry James, Virginia Woolf ou Katherine Mansfield.

Orgueil et préjugés
10/18, Domaine étranger (1996)
R AUS
Elizabeth Bennet, qui se croit dédaignée par Darcy, jeune homme riche et hautain, s’amourache d’un bel officier, Wickham. L’auteur développe dans ce roman, avec toujours un humour discret, une psychologie fouillée de ses personnages où se mêlent la raison, le sentiment de gratitude, la méfiance à l’égard des « premières impressions ». L’abondance des menus événements fait l’un des charmes du roman britannique. Publié en 1813, ce roman est le plus populaire de Jane Austen.

Mansfield park
10/18, Domaine étranger (1996)
R AUS
Paru en 1814, il s’agit du premier roman entièrement écrit dans ses années de maturité, puisqu’elle y a travaillé durant l’année 1813. Souvent considéré comme le plus expérimental de tous ses écrits, il est d’un abord plus difficile que les autres et son personnage principal, la timide et silencieuse Fanny Price, est une héroïne paradoxale, qui séduit difficilement le lecteur. Cependant ce roman emporte un succès incontestable, puisque tout le tirage est épuisé en à peine six mois.

Emma
LGF, Le Livre de poche (1996)
R AUS
Jeune femme dotée d’un esprit vif et d’une haute opinion d’elle-même, Emma ne tarde pas à devenir l’un des pivots de la vie sociale d’Highbury, petite ville de province anglaise. Volontiers manipulatrice et excellant au jeu des rencontres arrangées, elle se plonge dans l’univers émotionnel de ses contemporains. Cette héroïne, que Jane Austen a conçu antipathique à dessein, finira par être rattrapée par son égoïsme et ne devra son salut qu’à un amour dont elle avait sous-estimé l’importance. Tout à la fois cruel et naïf, ce roman utilise le prétexte du pouvoir salvateur des sentiments amoureux pour se livrer à une étude de mœurs sans complaisance.

L’Abbaye de Northanger
Gallimard, L’imaginaire (2004)
R AUS
Dans ce chef-d’œuvre, qu’elle a remanié en 1815, Jane Austen, sans doute l’un des esprits les plus implacablement satiriques de toute la littérature, traite sa protagoniste non comme une créature vivante, à l’instar de tous les romanciers, mais comme une héroïne de roman égarée et toujours en décalage avec la réalité. Elle trouve rarement grâce aux yeux des lecteurs et calque son comportement sur son livre de chevet Les Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe, publié en 1794.
Dans ce roman, elle parodie le roman gothique et ses candides lecteurs tenus à la merci d’ouvrages à la gloire de la chevalerie. Elle annonce une certaine forme de modernité dans le roman qui consiste à exprimer le fait que la vie finit toujours par imiter l’art.

Persuasion
10/18, Domaine étranger (1996)
R AUS
Anne, la deuxième fille du baronnet Sir Walter Elliot, est une jeune femme de 28 ans, paisible et solitaire. Son seul regret est de ne pas avoir épousé il y a huit ans, Frédérick Wentworth, l’homme qu’elle aimait. Son amie, Lady Russell, l’avait persuadée que cette union lui serait défavorable. Après une longue absence, Frédérick, devenu capitaine, est de retour.
Dernier roman achevé de Jane Austen, il a été publié à titre posthume en 1818. D’une tonalité plus grave que ses autres romans, l’auteur n’hésite pas à traquer le ridicule des conventions sociales, l’étroitesse de la morale bourgeoise avec toujours élégance et humour. Les héroïnes de Jane lui ressemblent, elles aiment les potins en évitant toute grossièreté. Jane n’est pas opposée au mariage mais sous certaines conditions dont l’indépendance préservée de la femme mariée.

DES MOTS DE JANE

« Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d’eux à notre tour ? »
« Faut-il rejeter toutes les probabilités parce qu’elles ne sont pas des certitudes ? »
« Pauvre ami ! Il est complètement fou de jalousie ce dont je ne suis pas fâchée car je ne connais point de meilleur soutien à l’amour. »
« Très juste, répondit Elisabeth, et il me serait facile de pardonner son orgueil s’il n’avait gravement blessé le mien. »
« Il ne faut pas avoir de regrets, cela ne sert à rien. »
« Je crois pouvoir, avec toute la vanité possible, me targuer d’être la femme la plus ignorante et la moins avertie qui osât jamais être écrivain. »

Jane Austen, 1815

« Alors que vers la fin du XVIIe siècle le roman noir semait ses naïves terreurs dans les foyers anglais, Jane Austen, née en 1775 et qui écrit depuis l’âge de douze ans, ne s’intéresse ni à l’histoire ni à la politique ni aux fantômes.
Elle n’a de goût que pour la vie - la vie telle qu’un œil acéré peut en surprendre les manèges dans un salon, voire une salle de bal où les jeunes gens dansent, tandis que leurs parents évaluent rentes et dots. »
Dans L’Abbaye de Northanger, note de Pierre ARNAUD.

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