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Le Western ou le cinéma américain par excellence
Un dossier réalisée par la bibliothèque du Mont-Valérien




Chevauchées, bagarres, duels, Indiens, Tuniques bleus, voleurs de bétail, entraîneuses du saloon, paysages immenses, shérifs... et la Bible sont des images qui viennent facilement lorsqu’on parle de western.


Genre purement américain, le western représente l’idéal de la conquête de l’Ouest. Il raconte la quête d’un homme ou d’une communauté dans le cadre de l’Amérique des pionniers, entre 1860 et 1890. Le western joue le même rôle que le roman d’apprentissage du XIXème siècle dans la culture européenne. André Bazin, critique de cinéma, constate que seuls des hommes forts, rudes et courageux pouvaient conquérir les paysages de l’Ouest, alors que la police et les juges profitaient surtout aux faibles. Il définit les différentes périodes du western, car celui-ci évolue en parallèle avec l’histoire des  ?tats-Unis.

D’ailleurs, cette évolution peut se lire à travers celle de l’acteur mythique John Wayne dans les films de John Ford. Du manichéisme du Ringo Kid dans La chevauchée fantastique, (1939) au paternalisme bienveillant du capitaine, incarnant les valeurs traditionnelles de la cavalerie, dans La charge héroïque, (1949) jusqu’au paria de La prisonnière du désert, (1956) ou le Tom Doniphon, qui représente la « loi de l’Ouest » mais qui s’efface devant la légalité, de L’homme qui tua Liberty Valance (1961).

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Le western classique (1903-1952)

André Bazin définit deux époques du western classique où l’on passe de l’épopée à la tragédie. Les premiers westerns légitiment la conquête de l’Ouest face à des indiens violents jusque dans les années 50. Puis, le doute émerge face à la diffusion des témoignages sur la violence de l’extermination des indiens et l’exploitation des pionniers pauvres (Johnny Guitar, La flèche brisée). Le western se fait ensuite réflexion globale sur la violence constitutive de l’Amérique avec la guerre de Corée puis du Vietnam (L’homme de l’ouest, Il était une fois dans l’ouest...), avant que ne surgisse la question de l’autre aux  ?tats-Unis, de l’altérité des noirs et des Indiens (Danse avec les loups, Impitoyable).

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Les premiers grands réalisateurs de western sont Raoul Walsh et surtout John Ford avec Le cheval de fer, (1924). Avec l’arrivée du parlant, Raoul Walsh réalise La piste des géants, (1930), qui marque le début en vedette de John Wayne. Grâce à La chevauchée fantastique (1939) de John Ford, inspiré par Boule de suif de Maupassant, l’invention s’impose à nouveau et l’espace reprend ses droits.

Dans le western classique sont évoquées :

Dès Le massacre de fort Apache, Cochise et ses guerriers sont montrés comme des hommes dignes et valeureux, susceptibles de négocier la paix mais régulièrement trahis par les agents indiens ou par des officiers arrogants et racistes. Cette critique novatrice sera encore plus marquée dans La flèche brisée de Delmer Daves.

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Le western moderne (1953-1964)



1) Le surwestern

Dans les années 50 apparaît ce que Bazin appelle le surwestern :
« un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire d’ordre esthétique, sociologique, moral, psychologique, érotique. »

Ainsi, Le train sifflera trois fois (1953) de Fred Zinnemann -allégorie démocratique sur le bien, le mal, la dénonciation la lâcheté - est, selon André Bazin la modèle achevé de ce surwestern. Les valeurs traditionnelles de l’Amérique sont également mises à mal chez Anthony Mann avec L’appât (1953). Le mythe américain par excellence du droit à la liberté est compromis par la cupidité, la vengeance ou la mégalomanie des hommes. Quatre étranges cavaliers (1954) de Dwan démontre la fragilité des institutions démocratiques : le jour de l’Indépendance et de son mariage un homme innocent est poursuivi par ses concitoyens qui veulent le lyncher. Dans les sept westerns que Budd Boetticher réalise avec Randolph Scott, le style est aussi simple que les héros impassibles. Dans Comanche Station, (1960), les bons et les méchants sont difficilement discernables ; ils ont les mêmes rêves et la même solitude. Avec Le gaucher (1958) d’Arthur Penn apparaît un anti-héros, suicidaire en manque de père, incarnant le mal des adolescents. La même année Anthony Mann réalise L’Homme de l’Ouest avec Gary Cooper, une oeuvre où la mort est omniprésente. Le thème de la rédemption du héros au passé nébuleux devient également récurrent. Seuls les grands espaces peuvent l’aider à sauver son salut.

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2) Le western baroque

Si le surwestern tente de transposer les valeurs de l’Amérique dans le western, le western baroque s’intéresse à la face sombre de cette transposition, lorsque le héros vit comme une perte ou un déclassement l’entrée dans un monde moderne dont il se sent exclu. Ainsi Duel au soleil (King Vidor, 1946), L’ange des maudits, (Fritz Lang, 1952) Johnny Guitare (Nicholas Ray, 1954), L’homme qui n’a pas d’étoile (King Vidor, 1955), La prisonnière du désert (John Ford, 1956) et Quarante Tueurs, (1957) de Samuel Fuller.

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Avec Les deux cavaliers (1961) et L’homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford, la légende de l’Ouest est définitivement considérée comme un mythe caduc.

Comme La prisonnière du désert, Les deux cavaliers a pour thème le drame des blancs faits prisonniers par les indiens. Sont-ils encore des blancs ou totalement des indiens ? Mais alors que La prisonnière du désert était à la fois lyrique et inquiet, Les deux cavaliers est un film tragique et sombre. Nathan (John Wayne) accomplissait ce qui lui semblait être son devoir. Le personnage de McCabe (James Stewart), pourtant joué par l’incarnation de la justice, reconnaît qu’il touche 10 % sur tout ce qui se passe dans sa ville.

L’homme qui tua Liberty Valance est aussi une vision désenchantée et crépusculaire de l’Ouest américain. Le directeur du Shinborne Star fait remarquer au sénateur Stoddard (James Stewart) que "dans l’Ouest lorsque la légende devient la réalité, c’est elle qu’on imprime". Les cheyennes (1964) de Ford ouvre aussi la voie de la dénonciation historique du génocide indien. Ainsi comme il avait tracé la voie du western classique, Ford ouvre la voie du western moderne dont vont s’emparer Sergio Leone et Arthur Penn. Le western renaît une seconde fois lorsqu’il devient le miroir des problèmes contemporains.

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Le western italien ou le western spaghetti (1964-1971)

Le western spaghetti est un terme sarcastique trouvé par les réalisateurs américains pour souligner ses origines italiennes. Le western italien (et européen) et ses déclinaisons en western Zapata (analyse politique ancrée dans la révolution mexicaine) ou même western fayot (parodique), a permis au genre de survivre entre les anciens (de John Ford à Robert Aldrich) et les modernes (de Peckinpah à Eastwood). Il se fait l’expression d’une lucidité politique et sociale proche de celle de la comédie italienne, genre qui lui préexiste et qui mourra tout juste un peu après lui.

1) Le western spaghetti

La remise en cause du mythe et du genre institué par les Américains est l’occasion pour Sergio Leone de réaliser la trilogie du dollar : Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965), Le Bon la brute et le truand (1966), et le célèbre Il était une fois dans l’Ouest (1968). Le terrain parait connu : par le décor (des bourgades du Texas) et par le sujet (un étranger arrive dans une ville où s’affrontent deux camps, la guerre de Sécession, la construction du chemin de fer). Les protagonistes préfèrent tirer avant de parler ; ils sont sales, mal rasés, cyniques voir sadiques et seuls le pouvoir et l’argent semblent les motiver.

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2) Le western Zapata

La comédie italienne décrit les petites classes bourgeoises. Le western politique italien descend plus bas dans l’échelle sociale. Il s’intéresse au péon très pauvre qui ne sait ni lire ni écrire, et n’est pas politisé. C’est celui qui est au plus bas de la société qui va prendre les devants. L’intrigue du western zapata est assez souvent la même : un trésor, stock d’armes ou lingots d’or, à l’origine prévu pour financer la révolution mexicaine est perdu et des personnages aux motivations différentes vont essayer de le retrouver moyennant alliances et contre-alliances motivées par l’appât du gain. Chaque un primitif, sauvage, inculte et pauvre : le péon. La critique de l’ingérence des USA chez leurs voisins sud-américains se double d’une critique de l’Italie.

El Chuncho (Damiano Damiani, 1966) lance le western zapata, le western politique italien. Il obtient un excellent succès commercial sur le thème de la révolution mexicaine, de l’exploitation des péons par les grands propriétaires. C’est aussi une réflexion sur l’utilisation de la violence par les masses. Pour les pauvres l’émancipation passe par la violence : "N’achète pas du pain avec cet argent, mais de la dynamite".

Dans Il était une fois la révolution (1971), Leone laisse percer son amertume et sa déception au sujet de la révolution : la révolution sera toujours récupérée par les puissants.

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3) Le western fayot

Très vite cependant les illusions tombent et le film politique comme le western Zapata déclinent. Avec Les 4 de l’Ave Maria le western italien déraille vers la farce. A la période sérieuse, aux héros sombres et cyniques, va succéder une série de films parodiques et même autoparodiques. Mon nom est personne (Tonino Valerii, 1973) est l’exemple type du "western fayot". La violence est remplacée par des distributions de baffes, le héros vieillissant (Henry Fonda) laisse sa place à Personne (Terence Hill). L’humour ne fonctionne plus sur l’ironie, la dérision des valeurs politiques, mais sur le burlesque.

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Le western contemporain (1971-2011)

Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954) ou Les sept mercenaires (John Sturges, 1960) avaient passé le témoin au western Zapata. Néanmoins, sans le western spaghetti, le genre serait sans doute mort. C’est le western politique italien qui assure sa survie en invitant les réalisateurs américains à réagir à travers des films violents et crépusculaires : La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969), Little Big man (Arthur Penn, 1970), Le soldat bleu (Ralph Nelson, 1971), Pat Garrett et Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)... La mitrailleuse Gatling sème la mort, comme dans les westerns spaghetti ; les massacres font désormais partie du paysage et de l’histoire américaine.

En 1990, Kevin Costner réintroduit les préoccupations écologiques avec Danse avec les loups. En 1992 avec Impitoyable, Eastwood démontre que la violence malmène l’âme de tout être qui y est confronté.

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Ce succèdent ensuite des films sans une vision nouvelle à réintroduire dans le genre : Silverado (Lawrence Kasdan, 1985), Tombstone (George P. Cosmatos, 1993), Wyatt Earp (Lawrence Kasdan,1994), Mort ou vif (Sam Raimi, 1995), Open range (Kevin Costner, 2003), Retour à Cold Mountain (Anthony Minghella, 2003), 800 balles (Álex de la Iglesia, 2004), L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007), 3h10 pour Yuma (James Mangold, 2007), Appaloosa (Ed Harris, 2008).

Des films tels que Dead man (Jim Jarmusch, 1995), western fantomatique, et True grit (Joel Coen, 2010), noire réflexion sur la vengeance, montrent toutefois que le genre peut encore générer des thèmes émouvants.

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