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Le siècle d’or de la peinture néerlandaise
{{Frans HALS}} - samedi 24 novembre 2018 - 15h
Cycle de conférences "D’autres Europes, Mitteleuropa & Russie" par Armand Sokolowski

Frans HALS

  • samedi 24 novembre 2018 - 15h00

REMBRANDT

  • samedi 12 janvier 2019 - 15h00

VERMEER

  • samedi 16 mars 2019 - 15h00

Auditorium de la Médiathèque
Réservation conseillée au 01.47.14.54.54

Contexte politique et culturel

Les provinces formant actuellement les Pays-Bas ont été progressivement rassemblées, par mariage, achat ou conquête par les ducs de Bourgogne (1342-1477).
Cet ensemble passe par héritage aux Habsbourg, Marie de Bourgogne, la fille de Charles Le Téméraire, ayant épousé l’empereur Maximilien 1er. Sous le règne de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne, la région faisait partie des 17 provinces des Pays-Bas espagnols qui comprenaient également la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais actuels.

Les territoires de l’Europe et plus particulièrement des Pays-Bas sont soumis à des changements continuels où les décisions sont réglées par le fer et le feu. Une guerre, longue, éprouvante d’une durée de 80 ans aboutit à l’indépendance d’une partie de ses terres appelées les "Provinces-Unies".
Le siècle d’or néerlandais (encore nommé Age d’or) est une période de l’histoire des Pays-Bas comprise entre 1584 et 1702. Cette période voit la république des Provinces Unies, à peine née en 1581 de l’union d’Utrecht, se hisser au rang de première puissance commerciale au monde, tandis que le reste de l’Europe subit une stagnation qui va durer par endroits jusqu’en 1750.
La liberté de culte qui règne alors aux Pays-Bas et y attire des personnalités venues de pays et de cultures les plus diverses, le plus souvent opprimées pour leurs croyances. Ces réfugiés rejoignent une république en pleine croissance, qui leur offre travail et liberté d’opinion. Écrivains et érudits (par exemple Descartes, Spinoza) s’y établissent pour enseigner et publier en toute liberté ; avec la fondation de l’université de Leyde et le développement des sciences humaines et des sciences naturelles, le pays devint l’un des centres du savoir. La peinture, loin d’échapper à ce mouvement ascendant va connaître une des périodes les plus glorieuses de son histoire.

La prospérité de la nouvelle république profite aux artistes, grâce à l’existence d’un marché de l’art très développé qui existait déjà, au siècle précédent, dans les provinces méridionales. Les peintres ne travaillaient plus exclusivement sur commande mais constituent des « stocks » de tableaux aux sujets variés, prêts à être vendus. Cette production en série implique une spécialisation des praticiens au sein de l’atelier : tel assistant se charge du paysage, tel autre des fruits, des fleurs, des animaux… Effective en Flandres dès la fin du XVIe siècle, cette spécialisation par genres devient la règle en Hollande, où le déclin du mécénat institutionnel, l’absence d’une grande peinture d’église, les attentes d’une société essentiellement bourgeoise, heureuse de contempler sa propre image à travers celle de ses richesses, oriente les peintres vers une production d’œuvres à sujets profanes. Production massive, pléthorique, due aux pinceaux de plus de deux mille peintres répertoriés…
Parmi ces milliers de peintres des figures imposantes vont émerger. Elles sont aujourd’hui encore considérées comme la manifestation d’un art pictural inégalé dans lequel la rigueur et la liberté de création se joignent en une heureuse osmose. Nous célébrons aujourd’hui leur génie. Ils s’appellent Frans Hals, Rembrandt ou encore Vermeer, pour ne citer que les plus connus. Ayant tout de même une pensée pour toute les « petites mains » qui au sein de leurs ateliers ont permis l’élaboration de grandes compositions qui traversent les siècles et fascinent toutes les générations.

Siècle d’or, Age d’or ?

La figure de l’Age d’or saturnien avait déjà hanté la Renaissance ("Melencholia" de Dürer). Cette époque mythique appelée du « règne de Saturne » est donc l’âge qui suit la création de l’Homme qui est un éternel printemps : « En l’absence de tout justicier, spontanément, sans loi, la bonne foi et l’honnêteté y étaient pratiquées. (…) La Terre elle-même, aussi, libre de toute contrainte, épargnée par la dent du hoyau, ignorant la blessure du soc, donnait sans être sollicitée tous ses fruits. » (Ovide).
Comme l’écrit l’historien néerlandais, Johan Huizinga « C’est cette expression d’Âge d’Or elle-même qui ne veut rien dire. Elle renvoie à un aurea aetas (âge d’or) des Anciens, à un pays de cocagne mythologique, qui chez Ovide nous ennuyait déjà passablement quand nous étions écoliers. S’il faut donner un nom à notre période de prospérité, qu’on l’appelle plutôt Bois et Acier, Poix et Goudron, Couleur et Pigments, Audace et Piété, Esprit et Imagination. »


Frans Hals - 1580/83-1666

Il sera tout d’abord question du peintre portraitiste Frans Hals. Longtemps ignoré des galeristes imaginant, qu’à cause d’une vie dissolue, menée de tavernes en estaminets, il aurait été incapable d’achever correctement ses tableaux. Le XIXe siècle va le célébrer. Copié par Courbet, encore admiré par Van Gogh, comme en témoigne cette observation : « J’ai surtout admiré les mains de Hals, des mains qui vivaient, mais qui n’étaient pas “terminées”, dans le sens que l’on veut donner maintenant par force au mot ‘‘finir”. Et les têtes aussi, les yeux, le nez, la bouche, faits des premiers coups de brosse, sans retouches quelconques. Peindre d’un seul coup, autant que possible, en une fois ! Quel plaisir de voir ainsi un Frans Hals ! » Peindre d’un seul coup, si cela est possible, suppose une maîtrise technique parfaite et un don hors du commun que possédait plus qu’aucun autre Frans Hals. Il parvient à concilier avec brio certaines tendances maniéristes (les postures, les mains), un caravagisme nordique dans le traitement de la lumière et le réalisme et une virtuosité rare dans l’exécution. Il mérite ainsi de figurer, aux côtés de Rembrandt et Vermeer, parmi les plus grands du siècle d’or hollandais. Frans Hals a peint essentiellement des portraits individuels ou de groupe. Il est réputé travailler vite, par touches rapides, sans lisser parfaitement les surfaces comme on le faisait à l’époque. Pourtant, son œuvre n’est pas considérable : environ 240 tableaux. Il signe cependant de grands chefs-d’œuvre de l’art du portrait avec une composition puissante et vive, soulignée par le geste des personnages. Certains portraits sont d’une facture étonnement moderne par la capacité de synthétiser une personnalité en quelques touches rapides, mais brillantes, et de transmettre ainsi par l’image les secrets d’une psychologie : La bohémienne (1628-30), Les régentes de l’hospice des vieillards, détail (1664). On a souvent dit que Hals avait déjà une manière impressionniste (mais on l’a aussi dit de Vélasquez…) et, sans exagérer en ce sens, il faut bien reconnaître que certains de ses tableaux ont un charme à la Cézanne par leur structure hachée et une recomposition surprenante des formes.


Rembrandt (1606 ou 1607- 1669)

Considéré par de nombreux artistes et de critiques comme « le Peintre » parmi les peintres, Rembrandt Harmenszoon van Rijn, jouit d’une gloire posthume qui ne semble pas se démentir. Il a réalisé près de 400 peintures, 300 eaux fortes et 300 dessins. La centaine d’autoportraits qu’il a réalisés tout au long de sa carrière permet de suivre son parcours personnel. Le peintre se représente sans aucune complaisance. Comme le dit Simon Schama dans son ouvrage les Yeux de Rembrandt : « La peinture de Rembrandt répugne au spectacle, à l’imaginaire » à l’inverse de son glorieux aîné, Rubens (le Flamand avait vingt-neuf ans de plus que le Hollandais).(…) L’Anversois Rubens étalait une puissance et une réussite publique et privée intimidante. Le jeune homme de Leyde a pourtant très tôt rêvé de l’égaler, conscient qu’il était que sa propre virtuosité lui en donnait le droit. De son vivant il ne fera qu’effleurer la gloire dont Rubens était auréolé.
Une des caractéristiques majeures de l’œuvre de Rembrandt réside dans l’utilisation de la lumière et de l’obscurité (technique du clair-obscur inspirée du Caravage) qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Ce n’est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il montre la compassion et l’humanité, qui ressortent dans l’expression de ses personnages, qui sont parfois indigents ou usés par l’âge. Ses thèmes de prédilection sont le portrait (et les autoportraits) ainsi que les scènes bibliques. Rembrandt représente aussi des scènes de la vie quotidienne, et des scènes populaires.. Il a exécuté peu de paysages peints, réservant le thème à son œuvre gravé. Il connaît à partir de 1642 un grand succès commercial et international.
La vie privée de Rembrandt est très agitée, et 1649 est la seule année où Rembrandt ne réalise aucun tableau ni. Il vit à cette époque « une situation financière catastrophique. Rembrandt vit au-dessus de ses moyens, achetant des pièces d’art du monde entier. (Collection qui lui sert de modèle dans ses peintures. Le document de cet inventaire demeure aujourd’hui encore important pour les historiens de l’art : sa collection comprenait des œuvres d’art antiques et asiatiques, des objets scientifiques, des armes, des instruments de musique, des costumes et des œuvres picturales. Il possédait notamment des œuvres attribuées à Giorgione, Raphaël et aux Carracci ; il conservait également des estampes de Andrea Mantegna, Lucas de Leyde, Martin Schongauer, Cranach, Holbein le Jeune, Frans Floris, Pieter Brueghel l’Ancien, Rubens et Jordaens,. Il possédait peu de livres : une Bible, les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe et illustrées de gravures sur bois de Tobias Stimmer et le traité sur les proportions humaines d’Albrecht Dürer.. Sa compagne meurt, son fils se marie, Rembrandt est complètement seul. Ces événements le marquent et ses œuvres prennent un tour plus sombre et sont alors jugées plus obscures, ses contemporains le voient comme « l’ami et le fils de l’ombre, pareil au hibou nocturne ».
Les critiques de son époque, à l’exemple de Joachim von Sandrart louent son génie mais réprouvent « son manque de goût, son naturalisme vulgaire, son dessin négligé, la rareté de sujets nobles dans son œuvre ». Alors que son style personnel atteint à son apogée, il s’éloigne de celui de ses contemporains, plus proche d’un autre géant de la peinture, le flamand Anton Van Dyck.


Johannes Vermeer (1632-1675)

L’œuvre et la vie de Vermeer sont longtemps ont été longtemps ignorés des spécialistes comme du grand public. Actif dans la cité hollandaise de Delft, Vermeer semble avoir acquis en son temps une réputation d’artiste novateur, et avoir bénéficié de la protection de riches commanditaires. Mais sa notoriété qui s’est essentiellement cantonnée aux limites du territoire provincial qui était le sien, une production de faible ampleur, ainsi qu’une biographie longtemps restée obscure qui lui a valu le surnom de « Sphinx de Delft », peuvent expliquer pourquoi le peintre tombe dans l’oubli après sa mort mis à part quelques collectionneurs éclairés. Il jouit aujourd’hui d’une célébrité à la hauteur de son génie. Vermeer est redécouvert par le même critique qui avait fait sortir de l’oubli l’œuvre majeure de Frans Hals, le français Théophile Thoré-Bürger. Les raisons de l’admiration de ce démocrate radical pour le XVIIe siècle hollandais en général, et pour Vermeer en particulier, sont d’abord politiques. Elles trouvent leurs racines dans son rejet de l’Église et de la monarchie qui, selon lui, phagocytaient l’Histoire de la peinture à travers les sujets historiques, religieux et mythologiques qu’elles imposaient : les scènes de genre hollandaises, au contraire, portaient le regard sur la vie quotidienne des gens simples, et ouvraient la voie, à partir du XVIe siècle, à une peinture « civile et intime »94. À cet égard, il fut un défenseur farouche du Réalisme et de ses contemporains Jean-François Millet, Gustave Courbet ou encore du paysagiste Théodore Rousseau — à l’instar de Champfleury à qui il dédie ses articles sur Vermeer.Mais il loue également « la qualité de la lumière » des intérieurs de Vermeer, rendue comme au « naturel » (à la différence des effets « arbitraires » de Rembrandt et Velázquez, qu’il admire par ailleurs), et qui se traduit par une harmonie remarquable de ses coloris. Il admire cependant par-dessus tout, ses paysages.
Le XXe siècle donne enfin au maître de Delft la renommée qu’il méritait, même s’il restait à corriger les erreurs d’attribution et celles des hagiographes, et à démasquer les faussaires, attirés par cette nouvelle célébrité.

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