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Louise Bourgeois
Présentation et sélection bibliographique, mars 2008

L’exposition

Paris, Centre Georges Pompidou, 5 mars au 2 juin 2008

Louise Bourgeois en 1990 avec sa sculpture en marbre Eye to Eye (1970) - © ADAGP, Paris, 2008, © Photo : Raimon Ramis, D.R. Organisée par le Centre Pompidou en collaboration avec la Tate Modern de Londres, cette exposition rétrospective de l’oeuvre de Louise Bourgeois présente plus de 200 oeuvres (peintures, sculptures, installations, dessins, gravures, objets) réalisées entre 1940 et 2007. Elle insiste particulièrement sur les dix dernières années de création de cette artiste âgée de 96 ans qui ne cesse de renouveler son langage artistique.

Née en France en 1911 et vivant à New York depuis 1938, Louise Bourgeois est une des artistes majeures de la fin du 20ème et du début du 21ème siècles. Traversant divers mouvements artistiques comme le surréalisme, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme, elle développe un langage personnel qui rejoint les pratiques les plus contemporaines et exerce une grande influence sur de nombreux artistes. Son oeuvre, qui oscille entre figuration et abstraction, obéit à une logique subjective, basée sur l’émotion, la mémoire, la réactivation des souvenirs d’enfance.

L’exposition est présentée en deux parties : un parcours chronologique dans la Galerie 2 et une "exposition dans l’exposition" dans la Galerie d’art graphique du Musée, réunissant dessins, gravures et sculptures de petit format pour rendre compte de la permanence de certains thèmes et de la diversité des techniques et matériaux employés.

Louise Bourgeois


Louise Bourgeois dans son atelier new yorkaisLouise Caroline Bourgeois est une artiste plasticienne française née à Paris le 25 décembre 1911.

Louise Bourgeois s’installe en 1938 à New York après avoir épousé l’historien d’art américain Robert Goldwater (1907-1973).

Ses parents étaient restaurateurs de tapisseries anciennes à Choisy-le-Roi, ce qui n’a pas été, selon elle, déterminant dans sa carrière d’artiste. Cependant dès l’âge de dix ans, elle commence à aider ses parents pour les dessins des tapisseries et à faire les pieds manquants ainsi que d’autres motifs. Enfant, elle est turbulente et remarque que sa nounou est l’amante de son père. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1932, elle étudie les mathématiques supérieures à la Sorbonne en géométrie, espérant trouver ainsi un ordre et une logique dans sa vie.

Louise Bourgeois s’écarte des mathématiques, trop théoriques à son goût : « Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s’exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire. » Elle commence des études d’art à Paris, d’abord à l’ ?cole des Beaux-Arts puis dans de nombreuses académies ainsi qu’à l’ ?cole du Louvre. Elle a comme professeurs des artistes comme Paul Colin, Cassandre ou bien encore Fernand Léger.

En 1937, elle rencontre l’historien d’art américain Robert Goldwater. Elle l’épouse et s’installe avec lui à New York l’année suivante. C’est là qu’elle entre en relation avec le milieu des surréalistes, dont la plupart ont quitté la France pour les  ?tats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et présente sa première exposition personnelle en 1945.

Dans les années 1950, ses sculptures ont l’aspect de totems sinueux et lisses, d’inspiration surréaliste. Travaillant à l’écart de la scène artistique, elle présente peu d’expositions personnelles jusqu’à ce qu’un vif intérêt se manifeste pour son travail dans les années 1970.

Le développement de son œuvre prend alors un tour entièrement nouveau. Non seulement des thèmes jusqu’alors latents - la féminité, la sexualité, la famille, l’adolescence, la solitude - deviennent omniprésents, mais la manière de les traiter est entièrement renouvelée, avec des sculptures-installations réalisées avec des matériaux et des objets très variés, parfois personnels.
Elle imprègne ses œuvres, notamment sculpturales, de cette veine psychique, issue de ses traumas personnels. Pleinement consciente de cette dimension de son œuvre, elle est toutefois très éloignée des représentations littérales qui caractérisaient, en particulier, le surréalisme dans leur rapport à l’inconscient, et a ouvert en ce sens une voie très avant-gardiste de l’art contemporain. Ses sculptures monumentales d’araignées, constructions oniriques, en sont un des exemples les plus connus.

Maman - 1999
En 1999, Louise Bourgeois reçoit le Lion d’or de la Biennale de Venise pour l’ensemble de son œuvre.


L’oeuvre


- Les dessins d’insomnie

" Qui n’a au moins une fois connu cet état intermédiaire, ces heures comme suspendues en plein vol entre veille et sommeil ? Si cet état second peut être oppressant, il est aussi libérateur ; les pensées, les souvenirs et les moments occultés ou effacés par la lumière du jour reprennent vie et remontent en bouillonnant à la surface, la nuit venue."

L’insomnie depuis longtemps, est une compagne fidèle de Louise Bourgeois. Les quelques 200 feuillets constituant ses Dessins d’insomnie contiennent sous forme de mots et de dessins, la quintessence de toutes les sources et de tous les thèmes qui ont inspiré sa vie artistique. Ils sont considérés comme la pierre angulaire de toute son oeuvre. Pendant ses longues nuits d’insomnie, lorsque ses sens sont doublement aux aguets et pour calmer son angoisse, Louise Bourgeois dessine ; elle écrit, griffonne, tricotant ses dessins de fil en fil, révélant ainsi la façon dont l’artiste interroge et travaille son inconscient : continuel va-et-vient entre la sublimation apaisante du plaisir esthétique et la réactivation incessante du passé. Autant de lignes, qui s’enroulent et déroulent le long écheveau des souvenirs d’enfance, entremêlant les eaux troubles qui coulent, débordent, inondent tant les images que les textes.

Les Dessins d’insomnie constituent une sorte de journal intime où le motif et l’écriture sont indissociables, et dont la fonction thérapeutique est reconnue et revendiquée par l’artiste elle-même. On y retrouve les thèmes constants de son oeuvre, classés en 2 catégories l’une abstraite et l’autre géométrique (surgissant de l’inconscient et d’un besoin profond de paix) et l’autre réaliste et figurative (surgissant d’un besoin de surpasser un souvenir négatif). Les dessins abstraits, souvent des cercles concentriques, évoquent des dessins d’enfants, à main levée ou aidée d’outils comme le compas :
"J’évolue autour du centre. Il exprime un état de bien-être. Quelque peu noué, puis on se laisse aller, jusqu’à se confondre avec l’environnement.”


Ces dessins ont des thèmes récurrents, qui parfois s’imbriquent les uns aux autres :
Les orangers : tout comme sa mère malade, des plantes fragiles dont il faut prendre soin et qu’il faut mettre au chaud en hiver - "Ma mère aussi était une créature d’un climat doux".
La couture : référence à ses souvenirs d’enfance dans l’atelier de tapisserie de ses parents, à la mère, la fileuse, l’araignée.
Le fil : celui d’Ophélie qui s’attache à un autre personnage.
L’eau : qui berce, ou l’eau de la Bièvre où Louise Bourgeois se jeta, ulcérée par son père.
Les cariatides : qui portent et supportent tout sur leurs épaules, "Femmes-Maison".
L’horloge : insomnie, moment où l’on compte de façon obsessionnelle les heures.
La musique : rengaine, rythme, répétition, sons qui ravivent le passé ; une forme de régression caractéristique d’un besoin de retour aux sources, mais aussi l’expression de l’humour sarcastique et de l’ironie propres à Louise Bourgeois.
Parmi les autres thèmes, on retrouve : les maisons, les montagnes, la végétation, la géométrie, le tricot, les chevelures, les écheveaux...

Ces dessins, Louise Bourgeois les appelle des "pensées-plumes", c’est-à-dire des idées qu’il faut saisir au vol et fixer comme des papillons. Ils peuvent aussi se transformer en laboratoire, où on lance les mots et joue avec le langage ; le français et l’anglais y cohabitent ; de ces mots transcrits naissent d’autres mots, parfois des exercices de rimes et de rythmes, allitérations, jeux de sons. Ces textes recueillent des sentiments et impressions et parlent peu de l’art si ce n’est pour évoquer son credo : "Art is a guarantee of sanity." Il transparaît dans ces dessins d’insomnie le besoin de Louise Bourgeois d’être aimée, rassurée, la responsabilité par rapport à la maladie de sa mère, l’angoisse de l’autre, la solitude, la violence des sentiments, la jalousie, la complexité des désirs érotiques, et enfin l’insomnie elle-même - insomnie où "les paysages de la nuit ont envahi les jours" -.

- L’abstraction et l’organique


Louise Bourgeois est une artiste à la parole forte, insolente et singulière ; elle considère qu’elle n’a rien à expliquer ou à justifier, que les oeuvres parlent d’elles même. Aujourd’hui admirée, elle fût reconnue à près de 70 ans ; c’est selon elle, cette reconnaissance tardive qui lui a permis de travailler en toute liberté. Elle se méfie de toute théorisation, ce qui l’écarte de tous les courants esthétiques qu’elle a pu côtoyer (surréalisme, expressionnisme abstrait, hyperréalisme, art conceptuel). C’est sur son roman familial qu’elle prend appui pour réaliser son travail. Le moteur de son art réside dans l’exorcisme de ses traumatismes d’enfance. Cette longue pratique de revisitation des affects du passé, de recréation des troubles et des ébranlements intérieurs, lui fait dire et répéter que l’art est d’abord et avant tout une catharsis, une thérapie. "Tout mon travail est un autoportrait inconscient, il me permet d’exorciser mes démons. Dans mon art je suis la meurtrière, dans mon monde la violence est partout..." Pourtant Louise Bourgeois se méfie des théories analytiques, autant qu’esthétiques qu’elles considèrent intéressantes mais réductrices : seule la force des formes ne ment pas.

Elle pratique tous les formats, tous les matériaux, et passe en toute liberté de l’abstraction à l’organique, de la figuration au géométrique, du rigide au malléable, du noble à l’ordinaire, du poli au rugueux, du viscéral au sexuel. Sa formation se fait au sein des ateliers d’Othon Friesz, de Paul Colin, d’André Lhote, de Fernand Léger, mais elle considère ses vrais débuts d’artiste à partir de 1938, à son arrivée à New York. La constante de son mode d’expression est un mélange entre la précision acquise à l’atelier de ses parents pour l’exécution des dessins des tapisseries, et l’abstraction héritée des dessins effectués lors de ses études de mathématiques à la Sorbonne.

Si Louise Bourgeois s’exprime par le dessin et l’écriture, elle le fait aussi par la gravure, la peinture et la sculpture : en 1941, elle s’installe avec sa famille dans une maison dont le toit lui donne l’espace nécessaire à la réalisation de ses premières sculptures en bois (bois de récupération des anciens réservoirs d’eau installés au sommet des immeubles new-yorkais). En 1949, sa première exposition personnelle présente 17 sculptures en bois peint à la Peridot Gallery ; disposées sur des petits socles en bois brut, selon une topographie très précise, ces pièces évoquent des figures totémiques et chimériques, aptes à faire revenir l’âme des disparus et des absents (tous ceux qu’elle a laissés en France).

Elle réalise alors The Blind Leading the Blind (l’aveugle guidant l’aveugle), réinterprétation de la figure d’Oedipe aveugle guidé par sa fille Antigone, puis en 1955, One and Others, thème de la solitude éprouvée au milieu d’un groupe (mélange de minimalisme mâtiné d’expressionnisme et de quasi-primitivisme). Au début des années 60, Louise Bourgeois se concentre sur le corps : ses transformations, ses modifications, sur ce qu’il désire, sur ce qu’il ressent, et finalement sur elle-même. Ses formes deviennent circulaires ou spiralées, et rejetant tout sentimentalisme, initient une fusion de l’organique et du géométrique. Elle emploie des matériaux "mous" (plâtre, latex) qui expriment de façon crue la vulnérabilité d’un corps indéfini. Elle commence à travailler sur l’opposition impossible à résoudre entre féminin et masculin (qu’on retrouvera plus tard dans The She-Fox, qui portera les doubles attributs sexuels, seins et phallus). Les Lairs (tanières) illustrent le repli sur soi bénéfique (capacité de protection) et maléfique (claustration, isolement et peur de l’autre). Les Spirales enfin, sont l’incarnation d’une position contradictoire (intérieur/ extérieur).

Ces dualités traduisent un aspect constant et exacerbé dans la personnalité et le travail de Louise Bourgeois : l’ambivalence (vis à vis des émotions, des situations, de l’autre).

Au cours des années 80, Louise Bourgeois travaille une nouvelle approche expressionniste du corps, de l’organique, du sexuel, puis développe sa conception personnelle des environnements, qu’elle appelle Cells ("Cellules") : des espaces délimités par des grillages, ouverts et pourtant infranchissables, scènes intimes où des sculptures s’associent à divers objets fétiches. Chaque Cell métaphorise une douleur différente (émotionnelle, physique, intellectuelle, mentale), où il est beaucoup question de la peur, mais aussi du plaisir du voyeur.

Arch of Hysteria, bronze, 1993, Musée d'art contemporain de MontréalLouise Bourgeois revisite ses thèmes de prédilection :
La cellule-tanière (Articulated Lair), plus ouverte, offrant de nombreux recoins, mais aussi davantage de possibilités de fuite.
L’ascension sans issue (No Exit : un escalier sans but, entouré de 2 boules en bois - étrange réminiscence du Mythe de Sisyphe, qui résonnerait comme une possibilité de réflexion sans limites, d’échappées vers une rêverie active et féconde -).
La fragilité de toute relation (Glass, Spheres and Hands).
Le rapport complexe entre les représentations réelles et les diverses projections mentales (Eyes and Mirrors / Precious Liquids : une arborescence de flacons pouvant recueillir les liquides précieux du corps humain - lait, sperme, urine, larmes...-).
La sexualité (Twosome, Needles), l’érotisme (Red Rooms).
La famille, le groupe (Araignées, Choisy) : réparation, appui, protection, mais en même temps possibilité de dévoration, de dévastation pouvant guillotiner des êtres au sein d’une famille.
Enfin le féminisme et la récusation de la théorie de Charcot sur l’hystérie comme "expression féminine" (Arch of Hysteria).


Bibliographie



Les yeux (1997) - Femme couteau (1982) - Precious liquid (1992) - Spider devant la Tate Gallery, LondresLouise Bourgeois
Marie-Laure Bernadac
Flammarion, 1995 (La Création contemporaine)
ART 730.92 BOU


Louise Bourgeois
Robert Storr, Paulo Herkenhoff, Allan Schwartzman
Phaidon, 2004 (Artistes contemporains)
ART 730.92 BOU
Présente la vie et l’oeuvre de la sculptrice Louise Bourgeois, née en 1911. Propose le texte d’entretiens avec le critique d’art Paulo Herkenhoff, un essai sur son oeuvre, un commentaire de l’installation de 1993 « Cell », des extraits de « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan choisis par Louise Bourgeois et une sélection de ses textes.


Louise Bourgeois
Réal. Camille Guichard ; entretiens avec Bernard Marcadé et Jerry Gorovoy
Terra Luna Films : Centre Georges Pompidou, 1993 (Art contemporain. Mémoire)
ART 709.040 7 BOU (VHS)


Louise Bourgeois
Sous la dir. de Marie-Laure Bernadac et Jonas Storsve
Centre Pompidou, 2008
en commande

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