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Maria Callas

Surnommé la Diva, la cantatrice Maria Callas a bouleversé l’interprétation lyrique par la force dramatique avec laquelle elle imprégnait tous ses rôles. Elle a abordé un répertoire très vaste grâce à une voix au timbre et à l’étendue exceptionnels, mais aussi grâce à sa capacité époustouflante à intégrer de nouveaux rôles. Sa voix légendaire, ainsi que le personnage public qu’elle a construit au fil de ses meilleures années sur scène, font de Maria Callas l’une de plus grandes cantatrices du XXe siècle.


Biographie


D’origine grecque et née à New York de parents immigrés, Maria Callas découvre le chant par la radio et les retransmissions des opéras du Metropolitain que sa mère lui fait écouter à la maison. Elle prend quelques leçons de piano, mais c’est surtout en chantant qu’elle est repérée pour un grain particulier et une musicalité rare. La musique devient vite son échappatoire : c’est une enfant solitaire qui se sent mal aimée dans cette famille décomposée, comme elle le racontera, plus tard au cours de sa vie.

Après la séparation de ses parents, Maria Callas rentre en Grèce avec sa mère. Elle y prend des leçons de chant et finit par intégrer le Conservatoire d’Athènes, dans la classe d’Elvirade Hidalgo, qui deviendra également sa confidente. Maria Callas travaille avec une détermination rare, et commence rapidement à assurer les petits rôles à l’Opéra national grec. Elle entame une carrière professionnelle à 17 ans dans l’opérette Boccaccio de Franz von Suppé, enchaîne des rôles dans l’opéra, et pendant la guerre, donne des récitals pour les soldats allemands et italiens pour gagner de l’argent. À la Libération, elle décide de repartir aux États-Unis et prend des distances avec sa mère, son imprésario en Grèce pendant toutes ces années.

Une fois aux États-Unis, toutes les tentatives de Maria Callas de se faire engager dans une production échouent, mais la rencontre avec le chef d’orchestre Tulio Serafin lui ouvre la voie de la consécration. Serafin l’engage dans La Gioconda de Ponchielli à Vérone, et la fait venir en Italie. C’est avec Serafin qu’elle chantera dans Tristan et Iseult et la Walkyrie de Wagner, et apprendra en six jours seulement le rôle d’Elvira pour remplacer au pied levé Margherita Carosio dans Les Puritains de Bellini. C’est le moment clé de sa carrière, la reconnaissance unanime par la critique et l’orientation définitive de la Callas vers le bel canto et le répertoire italien : elle insuffle une énergie nouvelle aux œuvres de Cherubini, Donizetti, Bellini, Rossini et Verdi.

Sa rencontre avec l’armateur grec Aristote Onasis marque le début d’une relation amoureuse qui finit par l’éloigner de la scène. Entre 1959 et 1965, elle n’apparaît que dans quelques rares productions à Paris, Londres et New York. Elle s’installe à Paris, donne de rares récitals et essaye de se convertir dans l’enseignement, mais sans grand résultat. Trahie par Onasis qui épouse Jackie Kennedy, et sa voix, désormais fragilisée et abimée, elle passe ses dernières années dans la solitude et meurt prématurément à l’âge de 53 ans.

Maria Callas en six dates :

  • 1947 : La Gioconda de Ponchielli
  • 1949 : remplace au pied levé Margherita Carosio comme Elvira dans les Puritains de Bellini
  • 1951 : débuts à la Scala dans Les Vêpres Siciliennes
  • 1952 : débuts au Royal Opera House de Londres (Covent Garden) comme Norma
  • 1965 : dernière apparition scénique au Royal Opera House dans Tosca, mise en scène et réalisée spécialement pour elle par Franco Zeffirelli
  • 1969 : interprètes Médée dans le film éponyme de Pier Paolo Pasolini

Sources : Documentation de Radio France

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Dix adjectifs pour comprendre le mythe Callas

Tout a été dit, tout a été écrit sur Maria Callas, soprano météorite dont le passage fulgurant dans le firmament lyrique allait modifier définitivement la carte du ciel. Il ne s’agit pas ici de s’extasier une nouvelle fois mais de rappeler en dix adjectifs, alors que l’on commémore les quarante ans de sa disparition, pourquoi celle que l’on a surnommée à juste titre La Divine l’était, tout simplement.


1. Divine. Le 16 septembre 1977, mourait à Paris, avenue Georges Mandel, Anna Maria Sofia Cecilia Kalogeropoulou, mieux connue sous le nom de Maria Callas. Quarante années déjà, et pas un seul jour depuis sans qu’à la radio, à la télévision, au cinéma (on se souvient de Philadelphia avec Tom Hanks mais les exemples abondent), pas un seul instant donc sans que sa voix ne se soit tue. Des pièces de théâtre, des films, des concerts en forme d’hommage, des conférences, des expositions, d’innombrables compilations, des rééditions, des remasterisations (la dernière en date chez Warner Classics cette rentrée) témoignent de la vivacité immarcescible de son art. Inoubliable ? Mieux : éternelle.

2. Unique. Bien sûr, Maria Callas était unique, comme tout un chacun. Unique mais surtout reconnaissable entre toutes. L’empreinte profonde du timbre comme un étau, les couleurs fauves, la raucité, la fulgurance, l’impression de chaleur diffuse, ce frisson n’appartiennent qu’à elle. Nul besoin d’être expert. Quelques secondes suffisent pour reconnaître sa voix, immédiatement, assurément. Existe-t-il-hier, aujourd’hui, demain une autre soprano lyrique dotée d’une carte d’identité vocale aussi évidente ?


3. Illimitée. On a dit que Maria Callas chantait comme si elle avait trois voix : un violoncelle, un violon et une flûte. D’une étendue de trois octaves, son chant passait non sans heurts du grave le plus profond à l’aigu le plus aérien. Ce phénomène continue de surprendre aujourd’hui encore quand bien-même la rupture d’unité entre les registres soit considérée comme une infraction au code du savoir-chanter lyrique. Mais La Callas savait mieux qu’’une autre user de relatives faiblesses à des fins dramatiques. Là où la chanteuse s’inclinait, la tragédienne prenait la relève. Cet ambitus exceptionnel, doublé d’un indéniable génie dramatique, l’autorise à prétendre au titre de « soprano sfogato » (soprano sans limite) telles les plus grandes divas du 19e siècle : Isabella Colbran, Maria Malibran ou encore Giuditta Pasta.

4. Virtuose. Cette voix énorme, encore fallait-il la dompter. Il revient à Elvira De Hidalgo, soprano espagnole reconvertie dans l’enseignement d’inculquer à Maria Callas l’art de la colorature. Une volonté acharnée et une force de travail hors du commun aideront les leçons à porter leurs fruits. Le souffle dompté autorisera les effets les plus recherchés, du trille dont Callas disait « s’il est écrit, il faut le chanter », aux notes piquées ou augmentées, l’imagination dans les variations venant ajouter une fusée supplémentaire à cet éblouissant feu d’artifice vocal.

5. Crédible. L’exigence dramatique de Maria Callas ne pouvait tolérer un physique en inadéquation avec les héroïnes qu’elle interprétait. Pour leur ressembler, elle se soumit à un régime drastique dont on ignore le secret. Ténia ou pas, peu importe ! La révolution Callas passe par cette métamorphose du corps qui fait qu’après elle, aucun artiste lyrique, homme ou femme, ne pourra se montrer indifférent à son apparence. Elle était Norma, Violeta, Tosca vocalement ; elle devait l’être physiquement, modelant ses attitudes sur celles d’Audrey Hepburn, acceptant que Luchino Visconti devienne son Pygmalion. Et de la chrysalide épaisse aux traits ingrats surgit ce papillon de nuit dont l’image nous fascine encore.

6. Audacieuse. Dans les années 1950, Rossini, Gluck, Spontini, Cherubini sont des compositeurs que l’on conjugue à l’imparfait. Les possibilités vocales exceptionnelles de Maria Callas, sa technique empruntée au primo ottocento vont décider d’exhumer à son intention des œuvres oubliées. Bourreau de travail et de volonté, la chanteuse accepte de relever ces nouveaux défis avec enthousiasme. Souvent (mal) entourée de partenaires qui maîtrisaient moins qu’elle les codes de cette musique, elle contribua à redonner un nouveau souffle à ces opéras, montrant par son seul génie interprétatif le parti que l’on peut tirer de partitions qu’à tort, l’on avait pris l’habitude de considérer d’un air suspect. Rendus à leur grandeur initiale, certains de ces ouvrages sont rentrés au répertoire, d’autres sont retournés au purgatoire et attendent une nouvelle Callas pour sortir de nouveau de l’ombre. Qui sait ?


7. Pionnière. L’apparition de Maria Callas dans le monde lyrique coïncide avec l’avènement du microsillon. Jalon fondamental dans l’histoire du disque, ce que l’on dénomme communément vinyle introduit largement la stéréophonie dans les foyers. Comble de chance, le pouvoir de la voix de Maria Callas, chaude et vibrante, est encore renforcé par les micros. Walter Legge, l’homme de La Voix de son Maître, s’empressera d’exploiter le filon, enregistrant avec la soprano plusieurs dizaines de récitals et versions intégrales dont chaque édition, repackagée, remastérisée, s’arrachera, génération après génération, comme des petits pains. Sans ce facteur opportun de promotion, Maria Callas serait-elle devenue aussi célèbre ?

8. Opportuniste. Maria Callas a non seulement su utiliser les nouvelles technologies ; elle a aussi compris l’impact grandissant de l’image, amplifié par les médias et la démocratisation de la télévision. Nous avons parlé sur scène de l’importance qu’elle accordait à son physique. En ville aussi, la soprano cultivait un look de diva. Habillée par les plus grands couturiers, le nez chaussé de lunettes noires, flirtant avec la jet set, elle a écrit en lettres brillantes le mot opéra dans la rubrique people des tabloïds, jusqu’à s’y consumer (il faudrait écrire les dix raisons du déclin de Maria Callas mais l’histoire est trop triste pour être contée). Toujours est-il qu’ainsi, amateurs ou non d’opéra, nul ne peut ignorer le mythe Callas.

9. Exemplaire. Question : faut-il considérer exemplaire une vie de labeur entièrement consacrée à l’art du chant avec pour récompense la gloire immortelle mais aussi de nombreux échecs personnels accompagnés d’une extrême solitude ? La réponse est oui si l’on prend en compte l’artiste et non la femme. La rage amoureuse avec laquelle Maria Callas s’empara de chacun de ses rôles jusqu’à investir chaque note et, entre les notes, chaque silence peut être prise en exemple. Il ne s’agit pas de reproduire évidemment mais de trouver comme elle le moyen vocal et dramatique d’investir une partition, au-delà la technique et des conventions. Flamber comme une torche, en prenant garde de ne pas se brûler les ailes. Impossible ? Oui, si le mot était français.


10. Incontournable. Quand bien même, on aurait trouvé le moyen de conjurer le sort Callas. Quand bien même, il serait possible d’écouter Norma, Tosca, ou Traviata sans invoquer son nom, ses interprétations demeurent incontournables. D’autres propositions peuvent exister, tout aussi valables, mais celles qu’à laissées la Divine demeurent indiscutables. Des exemples ? Voici quelques miettes picorées sur la table d’un festin digne des Noces de Cana façon Véronèse : le « Ma » péremptoire de Rosina dans Il Barbiere di Siviglia, le « Dove son io » éperdu d’Armida, le « quanto, il prezzo » carnassier de Tosca, le « dite alla giovine » écorché de Violeta. La liste est d’autant plus interminable que chaque amateur d’art lyrique en détient une comptabilité propre, témoignant ainsi du legs sublime d’une des plus grandes cantatrices de tous les temps.

Sources : Dossier La preuve par dix de Christophe Rizoud sur forumopera.com

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Discographie

Norma
Vincenzo Bellini

Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Tullio Serafin, EMI Classics, Naxos, 1954
MUS 3 BEL 35

Medea
Luigi Cherubini

Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Tullio Serafin, Ricordi, EMI Classics 195
MUS 3 CHE 35

La Traviata
Giuseppe Verdi

Orchestra Sinfonica di Torino della RAI, dir. Gabriele Santini, EMI Classics, Fifty Five, Regis, Warner 1953
MUS 3 VER 35

Tosca
Giacomo Puccini

Maria Callas, Renato Cioni, Tito Gobbi, London (Covent Garden), dir. Georges Prêtre, Divina Records, 1965
MUS 3 PUC 35

Callas à la Scala, airs de Cherubini (Medea), Spontini (La vestale) et Bellini (La sonnambula)
Orchestra del Teatro alla Scala Milano, dir. Tullio Serafin, Teatro alla Scala Milano, EMI Classics, 1955
MUS 399 CAL

+ 2 DVD et 1 livre

Médée
Pier Paolo Pasolini

M6 Vidéo , 2013
Pasolini s’éloigne de la tragédie d’Euripide, mais rarement le cinéma mythologique a donné un tel sentiment de vérité. Maria Callas y est impressionnante d’humanisme en femme passionnée et trahie.
F PAS

Callas, édition du 30ème anniversaire
Tony Palmer

Voiceprint Records , 2007
Une biographie regorgeant de documents, de passions. Des archives d’autant précieuses qu’abondent les témoignages de Zeffirelli, Sciutti, Visconti, Guilini, Gobbi, Di Stefano…
MUS 399 CAL

Passion Callas
Claire Alby, Alfred Caron

Paris : Mille et une nuits : Arte ,— 1997
Une biographie regorgeant de documents, de passions. Des archives d’autant précieuses qu’abondent les témoignages de Zeffirelli, Sciutti, Visconti, Guilini, Gobbi, Di Stefano…
MUS 782.66 CAL BIO

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