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Maurice de Vlaminck
Présentation et sélection bibliographique, mars 2008

L’exposition

Paris, Musée du Luxembourg, 20 février au 20 juillet 2008

Vlaminck à Verneuil © Photo de Sanford RothL’exposition rassemble des œuvres de 1900 à 1915, c’est-à-dire depuis les premières peintures de jeunesse qui affirment déjà la violence d’une expression caractéristique du peintre, jusqu’à celles réalisées au début de la Première guerre, témoignant des recherches de restitution de l’espace qui l’animaient alors.

Un regard d’ensemble sur la production de Vlaminck à cette époque met en évidence la part essentielle qu’il prit au renouvellement de la peinture initié au début du siècle, l’inventivité des recherches qu’il mena avec Derain et qui firent de Chatou l’un des foyers les plus actifs de ce renouveau.

Dans cette période de grandes remises en question et de bouleversements esthétiques, l’œuvre de Vlaminck est à considérer à la fois à travers sa relation à la génération post-impressionniste qui l’a précédé (Van Gogh, Gauguin, les Nabis, Cézanne, Signac), et sa formidable audace qui le conduisit vers une gestualité expressive, une outrance de la couleur et une déformation sélective n’ayant craint aucun débordement :

« Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence »
(Tournant dangereux, 1929).

Maurice de Vlaminck (1876-1958)


Maurice de Vlaminck, est né à Paris le 04 avril 1876. Aîné des cinq enfants d’une famille flamande, le jeune garçon, élevé dans un milieu de mélomanes un peu bohêmes, s’intéresse d’abord à la musique mais commence, dès l’âge de douze ans, à peindre des paysages de bords de Seine. Il quitte sa famille à l’âge de 16 ans et s’installe à Chatou à proximité de Versailles, pour faire le métier de mécanicien.

Il fait de la peinture à ses moments perdus, passion qu’il partage aussi avec le cyclisme. Il prend rapidement le métier de coureur cycliste qui lui permet de mieux gagner sa vie jusqu’à 18 ans où il rencontre Suzanne Berly qui deviendra sa femme.

A l’issue d’une maladie vers l’âge de 20 ans, il quitte le sport et donne des leçons de violon. Il suit aussi les cours du peintre Robichon, mais il se lasse très vite de sa formation académique.

Portrait de Derain - 1905 Huile sur toile © Coll. Part. MexiqueC’est en 1900 qu’il rencontre par hasard André Derain, avec qui il se lie d’amitié et reprend la peinture. Esprit contestataire, il se passionne alors pour les idées anarchistes et donne même quelques articles au Libertaire. Il fait la découverte de Van Gogh qui l’impressionne considérablement. Vlaminck reconnaît d’emblée chez le peintre de « La Nuit étoilée » ou de « La Chambre à coucher » l’instinct de la couleur pure et une violence chromatique aux antipodes de toute démarche intellectuelle qui correspond parfaitement à sa propre formation d’autodidacte et à son tempérament de rebelle. Il rencontre Henri Matisse et décide alors de se consacrer d’une manière définitive à la peinture.

Les ramasseurs de pommes de terre - 1905 - Kunststiftung Merzbacher © Droits réservés - © ADAGP, Paris, 2007
C’est en 1904 qu’il rencontre Apollinaire, qu’il découvre et se passionne pour l’art nègre et qu’il expose pour la première fois. Débarrassé des contraintes du dessin, il se contente désormais d’étaler violemment ses couleurs en utilisant des tons purs. Il décline ensuite le procédé, réalisant ainsi des paysages tels que ses « Bords de Seine » peints à Nanterre ou à Carrières. La primauté qu’il donne à la couleur et la vigueur de son pinceau le font naturellement ranger parmi les « Fauves » qui font scandale au Salon d’Automne de 1905. Il expose huit tableaux aux côtés de Matisse, Dufy, Rousseau, Vuillard, Rouault, qu’un critique de l’époque suggère d’enfermer dans une cage. Il rencontre alors Vollard qui l’aide financièrement par l’achat de quelques toiles, puis Van Dongen, Braque, Picasso, Jacob et Derain avec lesquels il débat et discute de Cézanne qu’il admire. Il rencontre après un séjour en Angleterre, Modigliani, Marinetti entres autres, et les menaces de la guerre lui font exprimer son profond antimilitarisme. Quand celle ci éclate, c’est une profonde crise morale qui l’envahit et le sépare de son ami Derain, tandis que ses idées et ses recherches sur la peinture évoluent.

Marqué par la Première Guerre Mondiale à laquelle il participe de 1914 à 1918, engagé dans les campagnes les plus dures comme son ami André Derain, il se retire en Eure et Loir après sa démobilisation. Tandis que Derain surmonte le traumatisme de la guerre en faisant une volte face vers la tradition picturale, Vlaminck renonce aux explosions colorées et s’engage alors dans une peinture de paysages tourmentés, aux tons sombres, qui définissent une nouvelle « manière » obscure, reflet de l’inguérissable cicatrice laissée par l’épreuve.

Il s’installe en 1919 à Valmondois et épouse sa seconde femme, Berthe Combes, tandis que son exposition à la Galerie Druet est un véritable succès.

Les bateaux-lavoirs - 1906 - Paris, collection particulière

La guerre et l’après-guerre ont entraîné un bouleversement profond chez les peintres, les artistes, les écrivains, comme dans toute la société : une interrogation sur l’histoire, les hommes, la politique, les valeurs. Vlaminck a horreur de l’art pour l’art, il pense que toute avant-garde ne peut s’exprimer que dans le cynisme à l’égard de son époque et il ressent alors l’immense solitude de l’artiste qui s’engage dans la défense de ses valeurs profondes « la solitude est une des plus grandes vérités de ce monde » et il ajoute : « je suis heureux tout seul, dans le vent, dans la pluie, dans les éléments, avec ma pipe ».

Prémisses à un renfermement progressif sur lui-même, tout en conservant sa conscience et sa révolte secrètement, contre tous les opportunismes et tous les intellectualismes de son époque. Son credo est alors « Si tu es peintre, ne regarde que dans toi-même ».

Ce qui lui importe, c’est la réalité, la réalité dans son moment historique, comme un stade de la dialectique de l’histoire et c’est la conscience de son époque. Dans sa cohérence morale la plus intime qui persistera dans la continuité de son oeuvre, la peinture est, et demeure pour lui un langage physique, un langage des émotions, un langage de la vie dans son élan vital contre la mort.

Maurice de Vlaminck vers 1933 -1934 dans son atelier - © Coll. part.Mais il se sent encore trop proche de Paris : en 1925, il s’installe à "La Tourillière", où il demeurera jusqu’à la fin de sa vie. A côté de ses travaux de peinture, il écrit, et publie en 1929 « Tournant Dangereux », où il s’exprime de toutes les insatisfactions et des révoltes qui sont les siennes, en s’enfermant dans un isolement tourné vers la peinture, sa passion pour l’art nègre, et son admiration de la nature. Il expose à nouveau à Paris en 1933 au Palais des Beaux Arts, puis à New York en 1937.

Quelques années plus tard, à la veille de la Seconde Guerre, en mai 1939, au 16 de la Rue des Quatre Vents, à Paris, Vlaminck réunit des amis au restaurant des « Compagnons du Tour de France ». Ils brûlent alors dans une revendication commune contre les menaces allemandes, un portrait d’Adolf Hitler « critique d’art qui s’est permis, en qualité d’ex-peintre en bâtiment, d’affirmer que tous les artistes de l’Ecole Française, les Braque, Derain, Gauguin, Laurencin, Valadon, Kisling, Matisse.... étaient des peintres dégénérés ».

En 1944, il participe au voyage organisé en Allemagne, par les autorités de la France occupée, qui lui vaudra des accusations et une arrestation après la guerre.

Aigri et plein d’amertume, il s’isole davantage encore, continue à peindre et à écrire : il publie en 1953 « Paysages et personnages », livre dans lequel il continue à dire sa révolte.

Les péniches à Chatou - 1905 - The Museum of Fine Arts, Houston, Gift of Oveta Culp Hobby © The Museum of Fine Arts, Houston - © ADAGP, Paris, 2007
En 1956, la Galerie Charpentier lui organise une grande exposition qui provoque un débat sévère entre des critiques qui le considèrent comme le traître de la peinture moderne, tandis que d’autres le considèrent comme le maître du vrai modernisme dans la composition de ses paysages.

Il meurt deux ans plus tard dans son manoir de "La Tourillière" à Rueil la Gadelière en Eure-et-Loir.

Source : http://www.lemondedesarts.com/Dossiervlaminck.htm


Bibliographie


L’ABCdaire du fauvisme
Christine Gramont, Pascal Rousseau
Flammarion, 1999 (L’ABCdaire)
ART 759.064 GRA

Le fauvisme : hurler la couleur
Réal. Valérie Manuel
Paris-Musées, 1995
ART 759.064 MAN (VHS)

Le fauvisme
Louis Vauxelles
Olbia, 1999 (Regard sur l’art)
ART 759.064 VAU

Le fauvisme
Sarah Whitfield
Thames & Hudson, 1997 (L’univers de l’art)
ART 759.064 WHI

Le fauvisme : ses origines, son évolution
Marcel Giry
Ides et Calendes, 1981
ART 759.064 GIR

Le fauvisme ou l’Epreuve du feu
Exposition, 1999-2000, Paris, Musée d’art moderne de la ville de Paris
Paris-Musées, 1999
ART 759.064 FAU

Autoportrait (1911) - Musée d'art moderne, Paris-En commande

Vlaminck : catalogue de l’exposition du musée du Luxembourg
Flammarion, 2008

Maurice Vlaminck
Gallimard, 2008 (Découvertes)

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