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Musiques du Nil
L’Egypte

Le Nil, fleuve long de 6.178 kilomètres se jetant dans la mer Méditerranée, est avec l’Amazone l’un des plus longs fleuves du monde. Il est le fruit de la rencontre dans la capitale du Soudan – Khartoum – du Nil bleu, qui prend sa source dans le lac Tana (Ethiopie), du Nil blanc, provenant du lac Victoria, et de la rivière éthiopienne Atbara. Son débit moyen est de 2 830 m³/s.
En englobant Nil blanc et Nil bleu, le Nil traverse l’Egypte, le Soudan, l’Ouganda, le Congo, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et l’Ethiopie.



EGYPTE


L’Egypte est la première région d’ Afrique à avoir été envahie par les Arabes. La population copte n’opposa aucune résistance. L’ouverture du canal de Suez en 1875 accentue la pénétration européenne en Egypte. L’islamisation et l’arabisation de l’Egypte furent un processus assez complexe.
Les grands propriètaires terriens sont le premier groupe social à se constituer en classe dans les zones rurales. Parmi eux, de hauts dignitaires de l’Etat, des officiers, certains notables de villages, quelques chefs bédouins, des théologiens musulmans et des coptes.
Dans le désir d’une renaissance nationale, la question du devenir culturel occupe une vraie place.
Ici s’oppose la tradition et la modernité.

Carrefour des cultures et berceau de civilisations millénaires.

L’ Egypte a une des histoires les plus anciennes de l’humanité. Sa richesse s’explique sans doute par la diversité ethnique de son peuple, qu’il soit bédouin ou citadin, qu’il vive en montagne ou au coeur du désert. L’ Egypte oscille plus que jamais entre tradition et modernité. Les musiques les plus diverses s’y côtoient, grouillant littéralement de vie et d’inventivité, s’interpénétrant ou se repoussant selon les circonstances. Une chatte, même égyptienne, n’y retrouve pas facilement ses petits. L’ Egypte est un exemple magnifique de prolifération des musiques de souche traditionnelle et de leurs évolutions les plus modernes, les plus métissées. L’histoire de ses populations s’y dessine en hiéroglyphes, en images tantôt délicates, tantôt provocantes dont la sémantique n’est guère aisée.

La musique classique égyptienne

Elle puise sa source, jusqu’au XIX ème siècle, dans les répertoires persans et turcs. En vue de l’inauguration du Canal de Suez, Ismaïl Pacha demande à Giuseppe Verdi de composer l’opéra Aïda.
Classique ou moderne, savante ou populaire, traditionnelle ou évolutive, occidentalisée ou orientale, profane ou sacrée, et surtout égyptienne ou arabe : la scène musicale du Caire est, dès le début du XX ème siècle, au coeur de tous les débats et conflits culturels qui animeront et déchireront jusqu’à nos jours le monde arabo-musulman.
A partir de 1920, l’ Egypte donne un nouvel élan à l’art musical au sein du monde arabe. Les chanteuses de cabaret créent un renouveau dans la danse égyptienne avec des chorégraphies inspirées des genres populaires.

Lorsque Oum Kalthoum arrive au Caire en 1920, le phonographe était déjà présent dans les maisons de la petite bourgeoisie. Les compagnies occidentales (surtout Odéon) sont implantées en Egypte depuis les années 1980 et ont commençé à enregistrer de la musique dès 1904.
La radio en est à ses balbutiements mais plusieurs stations privées émettent déjà et la radio nationale fera ses débuts foudroyants en 1934.
La musique locale va devoir s ’adapter aux nouveaux formats. Ainsi La Taqtûqa sera le premier modèle de la chanson égyptienne.
Le cinéma égyptien est essentiellement musical, dès le premier film parlant et chantant, Unshûdatt al-Fuwâd met en vedette la chanteuse Nâdua. Deux ans plus tard, Mohammed Abd el-Wahâb compose la musique ’’Al warda al-haydâ’’ qui sera le véritable archétype du genre taqtûqa.
Les studios au Caire seront les plus importants du 1/3 monde.


Un autre type de chansons va se développer grâce aux formats plus amples autorisés par l’opérette, la radio et surtout le cinéma musical : c’est le ’’monologue’’, ou L’Uhnîyah. Chanson soliste spécialement composée pour l’interprète du personnage principal.
L’Uhnîyah ou chanson longue a été crée littéralement sur mesure pour Oum Kalthoum avec ceux qui seront alternativement ses compositeurs favoris et attitrés, Zakariya Ahmad et surtout Riyad al Sunbâti (1906-1981). Ce dernier est incontestablement, avec, Mohammmed Abd el-Wahâb, le grand styliste qui donnera à la chanson égyptienne ses lettres de noblesse et son extraordinaire impact sur les foules arabes.
L’archétype en est ’’Ent Kont asameh’’ ’’si je pardonnais’’, l’un des plus grands succès d’ Oum Kalthoum, composé pour elle en 1928 par Muhammad al-Qasabgi (1892-1966), sur des paroles du grand poète Ahmad Kami. La grande voix de l’Egypte était aussi celle du monde arabe tout entier. De ses envolées magnifiques, Oum Kalthoum a fait vibrer des générations entières qui se reconnaissaient et se reconnaissent encore dans cette chanson classique. La chanteuse est l’emblème d’un monde, d’un style, d’une certaine utilisation de la chanson et de la musique arabe.
Ce genre dominant jusqu’à la fin des années 1930 sera supplanté par ce qui va être la forme majeure de la chanson arabe moderne des années 1940 à nos jours. Début article


La durée de l’Uhnîyah peut dépasser une demi heure. L’orchestration prend une forme symphonique reléguant un peu au second plan les instruments traditionnels du takht et privilégiant des percusssions populaires comme le darbuka ou le daff. Un style qui fait des ravages dans tous les pays arabes. La chanson égyptienne s’impose comme un modèle et les chanteurs et chanteuses sont nombreux à sacrifier au genre : Warda, Abdel Halim, Asmahan. Il faut attendre la seconde moitié du siècle pour que les chansons se raccourcissent et que, finalement, elles fassent place, après 1980, à une nouvelle expression moderne, aghânî shabâbiyya, qui pourrait se traduire par ’’chansons pour les jeunes’’ et qu’on appelle jeel en Occident.


Merveilleux ténor romantique, excellent musicien et acteur émouvant, Abd al Halîm Hafiz (1927-1977) surnommé le rossignol du Nil, a été l’idole de la jeunesse et surtout des jeunes femmes des ses débuts en 1950. Il est devenu l’un des meilleurs interprètes d’Uhnîyah grâce à sa collaboration avec Mohammed Abd el-Wahâb. Il a été longtemps un pionnier de la chanson sociale à ’’but sanitaire ’’, mettant sa popularité et son talent au service de la lutte pour l’hygiène et le progrès médical.
En 1952 il épouse la cause de la révolution nationaliste et devient le chanteur favori de Gamal Abd-el-Nasser. Celui ci convoque dès son arrivée au pouvoir Oum Kalthoum et Mohammed Abd el-Wahâb et les convainc de se rallier à sa cause. Désormais les grands intérprètes seront les figures de proue du régime, sans pour autant édulcorer le contenu musical et social (souvent assez critique) de leurs chansons.
L’autre grande vedette de cet âge d’or de la musique moderne arabe est la chanteuse Warda al-Jaza’iriya née en 1940 à Paris, d’un père algérien et d’une mère libanaise. C’est Mohammed Abd el-Wahâb qui la découvre et la fait venir au Caire. Elle deviendra l’héritière d’Oum Kalthoum . Début article


L’explosion de la ’’culture cassette’’ a profondément bouleversé la scène musicale égyptienne à partir des années 1980. Dans les cafés du Caire, on écoutait plus religieusement les programmes très policés de la radio nationale, les goûts de la population se sont diversifiés. Comme dans le reste du monde arabe et africain, la production reste marginale.
Le Caire est devenu l’une des mégapoles les plus surpeuplées et turbulentes de la planète : le niveau de décibels y est proprement ahurissant. Les deux styles qui émergent à la fin du 20ème siècle reflètent bien ce tohu-bohu permanent, et dans leurs paroles , la rébellion d’une jeunesse confrontée à des difficultés insolubles dans un état où le niveau de corruption et d’incompétence est un scandale quotidien.

Le shaabi qui n’a rien de commun avec son homonyme maghrébin, est né au lendemain de la défaite de 1967 face à l’armée israélienne. Il privilégie le mawal, forme d’improvisation vocale un peu plaintive. C’est la musique préférée des classes laborieuses, du petit peuple des souks, et ses paroles en arabe dialectal sont souvent frondeuses et parfois même grossières. Ahmad Adaweyah a été l’un des premiers créateurs du genre à affronter les foudres de la censure avec des paroles érotico-comiques. De son côté, Shaaban Abd el-Rahim part en guerre contre les influences étrangères, même si il n’hésite pas à le faire en ’’rap’’.
Cette musique n’hésite pas à mêler instruments traditionnels avec accordéon, batterie, synthétiseur, saxophones. On parle parfois de nubi-shaabi, chanson moderne de Nubie, une musique souvent étonnante dans son excellente synthèse entre les éléments venant de la tradition et les apports instrumentaux venus d’Occident. Cette nouvelle musique nubienne est une des branches de la musique jeel.
La radio nationale a fini par adopter le shaabi sous la forme édulcorée représentée par Amr Diab ou Hakim. Début article


Si la musique shaabi est ’populaire’, au début des années 2000,elle l’est moins bien auprès des jeunes qui préfèrent le jeel (al-jil qui veut dire génération). La paternité du jeel est attribué à de jeunes musiciens lybiens qui ont fui leur pays pour se réfugier au Caire après un décret interdisant les instruments occidentaux. On peut facilement le comparer au pop raï maghrébin, pour ce qui est des paroles qui glorifient tout ce qui est interdit ou mal vu dans la société traditionnelle.
Comme le shaabi, le jeel est une réaction à la chanson arabe classique, mélodramatique et théâtralisée, des grands chanteurs égyptiens adulés par le peuple arabe. Les jeunes des populations urbaines voulurent créer leur musique à l’image de l’Occident, une musique rapide et dansante. Cette musique nouvelle porte en fait le nom de aghâni shabâbiyya ou plus simplement shabâbiyya, soit musique pour les jeunes.

L’appellation jeel ou al-jeel est la dénomination européenne. Le jeel est une sorte de fusion entre musiques nubiennes, rythmes égyptiens et bédouins, mélodies et thèmes des musiques populaires, voix arabes utilisant le vibrato et des instruments occidentaux tels que guitare basse et synthétiseur. Les chansons parlent d’amour et du pays et c’est le mouvement lui-même qui apparaît comme une réaction à la tradition plutôt que ce que véhiculent ses chansons. La musique jeel a fortement été bannie par les médias qui la considèrent comme une forme de commerce et non une expression artistique. Un mouvement important est né du flot de musiciens nubiens contraints de venir grossir la population du Caire après la construction du barrage d’Assouan et l’inondation de leurs terres. Ils ont emmené avec eux la tradition nubienne qu’ils ont adroitement modernisée pour un nouveau style urbain. Les musiciens nubiens sont de loin les plus intéressants de cette nouvelle scène, évoluant entre shaabi et jeel avec un fort relent de traditions nubiennes.


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Musiques régionales et musiques rurales

Dans la région du canal de Suez et de la ville de Port-Saïd, la simsimiyya est à la fois un instrument et un style. Elle est une lyre traditionnelle qui accompagne chants, danses et rites de possession. L’instrument et ses musiciens se sont créé un répertoire propre, très égyptien mais aussi très libre, sans contraintes, basé sur une spontanéité du jeu, de la danse et du chant.
La sîra hilâliyya ou geste hilâlienne raconte les souvenirs laissés par le passage en Egypte des tribus bédouines hilâliennes qui, au XIe siècle, ont migré du Yémen jusqu’en Tunisie en passant notamment par le delta du Nil et la Haute-Egypte. C’est une très longue épopée racontée et chantée par des poètes qui sont capables de retenir les innombrables personnages et rebondissements mais également d’improviser sur cette trame. Ils s’accompagnent sur la vièle rababa. Cette geste se chantait souvent dans les cafés chantant du Caire. Aujourd’hui, on l’entend surtout dans le sud du pays et dans la région du delta. Ce sont souvent des musiciens des communautés tsiganes qui en sont les meilleurs interprètes.
Mais il ne faudrait pas oublier, derrière ce large paysage de marché de la musique, de souk de sons, les bases mêmes d’un savoir musical ancestral, la grande tradition savante qui demeure comme un immense bagage, même si l’industrie du disque et l’évolution des goûts de la population semblent la confiner aux conservatoires et aux cercles restreints de spécialistes. Les muwashshahs, compositions poétiques nées en Andalousie, et les qasidas, poèmes chantés en arabe classique, ne passionnent peut-être plus les foules mais se jouent encore. Petits ensembles takht (luth, cithare qanun, violon, nay et tambourin riqq) et grands orchestres demeurent encore fidèles à cette importante tradition. Expression type de cette musique savante, le dôr est le poème en arabe dialectal chanté dans la suite musicale wasla. Soliste et chœur s’y répondent en développant un thème sur une structure établie. Le Caire demeure un haut lieu d’apprentissage et de rencontres autour des traditions populaires et savantes du Proche-Orient, et chaque année au début du mois de novembre, la ville accueille un grand ’’Festival de musique arabe’’.


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Discographie selective 022.1}

Amal Hayati / Om Kalsoum
La Diva / Omme Kalsoum
Volume 1 : 1926 / Om Kalsoum
Gedida / Natacha Atlas
Mish maoul / Natacha Atlas
Mounqaliba / Natacha Atlas
Arabesques vocales / Aicha Redouane ; Ensemble Al-Adwâr
Chants sacrés de Haute-Egypte / Zein Mahmoud
Shaykh Yusuf Al-Manyalawi : 1847-1911 / Shaykh Yusuf Al-Manyalawi
The Drummers of the Nile in town / Mahmoud Fadl
[Egypte] : Echoes of the Nile : aspects of Egyptian music
Egypt noir, Nubian soul treasures / Compilation
Egypte : Taqasim et Layali : tradition du Caire
Entre Nil et Gange / Hussein el Masry ; Narendra Bataju
Luxor to Isna / The Musicians of the Nile
Musiques et chant de la Haute Egypte / Ganoub
Le Nil / Compilation
Sabla tolo / Hossam Ramzy
The new oriental sounds

DVD

}
Egypt / réal. Bertrand Levet
The Pop Rose of Cairo / Natacha Atlas
Transglobal Underground / Natacha Atlas


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