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Piero Della Francesca : A la rencontre d’un peintre singulier
Présentation et sélection bibliographique, octobre 2013

Voyages dans l’art italien

Le XVème siècle n’a pas connu d’artiste plus réfléchi et doué que Piero Della Francesca, mais ce n’est qu’au XXème siècle que l’on a reconnu son génie extraordinaire. Ses peintures, puissantes et contemplatives, se rangent parmi les joyaux de la première Renaissance italienne. Piero Della Francesca est celui qui traduisit, le plus singulièrement, la forme médiévale en celle de la Renaissance.

- Les années de formation et les voyages dans les cours italiennes
samedi 5 octobre 2013 - 15h00 - Auditorium de la Médiathèque

- La légende de la vraie croix, le grand cycle d’Arezzo
samedi 7 décembre 2013 - 15h00 - Auditorium de la Médiathèque

- Urbino et les dernières années
samedi 8 mars 2014 - 15h00 - Auditorium de la Médiathèque

Repères biographiques


  • 1420 - Naissance de Piero Della Francesca
  • 1435 - Début de l’apprentissage de Piero auprès de Domenico Veneziano. Certains auteurs supposent qu’il se serait rendu en Ombrie et dans les Marches avec son maître durant cette période.
  • 1439 - Première apparition du nom de Piero, le 7 septembre, à propos du paiement à Domenico Veneziano des fresques de Sant’Edigio à Florence.
  • 1445 - 11 janvier : commande du "Polyptyque de la Miséricorde" de San Sepolcro. Piero commence sans doute à fréquenter la cour urbinate.

  • Vers 1450 - Piero peint "Saint Jérôme et un donateur", sur lequel apparaît la date de 1450.
  • 1451 - Date reportée sur la fresque de "Sigismond Pandolfo Malatesta en prière devant saint Sigismond". Piero della Francesca fréquente Alberti.

  • 1452 - A la mort de Bicci di Lorenzo, Piero est chargé des fresques de l’église San Francesco d’Arezzo.

  • 1454 - 4 octobre : contrat pour le "Polyptyque de saint Augustin", peint après 1460. Peu après, Piero est appelé par le pape Nicolas V pour exécuter des fresques à Sainte-Marie-Majeure, dont il ne reste que quelques fragments (hypothèse de Longhi).
  • 1459 - Piero est à Rome, exécutant des peintures pour le pape Pie II. Sa présence y est documentée par les archives pontificales.

  • 1460 - Estimation de la date de fin pour la "Flagellation du Christ".
  • 1467 - Piero occupe plusieurs charges municipales à Borgo San Sepolcro.
  • 1472 - Il réalise le retable de Brera, vraisemblablement entre 1472 et 1474.
  • Vers 1474 - Il peint le "Dityque des ducs d’Urbino".
    Le 12 avril 1474, paiement à Piero Della Francesca des travaux pour l’église de la Badia de Borgo Sansepolcro (oeuvre disparue).
  • 1478 - La confrérie de la Miséricorde commande à Piero une "Madone" à fresque, dont il ne reste aucune trace.
  • 1482 - 22 avril : Piero loue un logement à Rimini, à une noble dame nommée Giacosa, veuve de Ganimede Borelli.
  • 1492 - Le registre des morts enregistre la sépulture de Piero dans l’église de la Badia.


La légende de la Vraie Croix, le grand cycle d’Arezzo


La légende de la Vraie Croix

Les histoires légendaires sur les épisodes relatifs au bois de la croix sur lequel le Christ fût cloué - Les Evangiles Apocryphes provenant d’Orient - sont réunies par l’évêque Jacques de Voragine et publiées en 1265 dans ses Vies de Saints et Histoires Sacrées, racontées en suivant le calendrier des festivités et connues sous le titre de Légende Dorée. Le texte latin a rapidement un grand nombre de traductions en langues vulgaires et connaît une immense diffusion, si bien qu’il devient fondamental dans l’iconographie sacrée.

La légende de la Vraie Croix est particulièrement chère aux Franciscains qui veulent la représenter dans les chapelles centrales de leurs églises, comme à l’église Santa Croce de Florence (fresques d’Agnolo Gaddi), à la collégiale d’Empoli (fresques de Masolino) ou l’église San Francesco à Volterra (fresques de Cenna di Francesco).

C’est en s’inspirant des récits de la Légende Dorée - passages du Santorale : le 3 mai, l’invention de la croix et le 14 septembre, l’exaltation de la croix - que Piero Della Francesca illustre les deux demi-lunes et les subdivisions des murs.

Le cycle de fresques

  • L’histoire d’Adam

Adam mourant demande à son fils Seth de se rendre aux portes du Paradis et de demander l’huile du bois de la Miséricorde pour lui rendre la santé. L’archange Michel apparaît et lui oppose un refus, en affirmant qu’il ne pourra avoir l’huile que dans cinq mille ans (c’est-à-dire environ le temps qui s’écoulera avant la Passion du Christ).
L’archange donne à Seth une branche de l’arbre du Bien et du Mal, celui qui a été la cause du péché d’Adam et Eve, en affirmant qu’Adam guérira quand l’arbre né de ce rejeton, donnera des fruits.
A son retour, Seth découvre que son père est mort et, obéissant à l’ordre de l’Archange, plante sur lui la petite branche.

  • L’histoire de Salomon et de la reine de Saba

Ce rameau devient un arbre très luxuriant à l’époque du roi Salomon, qui est frappé par sa beauté et donne l’ordre de l’abattre et de l’englober dans la construction du temple de Jérusalem.
Mais il est impossible de trouver un endroit adapté pour l’introduire dans la construction car il est tantôt trop long, tantôt trop court, si bien que les ouvriers s’en servent pour jeter un pont sur le fleuve Siloé.
La reine de Saba, qui vient rendre hommage au roi Salomon et écouter ses paroles de sagesse, doit traverser ce pont. Quand elle est devant celui-ci, elle a une précognition : c’est sur ce bois que sera crucifié le Sauveur du monde. Elle se prosterne donc avec sa suite pour l’adorer.

  • Le transfert du Bois sacré

Lorsqu’elle rencontre le roi Salomon, la reine de Saba dit au souverain que sur ce bois sera crucifié un homme par la mort duquel finira le règne des Hébreux. Salomon fait enlever ce bois et ordonne qu’on l’enterre.
Plus tard, la Piscine Probatique, dont l’eau guérit les infirmes, est construite à l’endroit où le bois est enseveli.
La Légende raconte ensuite :

"... On dit qu’à l’approche de la Passion du Christ, le bois émergea des profondeurs de la terre : les Juifs qui la virent en firent une croix pour notre Seigneur." extrait de la Légende Dorée de Jacques de Voragine

  • La vision de Constantin

Les siècles passent, Jérusalem est détruite, les Juifs dispersés et la Croix du Christ reste cachée avec celle des deux larrons. La religion chrétienne se répand au prix du sang des martyrs. La prise du pouvoir impérial romain est l’enjeu du conflit entre Constantin et Maxence, qui devront s’affronter sur le pont Milvius sur les rives du Tibre.
Dans la nuit qui précède la bataille, Constantin est assoupi sur sa couche dans sa tente de campagne : deux guerriers veillent sur lui et l’un de ses fidèles partisans est assis au pied de son lit.
Un ange lui apparaît en rêve, il lui montre une croix lumineuse et lui annonce : "Par ce signe tu vaincras."

  • La victoire de Constantin sur Maxence

Le lendemain, Constantin, empoignant une croix qu’il brandit en direction de son ennemi, met en fuite Maxence qui franchit le fleuve en toute hâte avec son armée vaincue.
Après sa victoire, Constantin se convertit au Christianisme qu’il proclame religion officielle de l’Empire, mettant ainsi fin aux persécutions.

  • Judas délivré du puits

Voulant retrouver la croix, Constantin envoie sa mère Hélène à sa recherche à Jérusalem, où elle découvre un Juif qui garde le secret : c’est le juif Judas. Comme il ne veut pas révéler ce qu’il sait à propos du lieu où la croix est enterrée, la reine le fait descendre dans un puits où il est tourmenté par le jeûne. Au bout de six jours, le Juif demande qu’on le sorte du puits et révèle ce qu’il sait.

  • L’invention de la croix (découverte et preuve)

Sur le Golgotha où, entre-temps, l’empereur Hadrien a fait construire un temple consacré à Vénus, Hélène ordonne de creuser à l’endroit indiqué et retrouve les trois croix. Pour distinguer la vraie croix du Christ de celle des deux larrons, elle arrête le cortège funèbre d’un jeune homme que l’on conduit à la tombe et qui est ressuscité par la croix sur laquelle est mort le Christ.

  • La bataille d’Héraclius et la mort de Chrosroès

Trois siècles plus tard, en l’an 615, Chrosroès, roi des Perses, emporte de Jérusalem la relique du bois sacré et, en proie à une exaltation blasphème, il l’appuie contre un côté de son trône pour représenter le Christ de la Trinité en mettant de l’autre côté un jeune coq pour représenter le Saint Esprit. Chrosroès se place lui-même au centre, s’identifiant ainsi à Dieu.
Plus tard, au terme d’une furieuse bataille, Héraclius écrase l’armée de Chrosroès, qui refuse de se convertir et est décapité.

  • L’exaltation de la croix

Le récit se conclut avec l’exaltation de la croix. L’empereur Héraclius fier de sa victoire, veut rendre la relique en entrant à Jérusalem en grande pompe comme tous les généraux vainqueurs. Mais les portes de la ville se referment en formant un mur qui l’empêche de passer. Un ange apparaît alors sur les murs et demande à l’empereur de se comporter avec humilité à l’imitation du Christ lorsqu’il entra dans la ville sur un âne.
Héraclius ôte ses chausses et son manteau royal et se met en marche, pieds nus, portant la Croix vers la porte qui s’ouvre instantanément.

  • L’annonciation

S’écartant des thèmes de la légende, Piero ajoute enfin une splendide Annonciation, à l’apparence - mais seulement en apparence - hors contexte : en effet, l’Incarnation du Christ, qui a lieu au moment de l’annonce angélique est l’événement extraordinaire qui permet la réalisation de la Rédemption, annoncée par la mort d’Adam et accomplie à travers le sacrifice de la Croix. Cette scène montre aussi clairement la volonté de Piero Della Francesca d’épurer la légende du caractère épisodique et féerique des cycles plus anciens, en lui donnant une signification toujours actuelle à travers les références à l’histoire et au monde contemporain, mais surtout en la transformant en une très haute expression des valeurs universelles véhiculées par la Croix.

  • Petites scènes

Deux prophètes sont représentés dans le coin du mur le plus élevé à côté de la grande fenêtre. Celui de gauche serait Saint Jérémie (il est attribué à Giovanni di Piamonte, un des aides du maître) et Saint Isaïe à droite.

Figures isolées à l’intérieur de la décoration

La première intervention de Piero Della Francesca dans la chapelle est probablement l’ajout de deux têtes d’anges dans les polylobes qui étaient restés vides dans la partie haute à la base de la voûte sur la droite. Les anges imposent leur présence dans ces ouvertures avec une force plastique et un caractère dramatique écrasants par rapport au climat décoratif hérité du vieux peintre Bicci du Lorenzo.

Saint Augustin et Saint Ambroise constituent un autre complément de la décoration déjà esquissée par son prédécesseur dans l’intrados de l’arc triomphal, et seraient de la main du principal collaborateur de Piero Della Francesca, Giovanni di Piamonte.

D’autres figures sont peintes dans l’épaisseur intérieure des piliers de la chapelle. A la hauteur de la scène de la "Découverte de la Croix", il y a un Cupidon en pied aux yeux bandés, portant son arc sur son épaule et tenant une flèche dans ses mains. Sa signification symbolique n’est pas claire, mais comme il fait pendant à la scène représentant le temple de Vénus en passe d’être détruit par la reine Hélène qui veut ériger une église en son emplacement, on peut penser à une allusion à la fin de l’Amour profane remplacé par l’Amour sacré, représenté en face et à la même hauteur, sur l’autre côté de l’arc, par un ange magnifique qui personnifie l’Amour divin.

Il y a encore deux autres saints dans l’intrados de l’arc : un Saint Pierre martyr et un Saint Ludovic. Piero Della Francesca réutilisera le modèle de ce dernier pour la fresque conservée à la Pinacothèque de Sansepolcro. Réalisée à la fin du cycle, la critique s’accorde à les attribuer à un collaborateur du maître, probablement Lorentino di Andrea.




















Bibliographie


Tous les documents sont classés à ART 759.03 PIE

Piero della Francesca / Ronald Lightbrown
Citadelles & Mazenod, 1992 (Les phares)

Piero della Francesca : San Francesco, Arezzo / Marilyn Aronberg Lavin
Hazan, 1993 (Les fresques)

Piero della Francesca / Roberto Longhi
Hazan, 2003

Piero della Francesca "La Flagellation"
in Naissance de la perspective / réalisé par Alain Jaubert
Arte vidéo, 2005 (Palettes) - DVD

Piero della Francesca
Flammarion, 2006 (Les classiques de l’art)

Piero della Francesca / Neville Rowley
Gallimard, 2007 (Découvertes. Hors série)

Piero della Francesca : les oeuvres / Anna Maria Maetzke
Silvana editoriale, 1993

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