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Richard Wagner et la Tétralogie
Présentation et sélection bibliographique, vidéographique et discographique, Mars 2006


Plusieurs évènements mettent aujourd’hui l’accent sur Wagner et son oeuvre.

En premier lieu, le cycle du Théâtre du Châtelet mis en scène par Robert Wilson et dirigé par Christoph Eschenbach à la tête de l’Orchestre de Paris,

et en second lieu, le festival "Wagner, wagériens, wagnérisme" à l’auditorium du Louvre en février-mars 2006.





Définitions



Par définition, dans l’Antiquité grecque, une Tétralogie était un ensemble de quatre pièces présentées aux concours dramatiques des Dionysies. Ces fêtes en l’honneur du dieu Dionysos, célébrées à Athènes, comprenaient, outre les processions et les banquets, des représentations théâtrales.

Le cycle de Richard Wagner porte le titre général d’Anneau du Nibelung accompagné d’un sous-titre :
« Représentation scénique en un prologue et trois journées ».

Nourri d’Antiquité grecque, Wagner a voulu donner à l’Allemagne en voie d’unification l’épopée d’Homère et le drame d’Eschyle, germaniser le miracle hellénique, et ressusciter, au siècle de Bismarck, celui de Périclès.


Les sources


Wagner s’est inspiré des chants de l’Edda, recueils de poèmes irlandais du XIIIe siècle qui se rapportent aux cycles mythologiques scandinaves, ainsi que de la Chanson des Nibelungen (chant épique de tradition orale).

Wagner, en outre, a été influencé par l’ouvrage de Jakob Grimm, paru en 1844, La Mythologie germanique.


La genèse de la « Tétralogie »



C’est entre les émeutes de 1849 et l’apothéose de 1876 que s’insère la genèse de la Tétralogie.

La conception de la musique et du texte n’est pas simultanée chez Wagner. Il compose d’abord le poème, en procédant par esquisses préalables, comme un drame qui serait destiné à être joué sans musique. Il commence ensuite la partition musicale et termine par l’orchestration.

Les drames ont été conçus en sens inverse (c’est-à-dire par Le Crépuscule des Dieux). La Tétralogie sera essentiellement interrompue par la composition de Tristan (1855-1859), des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1861-1868) et par les ébauches de Parsifal (après avril 1865), ainsi que la rédaction de ses ouvrages littéraires et théoriques.

L’idée et les personnages


L’idée principale du Ring (anneau en allemand) réside dans le conflit des deux pouvoirs qui gouvernent le monde : l’amour et l’argent. La quête insensée du pouvoir absolu représentée par l’or forgé en anneau, conduit les dieux à leur destruction, tandis que la race des hommes, régénérée, s’éveille par l’amour.

Dieux, Déesses, Ondines :
Waltraute et Brunnhilde (Crépuscule des Dieux)

  • Wotan, dieu des dieux
  • Fricka, déesse du mariage
  • Freia, déesse de la jeunesse
  • Froh, dieu de la joie
  • Donner, dieu du tonnerre
  • Loge, dieu du feu
  • Era, déesse de la terre
  • Brünnhilde, fille de Wotan
  • Les 8 walkyries
  • Flosshilde, Woglinde, Wellgunde, les filles du Rhin
  • Les 3 Nornes

Héros et héroïnes, d’origine divine ou mortelle

  • Siegmund
  • Sieglinde
  • Siegfried
  • Junding
  • Gunther
  • Gutrune
  • Hagen

Nains et géants

  • Alberich
  • Mime
  • Fasolt et Fafner

Le langage musical de la « Tétralogie »


Le choix des instruments dépend de leur fonction, selon qu’ils sont chargés d’exprimer ce qui se passe en nous, à notre insu parfois, ou de montrer le visible.

Les cordes sont particulièrement aptes à rendre les mouvements, les gestes, les actes qui trahissent au jour l’agitation des profondeurs.

Dans le Crépuscule des Dieux, ce sont elles qui traduisent le bouleversement intérieur de Brünnhilde.

L’orchestre joue alors un rôle « freudien » en ce sens qu’il révèle le subconscient, l’informulé, en une sorte de projection « surréaliste » du personnage qui exprime simultanément ce qu’il sait ou ressent, et ce qui n’a pas atteint le niveau de sa conscience : le spectateur-auditeur, lui, reçoit d’un seul coup, la double information.

Les instruments, par additions successives, ajoutent au mouvement de l’écriture musicale, la couleur des timbres isolés ou combinés.

Aux violons, le feu qui danse. Les altos alliés aux bassons suggèrent la destruction. Les violoncelles se chargent de la tristesse ou du mécontentement (Les Adieux de Wotan). La cadence lourde des contrebasses, renforcées par les tubas, convient aux géants. Les harpes s’appliquent au tourbillonnement des eaux comme au sommeil de Brünnhilde.


Le système thématique du « leitmotiv »


La véritable polyphonie orchestrale ou vocale réside dans le formidable enchevêtrement des motifs musicaux ou « leitmotiv ». Ceux-ci ne sont pas une invention de Wagner, mais il les a élargis et en a généralisé l’emploi.

Le leitmotiv consiste à lier un personnage, une émotion, une idée, un objet, une situation, un symbole, à un motif musical. Albert Lavignac en a dénombré 82 dans le Ring (Le Voyage artistique à Bayreuth, 1897).

On peut relativement classer les leitmotiv de la Tétralogie en 3 catégories :

1) les motifs attachés à des personnages
2) les motifs atachés à des sentiments ou des idées
3) les motifs attachés à des symboles.

Le leitmotiv permet de souligner telle caractéristique physique momentanée d’un personnage (la fatigue de Siegmund, le sommeil de Brünnhilde), le personnage est décrit par un seul trait particulier (Wotan par la Lance, Siegfried par le Cor), ce procédé musical permet à Wagner de suggérer accidentellement le tout par la partie. Il ne veut pas nommer Wotan (Le Wahlalla) ou Siegfried (l’Amour de la vie), c’est l’orchestre qui s’en charge.

Les thèmes personnels sont accentués par l’attribution d’un instrument pour chaque personnage.

- Lorsque Siegmund raconte son histoire, les cors et les bassons disent son épopée héroïque, les cordes révèlent son passé.

- Lorsque Siegfried tend de l’eau à Brunnhilde et que l’amour naît du regard échangé, le violoncelle joue en solo ; le tuba annonce Hunding, comme le cor annoncera Siegfried.


La symbolique de l’objet


La magie dans le Ring se manifeste soit par des objets, soit par des pouvoirs.

Les pouvoirs (invisibilité, métamorphose, amnésie, jeunesse éternelle, compréhension du langage des oiseaux) sont souvent liés à la possession de ces objets, au sens large du mot (l’anneau, le Tarhelm ou casque magique, l’épée, les pommes d’or, le sang du dragon).

Transmettre ou acquérir, posséder, effacer, restituer ces différents pouvoirs sont des effets successifs toujours momentanés.

D’autres manifestations magiques interviennent (les lances de Wotan et de Hagen, les runes gravées sur la lance de Wotan, la corde d’or des Nornes, l’oiseau, le philtre de Gutrune). Elles sont envisagées non dans leur activité spécifiquement magique, mais dans leur symbolisme.

  • L’or

Ce mythe remonte à la plus ancienne mythologie. Lorsque Wotan le contemple, il dit : "Tu tiens là ce qui élève à la cime de la puissance".

  • L’anneau


L’or à l’état naturel est sans pouvoir. Mais changé dans sa forme et dans sa destination, il devient maléfique et réduit l’homme en esclavage.
L’anneau est symbole de cet asservissement. Il est forgé par le Nibelung et, comme la lance de Wotan, gravé de runes.
Auxiliaire du pouvoir, il engendre la dépendance et la tyrannie. Qui veut le posséder doit renoncer à l’amour : c’est sur cette alternance que repose tout le Ring. Au doigt des uns, il conduit à l’extremination finale. Au doigt des autres, c’est un gage d’amour.
Dans les deux cas, il exerce sa malédiction, sur les coupables comme sur les innocents.

  • La lance

Elle est symbole de l’autorité. Grâce à elle, le dieu impose à ses vassaux sa volonté. Elle porte inscrite en runes les lois et quiconque les enfreint encourt un châtiment. De son fer naissent les flammes qui environnent Brünnhilde, condamnée par la loi divine. Son autorité est brisée par la force de la jeunesse et de l’amour. Ses fragments épars sont tout ce qui reste de la puissance de Wotan.
Les runes, garantes des traités et des contrats, sont le fondement même du pouvoir.
Elles symbolisent le Savoir. Faisant don des runes à Siegfried, Brünnhilde se dépossède du Savoir. En ces temps de transmission orale, elles représentent la chose écrite, sacrée, intangible. Même Hagen prête serment sur sa lance.

  • Le « Tarnhelm »

Ce heaume magique est dans le Nibelunglied nommé Tarnkappe : celui qui le porte sur lui est parfaitement à l’abri des coups et des blessures. Nul ne voit la personne qui en est revêtue. C’est un casque de mailles fines qui procure le pouvoir de se métamorphoser en toute forme souhaitable.
Cette double propriété de transformation et d’invisibilité en fait le symbole de la tromperie et du subterfuge. Il permet à Loge d’attraper Alberich. Grâce à lui, Fafner prend l’aspect d’un dragon. Il est l’instrument du mal dans le Crépuscule des dieux puisque, sous ce masque, Siegfried se substitue à Günther.
Annhilant l’aspect physique, il confère des pouvoirs extraordinaires auxquels l’homme rêve depuis la nuit des temps.
Il représente la volonté de métamorphose comme exercice du pouvoir.

  • L’épée


Ce glaive est un élément actif du Ring. Il est la force dont on a besoin dans les jours de détresse (Notung). Destiné d’abord à un héros infortuné qui le retire du tronc de l’arbre, son pouvoir est anéanti par la lance de Wotan : l’autorité vainc l’amour. Il est brisé parce que, arme conquise dans l’inceste, il concourt à outrepasser les principes de la morale runique.
Le courage héroïque de Siegfried le transforme en une puissance contre laquelle se brise l’autorité divine.
Il rompt les mailles de la cuirasse de Brünnhilde et rend Siegfried maître de la femme, comme il avait triomphé du dragon.

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