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Tafelmusik

Musique de table

Cette expression, littéralement traduite de l’allemand Tafelmusik, ne désigne pas un genre particulier, mais toute musique accompagnant les repas de société, à plus forte raison les banquets et les festins exceptionnels, selon un usage qui remonte à l’Antiquité et qui s’est maintenu jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. C’est toutefois en Allemagne, à l’époque baroque, que la musique de table proprement dite a connu son apogée, servie par de petites formations composées essentiellement d’instruments à vent. Au XIXe siècle, âge d’or de la musique de brasserie et du café-concert, la musique de table n’était déjà plus le privilège des princes et des riches bourgeois. Elle a achevé de se démocratiser depuis l’apparition des moyens de reproduction électromécaniques, qui mettent un fond sonore à la portée de tous, pendant ou entre les repas.


Historique


● La coutume consistant à accompagner les banquets et les symposiums avec de la musique est attestée par les temples égyptiens, hébreux, grecs et romains.
Sous la civilisation antique, en Grèce, se développe la scolie, chanson de banquet. Il s’agit d’une forme de chant chorale accompagné d’instruments, le plus souvent du aulos, une flûte double, ou du barbiton, sorte de lyre étroite.

La tradition perdure pendant le Moyen Âge et se renforce à partir du XVe siècle. Lors des festins solennels, et en particulier lors des repas de noces, la présence de chanteurs et de musiciens est courante et presque une obligation. Par exemple, le luthiste et harpiste du Concerto Palatino de Bologne se voit assigner la « tâche de charmer, avec de délicates danses instrumentales, les oreilles des illustres convives pendant le déjeuner » et le diner.
Tout au long du XVIe siècle, Florence accueille de nombreuses fêtes commandées par la principale famille de la ville, les Médicis, et voit se développer les intermedii, recherche de l’alliance entre musique et poésie.

Stravaganza d’amore
Pygmalion, Raphaël Pichon
Harmonia Mundi, 2017
MUS 303 STR disponible ?

● C’est surtout lors des XVIIe et XVIIIe siècles, en Allemagne et en France, que la musique de table séduit les compositeurs et se caractérise comme un genre musical à part entière. Sa forme canonique est celle de la suite de danses. Parmi les auteurs de musique de table, on peut citer Johann Hermann Schein, dont le Banchetto musicale de 1617 est rapidement devenu célèbre, Andreas Hammerschmidt et Heinrich Biber avec son Mensa sonora en Allemagne, Jean-Baptiste Lully et Michel-Richard de Lalande et sa Symphonies pour les Soupers du Roy en France.

Banchetto Musicale
Johann Hermann Schein


Mensa sonora
Heinrich Ignaz Franz Biber


Symphonies pour les soupers
Michel-Richard Delalande
La Simphonie du Marais, Hugo Reyne
Harmonia Mundi, 1990
MUS 3 DEL 24 disponible ?

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● L’exemple le plus connu est celui de la Tafelmusik de Georg Philipp Telemann composée en 1733 : elle se structure en une ouverture, un quatuor, un concerto, un trio, un passage en solo et un finale dans la même tonalité et montre la maîtrise du musicien dans des genres variés et avec des instruments différents. Un autre exemple remarquable est celui de la musique de table avec laquelle Wolfgang Amadeus Mozart ouvre le « festin de pierre » final de son opéra Don Giovanni de 1787. La musique de table de Mozart était, comme la plupart des divertimentos, jouée par un ensemble de bois. Beethoven a lui aussi composé de la musique de table, par exemple l’octuor op. 103 de 1792, composé pour agrémenter la table du Prince-Électeur de Bonn.



Tafelmusik : partagée en trois productions = musique de table
Georg Philipp Telemann
Musica Antiqua Köln ; Reinhard Goebel
Polygram, 1989
MUS 3 TEL 21 disponible ?

Don Giovanni, opéra en 2 actes : final
Wolfgang Amadeus Mozart
Eberhard Wächter ; Joan Sutherland ; Luigi Alva ; Gottlob Frick, ; Philharmonia Orchestra & Chorus ; Carlo Maria Giulini
Decca, 1997
MUS 3 MOZ 35 disponible ?

Octet op. 103 ; Rondino WoO25 : March ; Duo Sextet op. 71
Ludwig van Beethoven
Mozzafiato ; Charles Neidich
Sony, 1994
MUS BEE 18.70 disponible ?




● À partir du XVIIIe siècle, ce répertoire est souvent décrit sous le nom de divertimento. La première apparition du terme divertimento, à Venise en 1681, et l’indication que le divertimento est fait pour accompagner un service à table s’applique aussi aux époques ultérieures, car la musique légère fut souvent jouée pour accompagner des banquets et autres événements sociaux. Le style du divertimento est le plus souvent léger et allègre et, en général, composé pour un ensemble réduit.
Le divertimento va exercer une influence importante dans l’affirmation du style classique. En effet, parmi les genres nouveaux associés à ce style, le quatuor à cordes, issu du divertimento, connaîtra une expansion rapide sous l’impulsion de Haydn, qui en est pratiquement l’« inventeur » avec ses dix quatuors de jeunesse (1757-1759), qu’il désigne d’ailleurs du nom de cassation ou de divertimento a quadro.


Quatuors à cordes op. 1 & 2
Joseph Haydn
Buchberger Quartet
Timpani, 2007
MUS 3 HAY 14.40 disponible ?


● Mozart a composé différents types de divertimentos, prenant même quelquefois la forme de petites symphonies, par exemple les Symphonies de Salzbourg KV 136-137-138. D’autres compositeurs, notamment Leopold Mozart, Carl Stamitz, Jommelli, Boccherini, Michael et Joseph Haydn, ont également composé des divertimentos.

Divertimenti (Symphonies Salzbourgeoises)
Wolfgang Amadeus Mozart
The Amsterdam Baroque Orchestra ; Ton Koopman
Warner, 1990
MUS 3 MOZ 24 disponible ?

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● À part le Divertimento pour guitare et piano de Weber et le Divertissement à la hongroise D 818 de Schubert pour piano à quatre mains, le genre s’est éteint avec le XIXe siècle puis réapparaît dans le genre vocal des Liedertafel (chants de table) de Carl Friedrich Zelter en 1809. On peut rattacher à la musique de table les courtes compositions de Gioachino Rossini (qui était aussi un célèbre gastronome) nommées d’après des hors-d’œuvre et des desserts, seules entorses à sa décision prise en 1829 de ne plus écrire de musique. Des sociétés chorales de voix d’hommes en poursuivent la pratique jusqu’au milieu du XXe siècle.


Divertissements
Franz Schubert
Andreas Staier ; Alexei Lubimov
Warner Music, 1998
MUS 3 SCH 12.11 disponible ?

Album français : Péchés de vieillesse
Contient Toast pour le nouvel an
Gioacchino Rossini
Chorus Musicus ; Christoph Spering
Harmonia Mundi, 1992
MUS 3 ROS 33 disponible ?

Quatre mendiants : les Figues sèches
Gioacchino Rossini


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● En réaction à la musique romantique, est apparue au XXe siècle, la notion de Gebrauchsmusik (musique utilitaire). Des compositeurs comme Érik Satie (Musique d’ameublement), Paul Hindemith (Plöner Musiktag) ou Bernd Alois Zimmermann (Musique pour le Souper du Roi Ubu), ont adopté à cette occasion la tradition de la musique accompagnant des évènements non musicaux. Après une éclipse, le divertimento renait aussi avec Bartók (divertimento pour orchestre à cordes, 1939), Lennox Berkeley (Divertimento, 1943), Werner Ergk (Divertimento pour cordes, 1953) et aussi avec des œuvres de Ferruccio Busoni, Saint-Preux, Alan Rawsthorne, Michael Tippett et Igor Stravinski dans son ballet Le Baiser de la fée. En France, citons le Divertissement, op. 6 de Roussel.
On peut aussi citer la 9e partie du Bourgeois gentilhomme de Richard Strauss ainsi que son Divertimento pour petit orchestre op. 86, une suite d’orchestre d’après les pièces de clavecin de Couperin.

Musique d’ameublement
Érik Satie


Divertimento ; Dance suite ; Hungarian Sketches ; Two pictures
Béla Bartok
Chicago Symphony Orchestra ; Pierre Boulez
Deutsche Grammophon, 1995
MUS 3 BAR 22 disponible ?

Orchestral works = Intégrale de la musique d’orchestre
Contient Le diner extrait du Bourgeois gentilhomme
Richard Strauss
Staatskapelle Dresden ; Rudolf Kempe
Brilliant Classics, 2005
MUS 3 STR 20 disponible ?

Retrouvez aussi des extraits vidéo et audio du Bourgeois gentilhomme de R. Strauss sur Philharmonie de Paris en ligne :
Documents n° 0942231, 092669 et 0943004


Et découvrez cet entretien audio sur le thème des musiques de table :
David Meichtry feuillette musicologiquement les meilleures pages des « musiques de table » que nous ont laissées les compositeurs baroques et antérieurs.
Simphonies pour les Soupers du Roy, Mensa sonora, Banchetto musicale, sont les titres de quelques-unes de ces gourmandises sonores, autour desquelles un invité rabelaisien, Jean-Christophe Groffe, chanteur et fondateur de l’ensemble vocal Thélème, familier des animations musicales de festins, nous met l’eau à la bouche.

Gourmandises sonores

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