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Vienne 1900 : Klimt, Moser, Kokoschka, Schiele
Présentation et sélection bibliographique, Octobre 2005

Exposition, Galeries nationales du Grand Palais, 5 octobre 2005 - 23 janvier 2006

VIENNE 1900

L’exposition du Grand Palais - la première réunissant ces quatre principaux artistes viennois - revient sur une période courte mais décisive qui vit deux générations d’artistes se succéder. La première quitta la peinture d’histoire pour un Art Nouveau ornemental (Klimt) ou un symbolisme teinté de mysticisme (Moser). Celle de Schiele et de Kokoschka, s’éloigna progressivement de l’aspect décoratif de la Sécession et créa un expressionnisme centré sur la figure humaine, dans un condensé de fragilité et de tension traduit par une mise à nu acharnée des conflits intérieurs.

L’exposition regroupe environ 120 peintures et une soixantaine d’oeuvres graphiques, selon trois grands thèmes : le portrait, le paysage, l’allégorie. Montrer l’originalité de l’activité picturale des principaux acteurs de la Sécession viennoise, mouvement fondé par Klimt et son cercle en 1897, tel est son propos.







Gustav Klimt (1862-1918)


" Il n’existe pas d’autoportrait de moi. Je ne m’intéresse pas à ma propre personne comme "objet de représentation", mais aux autres êtres, surtout féminins, et plus encore aux apparitions. " Gustav Klimt.

Issu d’une famille modeste (son père était artisan doreur), Gustav Klimt entre en 1876 à l’école des Arts Appliqués de Vienne où son frère Ernst l’y rejoindra l’année suivante. Il y poursuit ses études jusqu’en 1883. En 1879, il participe à l’organisation du Festzug (noces d’argent du couple impérial) sous la direction de Hans Makart.

Le grand escalier du Burgtheater de Vienne. Plafonds décorés par F. Matsch et G. Klimt.En 1883, il fonde avec son frère Ernst Klimt et son condisciple Franz Matsch un atelier de décoration. Il décorera les plafonds du théâtre de Fiume (1883), la villa Hermès à Lainz, le théâtre de Carlsbad (1886), ainsi que l’escalier du Burgtheater (1886-1888). En 1880, il adhère au Künstlerhaus (Maison des artistes). En 1892, grâce au succès remporté par ses fresques pour le Kunsthistorisches Museum, il est pressenti pour décorer les plafonds de l’aula magna de l’université de Vienne par des peintures allégoriques pour illustrer les trois facultés : la philosophie, la médecine, la jurisprudence.

A partir de cette époque, il se détache progressivement de l’académisme sous la double influence de ses amis écrivains du Jung Wien (La jeune Vienne - l’avant-garde littéraire : Arthur Schniltzer, Hofmaansthal, Hermann Bahr) et des artistes symbolistes tel Böcklin, Khnopff, Klinger, Toorop, Rodin.

En 1897, Klimt quitte le Künstlerhaus suivi par 40 artistes dont Carl Moll et Joseph M. Olbrich pour fonder la Sécession dont il devient le président.

1898 : inauguration du bâtiment de la Sécession conçu par J. M. Olbrich.

1900 : scandale causé par la fresque « La philosophie », considérée comme
un outrage aux bonnes mœurs.

« Hygieia » (La médecine) détail. Huile sur toile - Historisches Museum der Stadt Vienne1901 : Klimt expose la fresque « La médecine », ce qui suscite une interpellation de son protecteur de la chambre des députés, le ministre de l’Education nationale von Harten.

" La Fresque Beethoven : L'aspiration au bonheur trouve son apaisement dans la poésie" (détail) 1902 - Huile sur panneau illustrant le dernier mouvement de la IXème symphonie de Beethoven : "L'Hymne à la Joie" 220 x 240 cm © Osterreichiches Galerie Vienne1902 : exposition Beethoven à la Sécession autour d’une sculpture de Klinger. Klimt conçoit une salle ornée d’une fresque pour illustrer la « 9ème symphonie ». Klimt peint la « Jurisprudence », dernier volet de ses peintures pour l’université. Rencontre Rodin à Vienne.

1903 : grande exposition sur l’impressionnisme à Vienne. Klimt subira notamment l’influence de Gauguin et de Seurat pour les très nombreux paysages qu’il peindra à partir de cette époque.

1904 : Klimt reçoit la commande d’une frise pour la salle à manger du palais Stoclet à Bruxelles édifié par Hoffmann.

1905 : il se retire de la Sécession avec Carl Moll, tandis qu’Hoffmann et Kolo Moser fondent la Wiener Werkstätte (Atelier viennois).

1907-1909 : dernières modifications apportées au peintures des facultés. Apogée des peintures sur fond or avec la « Danaë » et « Le baiser » présentés à la Kunstschau, 1ère exposition collective de Klimt et de ses amis depuis le retrait de la Sécession. 1ère rencontre avec Schiele.

1908 : exécution en céramique par la Wiener Werkstätte de la frise du palais Stoclet. Klimt se rend à Paris au mois d’Octobre.

1911 : voyage à Rome, Bruxelles, Londres et Madrid.

1913 : Klimt introduit Schiele à l’Association des artistes autrichiens.

1918 : au cours d’un voyage en Roumanie, Klimt frappé d’un congestion cérébrale meurt le 11 janvier.
Danaë (1907-1908) - Coll. particulière


Koloman Moser (1868-1918)



Immobile, parfaitement centré et symétrique, l’autoportrait de Moser évoque le hiératisme d’un icône. Sentiment renforcé par un regard qui semble ignorer le spectateur et se diriger vers un au-delà lointain.

Moser est un des représentants et créateurs les plus éminents du style sécessionniste à Vienne au tournant du siècle. Par ses activités multiples (il dessine mobilier, tissus, billets de banque, timbres, affiches, vitraux, bijoux et autres objets de la vie quotidienne et illustre livres et revues), par ses dons d’organisateur d’expositions, par ses talents de peintre, « par la légèreté enjouée de son imagination » (J. Hoffmann), il est peut-être celui qui réalise le mieux le rêve de l’œuvre d’art totale, de l’unité de l’art et de la vie.

Adolescent, il travaille déjà dans les ateliers de l’école administrée par son père. Prend clandestinement des leçons de dessin, tout en fréquentant d’abord une école des métiers. Etudes à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne sous la direction de Christian Griepenkerl, de F. Rumpler et M. Tenkwald.

1892-1895, cours à la Kunstgewerbeschule (Ecole des arts appliqués), où il y rencontre Klimt et son collaborateur Franz Matsch (Moser y enseignera à partir de 1899). Déjà lié à l’époque avec les architectes J. M. Olbrich et J. Hoffmann, il est cofondateur en 1897 de la Sécession qu’il quitte avec Klimt et ses amis en 1905. Collaborateur éminent du périodique « Ver Sacrum » (Printemps sacré).

Voyage beaucoup : 1897, Munich, Leipzig, Munich. 1900, Paris (exposition universelle), Belgique, Hollande, Hambourg. A deux reprises, il rend visite à F. Holder à Berne (1903 et 1913) ; ses peintures, parfois proches de celles de Holder, furent vendues après sa mort avec un faux monogramme comme œuvres de Holder.

En 1898, il collabore à la réalisation du bâtiment de la Sécession, conçu par Olbrich. En 1902, il est coéditeur de l’importante revue Die Fläche. Le cahier n°8 du volume 1 contient les plus importants projets d’affiches de Moser. A partir de 1904-1905, il est aussi coéditeur de l’importante revue bi-mensuelle Hobe Warte. Il participe à l’organisation de la 14ème exposition de la Sécession en 1902, hommage à l’œuvre de M. Klinger.

Vitraux de Koloman Moser - Eglise Kirche am Steinhof, VienneAvec J. Hoffmann et Fritz Waerndorfer, il fonde en 1903 la Wiener Werkstätte (Atelier viennois). En 1904, il est sollicité par Otto Wagner pour collaborer à la décoration de l’église « Am Steinhof ». Travaille intensivement à l’élaboration des projets pour les vitraux et le retable de l’autel principal en 1905-1906, ce qui l’empêche de suivre la construction et la décoration du palais Stoclet à Bruxelles réalisés par la Wiener Werkstätte. Toutes ses ébauches seront refusées par les autorités ecclésiastiques (« tout ceci est loin d’une peinture religieuse, ça frôle le caricatural », commentait le chapelain du roi). En revanche, il gagne en 1907 le 1er prix du concours pour la décoration de l’église Heiligen-Geist à Düsseldorf.

Jusqu’en 1905, il collabore en tant que « metteur en scène » sobre et incomparable à environ 23 expositions, bannissant tout mobilier inutile des espaces d’exposition. Précurseur dans le domaine des techniques d’accrochage contemporaines.

Fortuné, il peut acquérir en 1911 deux des trois tableaux (La Médecine et La Jurisprudence) que Klimt avait peints pour l’Université de Vienne (commande de 1894), et qui furent retirés en 1905 (les trois œuvres furent détruites en 1945 au château d’Immendorf).

Secrétaire - Musée des Arts Appliqués, VienneLa rencontre avec les créateurs (ou designers) écossais, Charles Rennie Mackintosh et Margaret McDonald-Machintosh fait évoluer son style vers une géométrisation plus poussée. Après son départ de la Wiener Werkstätte en 1907, il se consacre davantage à sa peinture influencée par l’art japonais, les Nabis, se rapprochant de plus en plus de la monumentalité de Holder.
Fauteuil - pour le sanatorium de Purkesdorf(1902)


Oskar Kokoschka (1886-1980)


Rien que l’essentiel. Un autoportrait est une affaire entre soi et soi.

Oscar Kokoschka étudie de 1904 à 1909 à la Kunstgewerbeschule (Ecole des arts appliqués) de Vienne dans les cours des professeurs C.A. Czeschka et B. Löffler. Il travaille pour la Wiener Werkstätte (affiches, cartes postales, éventails, vignettes, monogrammes) qui publie en 1908 son premier livre Die träumenden Knaben (Les garçons rêveurs) - conte amer sur la puberté - , illustré de 8 lithographies couleur. De 1907 à 1909, il réalise des travaux graphiques et scéniques pour le cabaret Fledermaus (cabaret Chauve-Souris).

En 1908, Kokoschka dessine les affiches pour la Kunstschau et commence à écrire des pièces tragico-grotesques qui introduisent l’expressionnisme au théâtre. La création de Mörder, Hoffnung der Frauen (Assassin, espoir des femmes) à la Kunstschau en 1909 cause un scandale. Dans un langage flamboyant Kokoschka évoque ici la guerre des sexes, sujet de son art futur.

Il se tourne vers le portrait « grattant » à travers ses propres névroses, dans la pâte épaisse, la physionomie et la psychologie des personnages. A. Loos, ami et conseiller, lui procure des commandes dans les milieux intellectuels et artistiques de Vienne. Les modèles, qui se sentent mis à nu, refusent en partie leurs portraits. Grâce à Loos et Kraus, Kokoschka entre en relation avec Herwarth Walden et passe l’année 1910 à Berlin.

Nu d'adolescent (1908)Son oeuvre âpre et expressionniste est en rupture avec le climat du siècle. Il dessine pour la revue Der Sturm et expose à la galerie du même nom. Walden lui commande des portfolios et devient son premier marchand. Les 25 toiles qu’il expose en 1911 au Hagenbund de Vienne sont très controversées et épouvantent la cour. Kokoschka est « le jeune sauvage », le « fléau de Dieu ». Sur la proposition d’A. Roller, il dirige en 1912-1913 une classe de dessin. Il se lie avec Alma Mahler à qui il voue un amour exclusif (et possessif) qui se reflète dans de nombreuses œuvres, notamment dans Die Windsbraut (La fiancée du vent, 1913-1914) où s’exprime la fascination grandissante pour le Tintoret, le Greco et l’art baroque. Peint des scènes d’une inspiration religieuse très libre. Se sent très proche de Greg Trakl.

Mobilisé, il est à la fin de 1915 grièvement blessé en Galicie. Convalescence à Vienne qu’il fuit désormais. Réside à Berlin, puis à Dresde. Se lie avec A. Ehrenstein et W. Hasenclever, tous deux poètes expressionnistes, et fait jouer de nouvelles pièces. Entre dans la galerie Paul Cassirer. Une grande poupée, double d’Alma Mahler, l’accompagne partout et apparaît dans ses toiles.
La tempête ou La fiancée du vent (1914)

De 1920 à 1924, il enseigne la peinture à l’Académie de Dresde, parcourt ensuite l’Europe et les pays méditerranéens et en fixe les paysages dans de grandes vedute. Il devient « portraitiste » des villes comme il sera après 1945 celui des personnalités célèbres. A partir de 1931, il réside de nouveau à Vienne qu’il quitte pour Prague en 1934, puis se réfugie en 1939 à Londres. Peint des tableaux contre le fascisme et l’Anschluss et des allégories politiques sur sa vie d’émigrant dans un pays belligérant.

Se fixe en Suisse en 1953 et reprend ses grands allégories.
Prague (1934) Autoportrait (1948)










Egon Schiele (1890-1918)


Comme souvent, Schiele se représente avec le corps déformé et tronqué. Le visage émacié, l’œil écarquillé et sombre fixe le spectateur.

Après des études secondaires aux lycées de Krems et de Klosterneuburg, Egon Schiele entre dès l’âge de 16 ans à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne.

Un an plus tard, en 1907, il fait la connaissance de Klimt qui décèlera son génie précoce ; ce sera là le début d’une amitié et d’une fascination réciproque qui ne se démentira jamais. Schiele subit l’influence de son ami et de la Sécession viennoise. Les influences de Holder, Van Gogh, et Georges Minne joue aussi un rôle déterminant dans l’élaboration de son style.

1908 : Schiele conçoit des vêtements pour hommes, des chaussures de femmes, et des cartes postales pour la Sécession viennoise. Il participe pour la première fois à une exposition au Kaisersaal de Klosterneuburg.

Femme assise à la jambe repliée (1917) - National Gallery, PragueSchiele quitte l’Académie des Beaux-Arts en 1909 et fonde aussitôt avec ses collègues Faistauer, Peschka et Wiegele le groupe Neukunst (l’Artiste nouveau). Paris von Gütersloh les y rejoindra. Il rencontre aussi Arthur Roessler, critique d’art au journal socialiste Arbeiter Zeitung, qui deviendra son protecteur puis son biographe.

1910 : Sur recommandation de l’architecte Otto Wagner, il fait des portraits des personnalités de la vie culturelle viennoise. Il peint un grand nombre de nus expressifs, en trouvant son propre style.

1911 : Au cour d’un voyage à Munich, il devient membre du cercle « Sema », une associations d’artistes munichois à laquelle appartiennent Klee et Kubin.

1912 : Plusieurs expositions, entre autres à Vienne, Munich et Cologne.

En 1915, il épouse la jeune Edith Harms, voisine de son atelier à Heitzing. Il connaît enfin le succès en 1918 lors de la 49ème exposition de la Sécession, où la salle principale lui est consacrée. La plupart des 50 tableaux présentés sont vendus. Importantes participations dans des expositions à Zurich, Prague et Dresde.

Le 28 octobre 1918, sa femme meurt de la grippe espagnole. Trois jours après, il disparaît à son tour, à l’âge de 28 ans, 12 jours avant l’effondrement de l’empire des Habsbourg. Ce génie précoce d’une sensibilité exacerbée avait, dès l’âge de 19 ans, trouvé un style personnel d’une totale originalité dont la violence expressive demeura longtemps incomprise.

Femme nue (1910)

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