Monumenta 2010 / Christian Boltanski
Confrontation artistique de très grande ambition, MONUMENTA invite chaque année, à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication / Délégation aux arts plastiques, un artiste contemporain de renommée internationale à investir les 13 500 m2 de la nef du Grand Palais avec une œuvre magistrale spécialement conçue pour l’occasion.
Après le succès des deux premières éditions de MONUMENTA confiées à Anselm Kiefer, en 2007, puis au sculpteur américain Richard Serra, en 2008, qui attirèrent chacune plus de 140 000 visiteurs en cinq semaines, c’est Christian Boltanski, l’un des plus grands artistes français, qui relève le défi en 2010. L’exposition est coproduite par le Centre National des Arts Plastiques, le Grand Palais et la Réunion des Musées Nationaux.
Christian Boltanski
Après une adolescence sans scolarité régulière et sans avoir véritablement reçu de formation artistique traditionnelle, Christian Boltanski commence à peindre en 1958. Les tableaux qu’il réalise alors sont de grands formats, représentant des scènes historiques ou, parfois, des études de personnages isolés, dans des situations macabres, par exemple dans des cercueils.
A partir de 1967, il s’éloigne de la peinture pour expérimenter d’autres modes d’expression, comme la rédaction de lettres ou de dossiers qu’il envoie à des personnalités du monde de l’art. Pour les constituer, il utilise des photocopies qu’il mêle à des documents originaux ou à des photographies qu’il tire des albums de sa famille. A travers ces nouveaux matériaux, il intègre à son œuvre des éléments issus de son univers personnel, au point que sa biographie devient l’une de ses principales thématiques.
En effet, sa vie et son œuvre se confondent, mais non pas dans le sens du sacrifice romantique où l’œuvre se fait aux dépens de la vie, mais dans le sens où l’œuvre est l’invention d’une biographie faussée et présentée comme telle. Boltanski reconstruit des épisodes d’une vie qu’il n’a jamais vécue, en utilisant des objets qui ne lui ont pas appartenus ou des photographies retravaillées. Il rédige même une sorte de biographie officielle, en 1984, pour le catalogue de la rétrospective que lui consacre le Musée national d’art moderne. Il la fait démarrer au moment où sa vocation artistique s’impose à lui : « 1958. Il peint, il veut faire de l’art. 1968. Il n’achète plus de revues d’art moderne, il a un choc, il fait de la photographie, blanche et noire, tragique, humaine... ». Par cette initiative, le genre hagiographique et convenu des notices habituelles est tourné en dérision, tandis que le lecteur est convié à repenser le sens que prend toute vie dès lors qu’on la considère d’un point de vue rétrospectif.
C’est pourquoi l’expression de « mythologie individuelle » qui intitulait une section d’exposition à laquelle il participait en 1972 caractérise si bien son œuvre : il y raconte sa vie sous la forme d’une fiction dans laquelle chacun se reconnaît. Comme il le dit lui-même : « Les bons artistes n’ont plus de vie, leur seule vie consiste à raconter ce qui semble à chacun sa propre histoire ».
Christian Boltanski est aujourd’hui reconnu comme l’un des principaux artistes contemporains français. Il vit et travaille à Malakoff.