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Bertrand Tavernier

Le 25 mars 2021, à l’âge de 79 ans, Bertrand Tavernier nous a quitté. Immense cinéaste auréolé de cinq César au cours d’une exceptionnelle carrière de plus de 50 ans, a signé de nombreux chefs-d’oeuvre du cinéma français dont il était la mémoire. Sa gentillesse, sa générosité, son enthousiasme étaient légendaires.

Quelques moments clés

Fils de l’écrivain et résistant René Tavernier, le jeune Bertrand découvre le
cinéma lors d’un séjour en sanatorium. Monté à Paris après-guerre, il y a pour camarade de lycée Volker Schlöndorff, qui lui fait connaître la Cinémathèque de la rue d’ULM. Quelques années plus tard, pendant ses études de droit à la Sorbonne, il fonde sa première revue de cinéma, L’Etrave, et même un ciné-club, le Nickel Odéon, pour projeter des westerns et des polars, qu’il affectionne.
Il gagne sa vie comme pigiste pour Télérama, Positif, Les Cahiers du Cinéma, puis assistant réalisateur pour Jean-Pierre Melville, attaché de presse de Jean-Luc Godard et Stanley Kubrick
En 1961, il travaille comme attaché de presse auprès de Georges de Beauregard, le producteur de la Nouvelle vague, grâce auquel il réalise ses premiers courts métrages

Après avoir poursuivi en indépendant son activité d’attaché de presse, il est co-scénariste pour Riccardo Freda - un cinéaste qu’il remplacera, 25 ans plus tard, sur le tournage de La Fille de d’Artagnan.

C’est seulement en 1973 qu’il tourne, dans le Lyon de son enfance, son premier long-métrage, "L’ Horloger de Saint-Paul" adapté de l’oeuvre de Simenon. Ce polar aux accents sociaux, récompensé par le Prix Louis-Delluc et l’Ours d’argent à Berlin, marque aussi sa rencontre avec Philippe Noiret, qui deviendra
son acteur-fétiche.

Un parcours foisonnant

Dès ses débuts, l’éclectique Tavernier alterne films d’époque, "Que la fête commence", pour lequel il décroche le César du Meilleur réalisateur et du Meilleur scénario en 1976 et œuvres contemporaines ("Une semaine de vacances"), en affichant une prédilection pour les sujets de société : il tourne en 1977 "Le Juge et l’Assassin", réflexion sur les institutions et leurs excès répressifs avec un Galabru inattendu, puis en 1980 "La Mort en direct", analyse prémonitoire des dérives de la télévision.

Imprégné de culture américaine -il est le co-auteur d’un dictionnaire de référence sur le cinéma d’outre-Atlantique-, Bertrand Tavernier adapte en 1980 un roman grinçant de Jim Thompson en resituant l’action dans l’Afrique coloniale "Coup de torchon", puis signe "Autour de minuit", lettre d’amour au jazz.
Si "La Passion Béatrice" a pour cadre la Guerre de Cent ans, ce sont des conflits plus contemporains qui hantent bientôt l’oeuvre du cinéaste : la Première Guerre mondiale dans "La Vie et rien d’autre" (1989) puis "Capitaine Conan" (1996), la Guerre d’Algérie dans le documentaire "La Guerre sans nom", et l’Occupation dans "Laissez-passer" (2003), qui le voit également s’interroger sur son métier de cinéaste.

Dans une veine plus intimiste, il tourne "Un dimanche à la campagne", Prix de la mise en scène à Cannes en 1984, et "Daddy Nostalgie", deux films tendres et pudiques sur les rapports filiaux -un thème qui lui est cher depuis son premier opus.

Dans les années 90, Bertrand Tavernier, qui déclara au critique Jean-Luc Douin que "les cinéastes sont des sismographes de leur époque", continue d’ausculter la société : dépeignant avec réalisme le quotidien de la Brigade des stups dans "L 627" et celui d’un instituteur (Philippe Torreton) dans "Ca commence aujourd’hui", il reçoit en 1995 l’Ours d’or à Berlin pour "L’Appât", constat alarmant sur la violence d’une jeunesse désorientée.
Très au fait des dossiers qui agitent sa profession (défense de l’exception culturelle, combat contre la censure), il s’engage sur bien d’autres fronts, comme vient encore en témoigner le documentaire sur la double peine qu’il signe avec son fils Nils.
Avec sa fille Tiffany, il co-écrit "Holy Lola" (2004), exploration de l’univers
de l’adoption au Cambodge, mais aussi -pour la première fois dans
son oeuvre- portrait sensible d’un couple d’aujourd’hui.

C’est dans une Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina qu’il part ensuite
tourner "Dans la brume électrique" (2009), adaptation d’un polar de James Lee
Burke avec Tommy Lee Jones.
De retour de son escale américaine, il présente à la Compétition officielle de Cannes, sa "Princesse de Montpensier", une plongée au cœur d’intrigues faites d’amour et de pouvoir dans la France du XVIe siècle, portée entre autres par Mélanie Thierry, Lambert Wilson et Gaspard Ulliel.

Trois ans plus tard, il adapte une bande-dessinée d’Antonin Baudry et Christophe Blain, "Quai d’Orsay", et plonge le spectateur dans les coulisses du pouvoir politique français.
En 2017, il consacre une saga documentaire au cinéma français, un récit didactique et pédagogique partant des années 30 jusqu’aux années 60, et ponctué d’anecdotes personnelles. Les deux premiers épisodes sortent en salles et sont acclamés par la critique. Huit autres sont ajoutés pour une version télévisée.


8 chefs-d’œuvre du cinéma français



"L’Horloger de Saint-Paul"

Premier long métrage en 1974, L’Horloger de Saint-Paul, est aussi la première collaboration de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret qu’il retrouvera souvent. Adapté de Simenon, ce premier film est un hommage à sa ville natale de Lyon, et des frères Lumière. Il la filme avec amour, dans un polar où un père apprend que son fils absent depuis des lustres a assassiné un homme. Atmosphère, atmosphère…

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L’horloger de Saint Paul



"Que la fête commence"

Tavernier retrouve Noiret en 1975 et l’accompagne de Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Marina Vlady, dans une reconstitution historique de la Régence, (1715-20). "Les petits soupers" de Philippe, duc D’Orléans, et du Cardinal Dubois, sont restés dans l’histoire. Quand un hobereau de province réclame l’assainissement des marais de la Dombes, le fâcheux perturbe par trop leurs agapes. Irrésistible.

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Bande annonce : "Que la fête commence !"



"Le juge et l’assassin"

Coup de génie de Bertrand Tavernier en 1976, quand il donne à Michel Galabru, étiqueté acteur de comédies, un contre-emploi dans le rôle du tueur en série Joseph Vacher (1869-1898), sous le nom de Joseph Bouvier. Le juge Rousseau, encore Noiret, s’entretient avec lui et participe aux investigations en remontant son parcours de chemineau qui recoupe la liste de ses crimes.

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Bande annonce : "Le juge et l’assassin"


"Coup de torchon"

Casting de rêve que rassemble Tavernier dans Coup de Torchon en 1981, d’après 1275 âmes de Jim Thompson. Noiret et Marielle se retrouvent aux côtés d’Isabelle Huppert, Stéphane Audran et des seconds rôles fabuleux tenus par Guy Marchand, Eddy Mitchell et Gérard Hernandez. Projetés dans l’Afrique coloniale française à la veille de la Seconde Guerre mondiale, tous vont faire les frais d’un flic de base désabusé qui met à l’œuvre sa vengeance.

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Bande annonce : "Coup de torchon"



"Un dimanche à la campagne"

En 1984, son hommage à Jean Renoir et aux Impressionnistes change Tavernier renoue avec ses films plus intimistes comme Des enfants gâtés (1977) et Une semaine de vacances (1980). Sabine Azéma et Michel Aumont y sont les enfants d’un vieux peintre en fin de vie, joué par Louis Ducreux. Une évocation nostalgique et ensoleillée de la Belle Epoque, avant la Première Guerre mondiale, où le réalisateur renouvelle ses talents de cinéaste d’atmosphère.

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Bande annonce : "Un dimanche à la campagne"



"Autour de minuit"

Mélomane, et pas seulement pour le cinéma, Bertrand Tavernier filme sa passion pour le jazz avec ce faux biopic du saxophoniste Dexter Gordon qu’il dirige en 1986 dans Autour de minuit. François Cluzet y incarne un nightclubber qui rencontre son idole. Alors qu’il sombre dans l’alcool et la solitude, le sax-ténor va retrouver l’inspiration dans un Paris nocturne, sous l’impulsion de son plus grand fan. C’est toujours l’atmosphère qui domine, dans les lumières tamisées et les effluves de cigarettes nimbées de scotch, sur une musique incontournable, où l’on reconnaît Herbbie Hancock. Un des meilleurs films sur le jazz.

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Bande annonce : "Autour de minuit"



"L.627"

Le cinéaste lyonnais réinvente le polar urbain en 1992 dans L.627, titre référence à la loi contre les stupéfiants en France. Il filme le quotidien d’un groupe de flics en charge de la répression des drogues à Paris. La formule fera recette, notamment à la télévision, et que réemploiera Maïwenn dans Polisse, mais au sein d’une brigade de protection des mineurs. Tavernier révèle du même coup Philippe Torreton qu’il reprendra dans Capitaine Conan en 1996, à la carrière, depuis, mirifique.

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Bande annonce : "L 627"



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Bertrand Tavernier à la médiathèque



Retrouvez quelques films de Bertrand Tavernier dans le catalogue de la médiathèque et des bibliothèques de quartier
la médiathèque et des bibliothèques de quartier

Découvrez sa biographie Bertrand Tavernier par Jean-Claude Raspiengeas

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