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Chemins de traverse V

Partir, laisser le quotidien pour se retrouver sur les chemins, les mers et les continents... Coups de folie diront certains, coups de cœur diront d’autres. Passion des hommes ? Méditer, se rencontrer, ralentir le temps qui passe.Vivre son destin ailleurs, provoquer l’aventure, la rencontre, braver l’inconnu. � ?tre libre ! Simplement se faire plaisir. Découvrons quelques écrivains voyageurs d’hier et d’aujourd’hui qui ont franchi le pas, ces explorateurs du monde et de l’humain. Partez avec eux pour ailleurs...

Rory Maclean

Magic bus :
Sur la piste des hippies, d’Istanbul à Katmandou

Rory Maclean
Hoëbeke (Etonnants voyageurs)
LOI 910.4 MAC

Poussés par leurs rêves, les « Voyageurs Intrépides » ont pris la route avec leur minibus et voitures déglingués en quête d’une nouvelle vie, d’un ailleurs... Dans les années 60, 70, ils furent des milliers, ces « Hippies » à partir sur la piste quand la piste ne les prenait pas... Tous en procession du Pudding Shop d’Istanbul vers Katmandou, en passant par l’Iran , l’Afghanistan. Que sont-ils devenus ces doux rêveurs, ces fidèles de gourous, ces adeptes des fumées célestes, ces idéalistes ? Se sont-ils intégrés ? Quelle a été l’influence de ce mouvement (parfois excessif) dans les sociétés traversées. Comment s’est déroulé le retour au pays ?

C’est ce que nous propose de découvrir Rory Mac Lean. En 2001, l’auteur a pris la piste à la rencontre des Intrépides. Témoignages émouvants, réalité cruelle, découverte surprenante, lucidité... Le chemin « Peace and Love » est devenu depuis dans bien des coins guerre et chaos.

Ce livre a déclenché un véritable mouvement sur internet, des milliers d’anciens « voyageurs intrépides »se sont retrouvés, échangeant photos, documents, souvenirs.
www.rorymaclean.com/hippietrail/ontheroad

« Sean a insisté à d’innombrables reprises sur le riche héritage social qu’ont laissé les Intrépides une fois de retour chez eux. « En dépit de tous ceux qui sont tombés en route, plusieurs milliers de voyageurs sont revenus en Occident, nantis de tout le poids de leur expérience qu’ils ont fait porter sur la société occidentale, en retrouvant leurs racines et en reprenant le fil de leur vie, car ils avaient bien intégré à leur existence ce qu’il avaient appris en Inde. Il ne fait aucun doute que le voyage en Orient à contribuer à rehausser des existences individuelles, à faire fusionner les cultures occidentales, et orientales, et à disséminer les anciennes traditions spirituelles indiennes, notamment la philosophie bouddhiste, le yoga et la méditation. La piste a été un symptôme, un catalyseur et un sous-produit de la révolution des années 1960, ainsi qu’une quête du sens de la vie à travers la spiritualité orientale. Le « voyage » par excellence de cette époque fut pour beaucoup de gens, le plus grand de tous les apprentissages. [...] « Suivre la piste, c’est peut-être ce que j’ai fait de mieux dans ma vie. Et je suis revenue chez moi mieux armée pour comprendre les problèmes multiculturels »

On avait l’impression qu’un courant nous entraînait vers l’Orient.[...] Donc après woodstock, on est partis pour l’Europe, Orrin, mon mari, et moi. Il était peintre et spécialiste de l’action, mais il a tout lâché quand il a commencé à gagner de l’argent. [...]

Je me rappelle Rome, j’ai descendu les marches de la Piazza di Spagna avec les pieds salis par le goudron récolté sur la plage, -dit Penny avec une joie paisible en tripotant ses bijoux et en tirant de nouveau sur les mèches de ses cheveux-. Je me rappelle avoir suivi des rues bordées d’arbres en Autriche, en cueillant des cerises que je mangeais aussitôt et dont le jus dégoulinait sur ma blouse. Je me rappelle avoir volé un poulet en Yougoslavie et l’avoir fait rôtir à la broche sans même le plumer. Elle tire lentement sur le joint, retient la fumée, puis elle continue. « Je me rappelle des phonographes dont on tournait la manivelle, des glaces à la cardamome, je me rappelle avoir dansé dans le désert et m’être baignée à poil dans une mer comme celle-ci. Mais je me rappelle surtout le Népal, couleur de jade et d’argent. On y est arrivé à la saison des moussons, avec de l’eau dans les rizières et les palais qui ressemblaient à des pièces montées.-Penny a vécu neuf ans au Népal- Dans une brume de beauté,l’Inde, c’était déjà le pied mais le Népal, putain c’était le paradis terrestre.. J’y ai vécu les jours les plus heureux de ma vie, les plus magiques. [...]

Puis Orrin a cassé sa pipe et je me suis enfuie de Katmandou. Je suis devenue une rien du tout, je vivais avec mes souvenirs dans une résidence du troisième âge à Battersea. [...) La vie est devenue tellement ... tranquille. Aussi tranquille qu’un tombeau. Et beaucoup trop sûre. » [...]A mesure qu’on vieillissait, la situation est devenue de plus en plus difficile pour nous au Népal : les bobos, les douleurs, les déceptions. Pour la première fois de sa vie, Orrin a commencé à avoir peur. Il s’est mis à stocker. Il mettait de côté tout ce qu’on possédait. Mais quand Orrin est mort, tout ce qu’il avait mis de côté à perdu sa raison d’être. Je me suis retrouvée en Angleterre, dans une maison de vieux ,un véritable mausolée pour britanniques antédiluviens. »

Elle se tait, s’autorise une petite crise de larmes, puis elle se renverse en arrière avec ce qui reste du joint et lève les yeux au ciel, en s’efforçant de reconnaître les étoiles. « Alors, j’ai tout laissé tomber.
" Laissé tomber ?"
" La semaine dernière, j’ai fait le paquetage que tu vois là. J’ai entassé toutes nos merdes au milieu de la pièce. Et puis je suis partie, en laissant la porte grand ouverte, et je suis allée directement à Heathrow. Destination Istanbul ! »

Nous la contemplons, incrédules, à la fois interloqués et fascinés. [...] Sur ses joues, les larmes étincellent comme de minuscules joyaux. Elle regarde fixement le feu, essaie de se rouler une cigarette. « Je ne prenais rien, vous savez, - nous avoue Penny une fois qu’elle a repris son souffle, lisant dans mes pensées.
Simplement j’ai fait une déprime, à force de vivre toute seule à Londres dans ma boîte, de vivre pour mes possessions. Le rêve, ça n’avait jamais été d’en arriver là. »

J’entends à peine sa voix par-dessus le pouls primitif de la musique : « Car l’amour est fort comme la mort, la passion cruelle comme la tombe. Ses éclairs sont des éclairs de feu, une flamme enragée. » - « c’est du Ginsberg ? » - « Non, Le Cantique des cantiques ».

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