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Chemins de traverse V

Partir, laisser le quotidien pour se retrouver sur les chemins, les mers et les continents... Coups de folie diront certains, coups de cœur diront d’autres. Passion des hommes ? Méditer, se rencontrer, ralentir le temps qui passe.Vivre son destin ailleurs, provoquer l’aventure, la rencontre, braver l’inconnu. � ?tre libre ! Simplement se faire plaisir. Découvrons quelques écrivains voyageurs d’hier et d’aujourd’hui qui ont franchi le pas, ces explorateurs du monde et de l’humain. Partez avec eux pour ailleurs...

Colin Thubron

Né en 1934, Colin Thubron, membre de la Royal Society of Literature et Commander of the British Empire, s’inscrit dans une tradition littéraire anglaise élisabéthaine. Extrêmement documenté, ses récits s’attachent à montrer comment l’Histoire peut façonner les peuples et les paysages. S’il est un arpenteur de mondes hors pairs, il est aussi l’explorateur des relations humaines, de la mémoire, et n’a de cesse de mesurer la distance qui sépare l’idéal du réel.

L’ombre de la route de la soie
Colin Thubron
Hoëbeke (Etonnants voyageurs)
LOI 910.4 THU

A plus de soixante ans, Colin Thubron part de Xian, en Chine, pour aller jusqu’à Antioche, en Turquie. C’est la plus vieille et la plus longue route de civilisation, la plus rude. Huit mois à prendre tous les risques pour aller au devant des populations, traverser des paysages sublimes. Avec don d’observation qu’on lui connaît, dans une écriture somptueuse, toute en finesse, tout devient palpable pour le lecteur. Colin Thubron nous entraîne sur cette route de la soie. Une lecture riche d’enseignements, de réflexions, particulièrement dans ce récit.

« La nuit vit tomber la neige, la première de l’automne. Je sortis à l’aube dans ce miracle enfantin, épais de plus d’un centimètre, sous une lune au pochoir déjà un peu estompée. La couleur neutre du paysage lacustre d’hier avait viré au clair-obscur de l’hiver. Les bêtes marchaient sur les collines, silhouettes silencieuses ; les montagnes, de l’autre côté de l’eau luisaient d’un éclat artificiel de sucre glace. Je n’entendais pas un son. Un vent bas montait du lac sous le soleil neuf. Des mouettes à queue noire pataugeaient près de la rive. Une bande d’oiseaux rouille s’agitait sur l’herbe rase ». [...]

« Le marchand sogdien reprend la parole :
"Pourquoi est-u venu par ici ? Ton livre va-t-il indiquer le nombre de jours de voyage entre les villes marchandes, et les marchés qu’on y trouve ?"
"Non mes marchés ne sont pas les tiens. On se crée ses propres pays."
"En effet. Quand j’ai commencé le commerce du cuivre et de l’indigo, toutes les villes sont devenues cuivre et indigo. C’est seulement quand on vieillit et qu’on ne bouge plus que les pays cessent de changer. Ils s’installent dans votre tête comme des objets..."
"Pas forcément."
"Eh bien, si tu regardes en arrière, tu verras que les villes forment une longue procession qui ne mène à rien. C’est beau à sa façon et, à une époque, ça a suffi à te faire voyager. Mais voudrais-tu que cela continue toujours ?"
"Je veux dormir..."
"Et puis il arrive un moment où on n’a plus rien à vendre,. On se sent très fatigué.. Peut-être, aussi, qu’on en a trop vu. On a vu trop de dieux, entendu trop de gens ne jurer que par eux. On finit par en perdre son jugement, et même ce qu’on a de plus sacré. Les autres voyageurs s’en aperçoivent et ils se mettent à avoir peur de vous. Alors il faut savoir à quel moment s’arrêter. Sinon plus aucune chose n’aura davantage de valeur qu’une autre, et les cités te fermeront leur portes..."
"Alors, tu renoncerais ?"
"... On voit parfois des traces qui disparaissent dans le sable : celles de ceux qui ont perdu leur âme, disent les nomades. Alors là, on a besoin de rentrer à la maison... » [...]

"Il y a un homme dans mon village, qui a passé toute sa vie assis près du puits. Il est heureux et fou. Mais, toi, tu as entendu l’eau couler dans les jardins du Cachemire, tu as goûté les melons sucrés de Kumul, tu as marché parmi les tulipes qui émaillent les Montagnes du ciel. Ca ne suffit pas ?"

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