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Goya, conscience et art visionnaires

Deux dates pour cette même conférence (sur inscription) :
samedi 19 septembre 15h
samedi 26 septembre 19h

Francisco Goya ?


Un autre peintre espagnol, grand admirateur de Vélasquez et de Vicente López Portaña, El pintor Francisco de Goya (1826), Madrid, musée du Prado.Rembrandt, est considéré comme un maître de la peinture universelle, Francisco de Goya. Il s’agit d’un phénomène unique dans l’histoire de l’Espagne, qui tient à la situation du peintre, d’une part vis-à-vis de son peuple, mais aussi, d’autre part, par rapport à l’évolution générale du temps.
Au lendemain de la Révolution française les idées des Lumières se répandent rapidement en Europe. Parvenues en Espagne, elles sont véhiculées par l’armée d’occupation de Napoléon. Peut-on imposer les plus belles idées par la force ?
Fréquentant les milieux éclairés de Madrid, Goya est le témoin privilégié de ces bouleversements, et va s’attacher à l’exploration des zones d’ombre projetées par l’esprit des Lumières. L’Espagne trouve en Goya un observateur d’une cruelle lucidité, à un moment décisif de son destin historique, alors que s’opère le renouvellement politique et social du pays à travers le drame d’une guerre de
libération nationale.
Autoportrait dans la série Peintures noires
Comme le souligne Tzvetan Todorov dans son livre, 3Goya à l’ombre des Lumières" :
« La révolution picturale qui se manifeste à travers l’œuvre de Goya fait partie d’un mouvement qui inclut la montée en puissance de l’esprit des Lumières, la progressive sécularisation des pays européens, la Révolution française et la popularité croissante des valeurs démocratiques et libérales. (…) la peinture n’a jamais été un simple jeu, pur divertissement, élément décoratif arbitraire. L’image est pensée, non moins que celle qui s’exprime par des mots ; elle est toujours réflexion sur le monde et les hommes. »

L’œuvre de Goya s’est construite autour du dessin de la peinture et de la gravure. La série d’estampes « Les Désastres de la guerre » est presque un Saturne dévorant un de ses fils, musée du Prado reportage moderne sur les atrocités commises et met en avant-plan un héroïsme où les victimes sont des individus qui n’appartiennent ni à une classe ni à une condition particulière.

L’art de Goya est celui d’une conscience visionnaire.
À son époque, c’est essentiellement le graveur qui fut admiré. Le peintre et portraitiste, non moins exceptionnel, ne conquit sa vraie place qu’à partir de 1900, année de la première rétrospective d’une œuvre qui avait influencé tout le XIXe siècle.
Son chef-d’œuvre est la série de peintures à l’huile sur mur sec qui décorent sa maison de campagne, la Quinta del Sordo « Maison de campagne du Sourd ». Avec cette série de quatorze fresques, les « Peintures noires »., Goya anticipe la peinture contemporaine.



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Bibliographie


Le détail :
Pour une histoire rappochée de la einture

Daniel Arasse
Flammarion
ART 701.8 ARA disponible ?

Goya
Les Fresques de San Antonio de la Florida à Madrid

Enrique Lafuenta Ferrari
Skira
REF 759 LAF (lcp) disponible ?

Goya
l’énergie du néant

Michel del Castillo
Fayard
ART 759.047 GOY bio disponible ?

Goya à l’ombre des Lumières
Tzvetan Todorov
Flammarion
ART 759.047 GOY disponible ?

Goya
Fred Licht
Citadelles et Mazenod (Les phares)
ART 759.047 GOY disponible ?

Goya graveur
Exposition, Petit Palais 13 mars-8 juin 2008
Paris-Musée
ART 759.047 GOY disponible ?

Les Petits secrets des grands tableaux
Vol 4 El dos de mayo, Francisco de Goya

Un film de Clément Cogitore
Arte Vidéo [Dvd]
ART 701.1 TAB 4 disponible ?

Goya
Visions de chair et de sang

Un film de Phil Grabsky
Seventh art (Exibition on screen) [Dvd]
ART 759.047 GOY disponible ?

Autour de 1800 :
Francisco Goya "Les jeunes et mes vieilles"

Un film d’ Alain Jaubert ART
Arte Vidéo [Dvd]
ART 759.047 GOY disponible ?ART 759.047 JAU

Francisco Goya
Le sommeil de la raison engendre des monstres

Un film de Bertrand Renaudineau
Gallix (Impressions fortes) [Dvd]
ART 769.94 GOY disponible ?

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Goya… Brève biographie



Par Jean-Louis Augé, conservateur en chef du musée Goya

Formation et premières commandes (années 1760-1775)

Anton Raphaël Mengs, Hercule reçu par les dieux de l'Olympe (détail), fresque, antichambre du roi Charles III. Né le 30 mars 1746 à Fuendetodos, près de Saragosse, Francisco de Goya était le fils de Gracia Lucientes (1785) et de José de Goya (1781), maître doreur à Saragosse, où il était employé par les chanoines de la célèbre basilique du Pilar, alors en rénovation et en embellissement.
Élève de José Luzán à Saragosse dans les années 1760, le jeune Francisco a également vécu à Madrid, où il échoua plusieurs fois, entre 1763 et 1766 au concours artistique de l’Académie San Fernando.
Les années 1766-1771 correspondent à une période mal connue de la vie du peintre, où Goya est vraisemblablement resté à Madrid pour parfaire sa formation sous l’égide de Francisco Bayeu (1734-1795), un autre artiste de Saragosse protégé par Raphaël Mengs et devenu "peintre de la Chambre" en 1767.

Malgré les péchés de jeunesse, Goya a surtout dû mettre à profit sa présence dans la capitale pour s’imprégner des chefs-d’œuvre contenus dans les Regina Martyrum de Goya 1870 1871/Basilique de Saragossecollections royales, et notamment les fresques vigoureuses et lumineuses de Tiepolo au Palais royal.

Après un séjour à Rome et à Parme en 1771 (où il participa en vain au concours de l’Académie, ses "tons heurtés" lui sont reprochés), il revint à Saragosse, et reçoit ses premières commandes.
Entré, à l’instar de son père, au service des chanoines du Pilar, il fut choisi pour El Quitasol « L'Ombrelle », Goya 1777décorer le plafond de la chapelle du petit chœur de la Vierge. Terminée en juillet 1772, cette fresque ouvrit la voie à d’autres commandes du même genre.
Goya épousa, en juillet 1773, la sœur du peintre Francisco Bayeu, Josefa Bayeu, âgée de 26 ans dont il eut plusieurs enfants, mais tous moururent en bas âge sauf, Francisco Javier, né en 1784.

En 1775, Goya s’établit à Madrid (où il vécut, entre 1779 et 1819, dans la rue del Desengaño) et y obtint, probablement par l’entremise de son beau-frère, le peintre Francisco Bayeu, sa première commande importante : des cartons (modèles de tapisserie) pour la Manufacture royale de tapisseries de Santa Barbara. 
Ces tapisseries, destinées à décorer les salles à manger du prince des Asturies (futur Charles IV) aux palais de l’Escorial et du Pardo, occupèrent Goya jusqu’en 1778 et furent suivies, entre 1778 et 1780, par une nouvelle commande du même type destinée à fournir des tapisseries pour la chambre à coucher et l’antichambre de ce même prince au Pardo.
On estime à une soixantaine les cartons peints à l’huile par l’artiste aux L'Aveugle à la guitare, Goya, 1778, Musée du Pradodimensions des tapisseries à exécuter. Destinées au palais du Prado, résidence d’été des rois d’Espagne, ou à l’Escorial, ces tapisseries à vocation décorative multiplient les sujets aimables : jeux et divertissements, chasses, loisirs champêtres. Le pinceau étincelant de Goya confère une extraordinaire vivacité à ces scènes marquées par la verve du théâtre populaire. 

Ayant obtenu l’autorisation de graver les œuvres du peintre Diego Velázquez, Goya réalisa des aquatintes. Cette étude des tableaux du grand maître du Siècle d’Or exerça une influence décisive sur l’œuvre du protégé de Bayeu.
Entré ainsi au service de la famille royale, Goya s’intégra aux cercles des ilustrados, ces progressistes influencés par les idées des Lumières. Il rencontra La nevada o El invierno, Goya, 1786, Musée du Pradoainsi le juriste Jovellanos, lié à Pedro de Campomanes et au comte de Floridablanca (dont Goya réalisa un portrait en pied en 1783), le graveur Sepulveda ou le financier basque François Cabarrus.
À nouveau sollicité par les chanoines du Pilar pour peindre la coupole Regina Martyríum de la basilique, le 5 octobre 1780 il s’installa à Saragosse et présenta deux esquisses à la fabrique du Pilar.

Goya se heurta à la jalousie croissante La familia del infante don Luis, détail, Goya 1784 de Francisco Bayeu qui,après avoir exigé en vain des corrections aux travaux de son beau-frère, était allé dénoncer aux commanditaires l’attitude récalcitrante de Goya, qui fut alors obligé de s’exécuter (1780-1781). Cette déconvenue devait l’éloigner durablement de Saragosse comme de son puissant beau-frère.

C’est en 1783 qu’il entra au service de don Luis, frère du roi, réalisant pour lui plusieurs portraits de famille dont une "Famille de don Luis" (1784), un portrait de groupe baigné d’un clair-obscur intimiste inspiré de Rembrandt. Don Luis mourut l’année suivante, mais Goya retrouva un mécène en la personne du marquis de Peñafiel, futur duc d’Osuna, qui l’emploiera à plusieurs reprises.
Fort de ces hautes protections, le 4 mai 1785, Goya devint, directeur adjoint de la peinture à l’Académie de San Fernando (il remettra par exemple un rapport sur l’enseignement de l’art en octobre 1792).

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Le peintre du roi (1786-1808)

 "El albañil herido" Le Maçon blessé, 1786-1787 Goya Musée du PradoLe 25 juin 1786, il est nommé peintre du roi d’Espagne avant de recevoir une nouvelle commande de cartons de tapisseries pour la salle à manger royale et la chambre à coucher des infantes au Pardo. Cette tâche, qui l’occupa jusqu’en 1792, lui donna l’occasion d’introduire certains traits de satire sociale (évidents dans Le Maçon blessé ou La Noce—la boda) qui tranchent déjà fortement avec les scènes galantes des cartons réalisés dans les années 1770.

En 1788, l’arrivée au pouvoir de Charles IV et de son épouse Marie-Louise (pour lesquels le peintre travaillait depuis 1775) renforça la position de Goya à la Cour, le faisant accéder au titre de peintre de la Chambre dès l’année suivante. Cependant, l’inquiétude royale vis-à-vis de la Révolution française de 1789 (dont Goya et ses amis partageaient certaines idées) provoqua la disgrâce "La boda", Le Mariage, Goya 1792, Musée du Pradodes Ilustrados en 1790 : Cabarrus fut arrêté, Jovellanos contraint à l’exil, et Goya temporairement tenu éloigné de la Cour.
En novembre 1792 il tomba gravement malade lors d’un voyage à Cadix (il s’agissait peut-être d’une forme de méningite). Après plusieurs mois de maladie qui le laissèrent temporairement et partiellement paralysé, il resta physiquement faible et définitivement sourd.
Après la mort de Francisco Bayeu, en 1795, Goya sollicita le titre de premier "La Famille de Charles IV", Goya, 1800 musée du Prado peintre de la Chambre porté par son défunt beau-frère. Il n’obtint pas satisfaction mais, à la même époque, il fut élu directeur de la peinture à San Fernando, poste qu’il abandonna deux ans plus tard en raison de ses problèmes de santé. La même année, il rencontra la duchesse d’Albe dont il réalisa plusieurs portraits.
C’est au tournant du siècle que Goya réalisa ses plus fameux chefs-d’œuvre. Parmi ceux-ci, il faut inclure plusieurs commandes royales, telles que la coupole de la chapelle royale de San Antonio de la Florida, à Madrid (1798) ou le célèbre portrait de groupe de "La famille de Charles IV" (1800), où le peintre "La Maja nue Goya", 1800 Musée du Pradorend hommage aux Ménines de Velázquez.

Goya est alors à l’apogée de sa carrière et le titre de Premier peintre de la Chambre vient enfin récompenser ses efforts.

Goya travailla également pour l’ambitieux Godoy, dont il immortalisa la maîtresse sous les traits de la sulfureuse Maja nue (vers 1799-1800).

Mais ce point culminant de la carrière de Goya est aussi marqué par une grande déception : ses Caprices ("Los Caprichos"), un recueil de gravures à l’eau-forte et à l’aquatinte publié en février 1799, sont censurés sous la pression de l’Inquisition. L’artiste y avait en effet glissé, parmi des images sinistres et énigmatiques mêlant l’imagerie populaire au fantastique, de violentes attaques contre l’archaïsme d’une société espagnole où l’Église exerçait encore une influence liberticide à l’aube du XIXe siècle.

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Les années noires (1808-1828)

Grande" hazaña ! Con muertos !",Authentique exploit ! Avec des morts !, Goya.
L’invasion française de 1808 joua un rôle crucial dans la vie de l’artiste. Favorable aux idées libérales apportées par les Français mais blessé dans son patriotisme, Goya hésita en effet pendant un certain temps entre la résistance incarnée par la Junte de Séville et les idées de 1789 portées par le roi Joseph 1er, frère de Napoléon 1er.

L’année 1810, pendant laquelle il commença à graver Les Désastres de la guerre, un réquisitoire féroce contre les exactions françaises, tout en réalisant le portrait de Joseph Ier, montre bien le tiraillement qu’il ressentit alors et qui lui valut, quelques années plus tard, une réputation « d’afrancesado ».

En juin 1812, Josefa Bayeu, son épouse, mourut à l’âge de 65 ans. " El tres de mayo de 1808", Goya, 1814
Deux mois plus tard, Wellington fit son entrée dans Madrid. Goya réalisa alors le portrait de celui qui avait vaincu les Français, manifestant ainsi son rejet de l’occupant français et son ralliement à la légitimité nationale (et, surtout, libérale) incarnée par les Cortes et le Conseil de régence de Cadix.
Ainsi, quand ces dernières institutions décidèrent d’organiser un concours en 1814 pour commémorer l’insurrection madrilène du 2 mai 1808, Goya s’empressa de proposer de « perpétuer par le moyen du pinceau les plus notables et héroïques actions de notre glorieuse insurrection contre le tyran de l’Europe ». C’est ainsi que l’artiste peignit les célèbres Dos et Tres de Mayo (1814).
Femmes riant, Goya, 1820, Musée du Prado
Le retour d’exil de Ferdinand VII allait cependant sonner le glas des projets de monarchie constitutionnelle et libérale auxquels Goya adhérait. S’il conserva sa place de Premier peintre de la Chambre, Goya s’alarma de la réaction absolutiste qui s’amplifia encore après l’écrasement des libéraux par le corps expéditionnaire français en 1823.
Inquiété par l’Inquisition pour avoir peint « la Maja nue » de Godoy, frappé à nouveau par la maladie, écœuré par la politique réactionnaire de son souverain de maître, Goya fixa ses angoisses et ses désillusions dans les fameuses "Peintures noires" dont il décora les parois de la "maison du sourd" (située dans les environs de Madrid et achetée par le peintre en 1819).

Ce contexte sombre explique pourquoi Goya, prétextant un voyage de santé, quitta l’Espagne le 24 juin 1824 pour s’installer à Bordeaux, lieu d’exil d’autres Les taureaux de Bordeaux, Goya, 1824-1825, Bibliothèque Nationale d'Espagne, Madrid afrancesados libéraux. Il y fut bientôt rejoint par sa compagne Leocadia Weiss et la fille de celle-ci, Rosario. C’est dans cet exil français (ponctué de quelques séjours en Espagne) qu’il réalisa un recueil de lithographies sur le thème de la tauromachie intitulé" Les Taureaux de Bordeaux" (1825) et faisant suite aux estampes de la Tauromachie parues en 1816.

Âgé de 82 ans, Goya mourut à Bordeaux dans la nuit du 15 au 16 avril 1828. Goya fut inhumé dans le cimetière des Charteux dans un caveau où reposait déjà son compatriote Martin Goicoechea, beau-père de son fils et ancien maire Autoportrait de Goya de 1815, Musée du Prado de Madrid.

Lors de l’exhumation en 1899, dans l’impossibilité de reconnaître les corps, ils furent renfermés, tous deux, dans le même cercueil et transférés dans le mausolée à la sacramental de San Isidro à Madrid puis à San Antonio de la Florida.

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