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Il était une fois Sophie...
Interview réalisée par Jean-Charles, bibliothécaire au Mont-Valérien




« Des yeux en étoile,

Tapis volant, bois dormant

Chut, c’est l’heure du conte ! »





De nombreux enfants de Rueil connaissent Sophie. Elle intervient depuis quelques années dans différentes bibliothèques de la Ville (la Médiathèque Jacques Baumel, la bibliothèque du Mont-Valérien et celle de Renoir) pour emmener les enfants au Pays de l’imaginaire. Je me décide enfin à l’interviewer.

Jean-Charles : Pourquoi fais-tu ce métier et comment peut-on devenir un(e) conteur(se) ?

Sophie : Je ne peux répondre à cette question qu’en partant de ma propre expérience mais les chemins sont multiples et la route infinie…

Pour devenir conteuse, j’ai pris le chemin le plus long mais aussi le plus vrai, celui que l’on voit apparaître lorsque nos chaussures sont usées, celui qui nous ramène au pays de l’intime. Tout apparaît alors comme une évidence, longtemps cachée sous des couches et des couches de préjugés et de jugements de valeur, (qui n’ont aucune valeur d’ailleurs). Heureusement, on ne peut ignorer longtemps ce qu’il y a vraiment au fond de soi (sauf quand on est persuadé du contraire). Et un matin de printemps ensoleillé, le conte est apparu dans ma vie. La parole de l’intime, le partage, le don de soi à travers l’art ; voilà ce qui m’animait vraiment !

L’art gestuel (la danse) s’est imposé à moi en premier lieu. La danse, n’est-ce pas aussi raconter l’intime à travers une histoire une musique ? Ici bien sûr seul le corps a la parole sur scène. Le conte s’est imposé par la suite, le corporel est venu le nourrir… Conter est devenu un moment unique à vivre dans l’instant, ici et maintenant. Conter est une façon de rencontrer l’autre en direct, le toucher, de le faire rire ou de l’émouvoir.


Jean-Charles : Quel est le meilleur moment dans le conte ?

Sophie : Le meilleur moment dans le conte est pluriel. D’abord, c’est de découvrir une histoire dans laquelle je me vois conter, je me reconnais, comme dans un miroir, le miroir de l’intime. Dans un conte comme en amour ce qui est délectable c’est la rencontre, la découverte des personnages. C’est aussi un peu comme si j’étais un chercheur d’or ; je parcours les livres dans les étagères, je lis et lis des recueils inconnus, je tourne et tourne des pages découvrant de nouveaux paysages quand soudain : merveille ! Un petit bijou d’histoire m’envoie un éclat de lumière dans le cœur.

C’est aussi se voir conter une histoire « avec ce que l’on est », comme cela et pas autrement. C’est comme une évidence, sa propre évidence. Cette évidence est reliée avec notre intime (conter comme on est soi-même). Je compose mon histoire comme je fais un gâteau, avec les ingrédients dont je dispose en moi. La recette quand à elle n’est jamais la même.

C’est également « lâcher prise » : Quand le stress et la volonté de « bien faire » me laisse un moment de répit et que l’histoire se déroule devant mes yeux, l’auditoire ne s’y trompe pas, il est dans l’histoire avec moi, il écoute. Le lâcher prise, c’est se faire confiance et oublier un peu tous les préjugés, les conseils des uns et des autres conteurs trop puristes : « Attention, tu théâtralises trop ! », « Attention tu fais trop de gestes ! »...

Conter, comme dirait Ralph Nataf, c’est se raconter soi-même à travers une histoire, alors pourquoi se cacher derrière des préjugés et s’autocensurer, quand on a soif de liberté ? Pourquoi s’inventer des postures figées quand notre corps est bavard ? Pourquoi se mutiler les mains quand elles ne cherchent qu’à prendre leur envol ?

J’aime faire vivre mes personnages comme je les imagine. Ils deviennent si proches, si intimes que je jubile de les rencontrer à chaque fois au cours de l’histoire. C’est un peu comme si je leur rendais visite à l’occasion de l’histoire.


Jean-Charles : Et ce qui t’a le plus touchée durant ton expérience à Rueil ?

Sophie : le public. Par exemple, lorsque je suis plongée dans une histoire, partageant avec mon auditoire les désirs et autres aventures de mes personnages, et que soudain j’entends une petite voix qui ne peux s’empêcher de réagir à la situation de l’histoire. Une petite anecdote : je racontais à la bibliothèque, l’histoire de la petite souris qui cherchait un mari.

Dans l’histoire, la petite souris trouve un sou et se demande ce qu’elle va bien pouvoir acheter avec ce sou. Elle énumère alors quelques petites choses qui lui feraient envie et soudain réalise que ce qui lui plairait vraiment c’est : un mari. A ce moment là une petite fille devant moi me regarde d’un air affligée et me dit : « mais c’est beaucoup trop cher ! » Chaque contée est différente. A chaque fois, c’est une nouvelle aventure dont on ne peut prévoir l’intensité du partage. C’est une alchimie qui se crée sur l’instant.


Jean-Charles : A quel public t’adresses-tu ?

Sophie : Je conte le plus souvent à des enfants de maternelle et de primaire. Mais chaque année, j’ai le plaisir d’aller partager mes contes avec des collégiens en 6ème. En plus le conte est au programme !


Jean-Charles : Quelles sont tes histoires préférées ?

Sophie : Les histoires que je préfère conter sont souvent des histoires dans lesquelles je suis très à l’aise. Il y a des contes que j’adore mais que je ne raconte pas, comme s’ils étaient sacrés, comme si je les trouvais tellement beaux que je ne pouvais pas les raconter, de peur de leur enlever tout leur charme. Ainsi, il y a des contes que j’admire et il y a des contes, parfois plus légers, que j’aime raconter. Il y a ceux qui font intervenir des personnages que j’aime jouer comme les p’tits vieux ou les p’tites vieilles. J’aime tout particulièrement conter La fête de Moussa, un conte africain, dans lequel j’ai trouvé ma petite musique, ma façon à moi de le raconter et qui ne ressemble à personne. Je l’apprécie tout particulièrement parce qu’il contient une partie randonnée, où je peux instaurer une grande complicité et une connivence avec le public, et une autre partie qui montre la bonté d’une jeune fille pleine de candeur, face à deux personnages féminins qui la mettent à l’épreuve.

J’aime aussi raconter La pierre qui parle ou Le tael d’argent car ils mettent en scène de nombreux personnages très différents et stéréotypés (des objets ou des animaux). Je peux alors m’amuser à les faire vivre. J’aime aussi les contes qui traitent de la différence. Il est parfois bon d’être différent quand on est unique, même si ce n’est pas toujours facile de l’assumer, comme dans L’araignée ou Le loup vert, La petite souris et le grand lama. Il y a bien sûr les contes de sagesse comme Les trois arbres de la vie, ou Un amour bon comme le sel, et il y a les contes italiens plein d’humour et de pichenettes (Marie de bois ou Le fils du roi du Danemark). Mais j’avoue que je les aime tous ! Alors parfois le choix est difficile !

Et trotte, trotte la souris
Mon histoire est finie !

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